Skip to main content
CountryReports
Dante Alighieri

Dante Alighieri

Vitesse

Introduction

Dante Alighieri est l'une des figures littéraires les plus éminentes de toute la civilisation humaine, un poète dont la vision de l'au-delà a transformé la culture européenne médiévale et a établi le dialecte toscan comme véhicule de l'expression littéraire la plus sérieuse et la plus ambitieuse. Son chef-d'œuvre, la Divine Comédie, est un poème d'une portée et d'une ambition extraordinaires : un voyage à travers l'Enfer, le Purgatoire et le Paradis qui est simultanément un traité théologique, un manifeste politique, une autobiographie personnelle, une encyclopédie du savoir médiéval, et un acte de création artistique soutenue sans égal dans la littérature du Moyen Âge. La Comédie a établi la langue italienne comme moyen d'expression littéraire capable de rivaliser avec le latin, a façonné le développement ultérieur de la littérature italienne pendant des siècles, et a fourni à la culture européenne une géographie imaginaire de l'au-delà qui n'a jamais été supplantée.

Né à Florence dans la seconde moitié du treizième siècle, Dante a vécu l'une des périodes les plus tumultueuses de l'histoire de cette ville, une période marquée par de violents conflits factionnels entre les partis guelfes et gibelins, puis entre les Guelfes noirs et les Guelfes blancs, ce qui a entraîné son exil de Florence et son errance dans la péninsule italienne pendant les deux dernières décennies de sa vie. L'exil fut la catastrophe déterminante de sa vie personnelle et la condition génératrice de sa plus grande réalisation littéraire. Écrivant depuis le déplacement, séparé de la ville qu'il aimait et de la femme dont le souvenir le soutenait, Dante a créé une œuvre qui a transformé ses souffrances personnelles en une vision universelle de la destinée humaine.

La figure de Béatrice Portinari se trouve au cœur du monde imaginaire de Dante avec une importance qui a fasciné et déconcerté les lecteurs et les chercheurs pendant sept siècles. Elle était une vraie femme florentine que Dante avait rencontrée enfant et qu'il aimait, apparemment de loin, jusqu'à sa mort prématurée. Mais dans la poésie de Dante, Béatrice transcende sa réalité historique pour devenir un symbole de la grâce divine, un guide à travers les sphères célestes, et l'incarnation de la vertu théologique de la charité. La relation entre la Béatrice historique et la Béatrice symbolique, entre le fait biographique et la transformation poétique, est l'une des questions les plus fascinantes dans l'étude de l'œuvre de Dante.

La formation intellectuelle de Dante a puisé dans toute la gamme du savoir médiéval : la philosophie classique transmise par Aristote et les néoplatoniciens ; la théologie chrétienne dans la grande synthèse réalisée par Thomas d'Aquin et Albertus Magnus ; les traditions littéraires des poètes latins, notamment Virgile, que Dante choisit pour guide à travers l'Enfer et le Purgatoire ; la poésie lyrique des troubadours et de l'école sicilienne ; et la philosophie politique qui s'est débattue avec la relation entre la papauté et l'empire. La Divine Comédie synthétise tout ce savoir en une structure poétique d'une complexité et d'une cohérence écrasantes, démontrant simultanément une maîtrise de la théologie, de la philosophie, de l'astronomie, de la mythologie, de l'histoire et des techniques de construction littéraire.

La jeunesse à Florence

La Florence dans laquelle Dante est né dans la dernière partie du treizième siècle était l'une des villes les plus dynamiques et les plus tumultueuses d'Europe. C'était une ville d'une énergie commerciale extraordinaire, dont les familles bancaires fournissaient du crédit et des services financiers à travers le continent, dont le commerce de la laine la reliait à des marchés allant de l'Angleterre au Levant. C'était aussi une ville d'une fierté civique farouche, d'une politique factionnelle intense et d'une violence récurrente entre les familles et les partis concurrents qui dominaient sa vie publique. La beauté physique de Florence, célébrée par ses propres citoyens et par des visiteurs de toute l'Europe, coexistait avec une culture politique d'une amertume et d'une cruauté extraordinaires.

La famille Alighieri jouissait d'un statut nobiliaire modeste à Florence, sans faire partie des plus grandes familles, mais solidement établie dans la hiérarchie sociale de la ville. Le père de Dante, Alighiero di Bellincione, était un changeur d'argent d'une certaine aisance, et la famille possédait des biens dans la ville. Sa mère, Bella degli Abati, mourut alors que Dante était jeune, et son père se remaria par la suite. Les circonstances de la petite enfance de Dante furent donc marquées par la perte maternelle et les ajustements d'une famille recomposée, des expériences qui laissèrent des traces dans ses écrits ultérieurs, bien qu'il les ait rarement abordées directement.

L'éducation de Dante suivit le modèle accessible à un jeune homme de son rang dans la Florence de la fin du treizième siècle. Il aurait reçu une instruction de base en latin, la langue du savoir et de l'Église, et dans les arts du trivium : la grammaire, la rhétorique et la logique. Il a également rencontré la tradition poétique vernaculaire qui florissait dans le nord de l'Italie, notamment le dolce stil novo, le doux style nouveau, développé par Guido Guinizelli et que Dante allait transformer en quelque chose de plus métaphysiquement ambitieux dans sa propre poésie de jeunesse. Il étudia la philosophie, s'appuyant abondamment sur la tradition aristotélicienne qui avait été renouvelée par la récupération des œuvres d'Aristote en traduction latine au cours du siècle précédent.

La rencontre avec Béatrice Portinari, que Dante décrivit dans son œuvre en prose de jeunesse la Vita Nuova ou Vie nouvelle, eut lieu alors que les deux enfants avaient environ neuf ans. Dante décrivit plus tard cette première vision de Béatrice comme le moment où l'Amour s'empara pour la première fois de son âme, où l'esprit vital naturel dans son cœur commença à trembler et où un nouvel esprit d'amour naquit. La rencontre fut brève et muette ; les deux enfants étaient habillés de leurs plus beaux vêtements, ce qui suggère qu'ils participaient à quelque réunion mondaine. Mais l'impression laissée sur le jeune Dante fut apparemment indélébile.

La Vita Nuova raconte en prose et en vers l'histoire de l'amour de Dante pour Béatrice depuis cette première rencontre jusqu'à sa mort, transformant une série d'expériences autobiographiques en un récit d'éducation spirituelle. L'œuvre est sans précédent dans l'histoire littéraire italienne : avant Dante, aucun poète vernaculaire n'avait tenté d'encadrer un recueil de poèmes lyriques dans un récit en prose qui expliquait à la fois les occasions des poèmes et interprétait leur signification. La forme permet à Dante de se présenter simultanément comme le sujet qui fait l'expérience des poèmes et comme leur interprète critique détaché, créant une double perspective sur l'amour et la perte qui anticipe la double perspective de la Comédie, où Dante-pèlerin fait l'expérience de l'au-delà tandis que Dante-poète réfléchit au sens de ce que le pèlerin a vu. Les sonnets et les canzones qui composent les passages poétiques de la Vita Nuova furent écrits sur une période de plusieurs années et représentent le premier accomplissement poétique soutenu de Dante. Il y développa les conventions stilnovistes de la poésie de l'éloge à un degré inhabituel de précision philosophique, comprenant l'amour comme une forme d'illumination spirituelle ayant le potentiel d'élever l'amant vers le divin.

Les premières amitiés littéraires de Dante et ses cercles intellectuels

La vie intellectuelle et littéraire de Florence dans les années 1280 et 1290 était organisée autour de réseaux informels d'hommes instruits qui échangeaient des poèmes, débattaient de questions philosophiques et développaient la tradition littéraire vernaculaire à travers une combinaison de pratique créatrice et de dialogue critique. Dante participait à ces réseaux depuis un âge relativement jeune, et ses amitiés avec les principaux poètes et penseurs de sa génération ont façonné son développement littéraire d'une manière que la Comédie elle-même reflète.

Guido Cavalcanti fut la plus importante de ces amitiés. Cavalcanti était plus âgé que Dante, déjà établi comme un poète et une figure intellectuelle de premier plan lorsque Dante commençait sa carrière, et les deux hommes entretinrent une amitié étroite — marquée également par un désaccord philosophique — jusqu'à la mort de Cavalcanti en 1300. Dante envoya à Cavalcanti le premier des sonnets de la Vita Nuova, décrivant sa vision onirique de Béatrice nourrie de son cœur par l'Amour, et la réponse de Cavalcanti fut le premier engagement critique que Dante reçut avec son œuvre. Les deux poètes se sont adressés l'un à l'autre en vers, ont débattu de la nature de l'amour et de l'âme, et ont vraisemblablement argumenté les questions métaphysiques que leurs pratiques poétiques respectives reflétaient de différentes manières.

Brunetto Latini, le contemporain plus âgé de Dante et en quelque sorte son mentor intellectuel, était un diplomate, philosophe et auteur florentin qui a écrit des œuvres majeures de savoir encyclopédique en français et en italien. Dante apprit de Brunetto l'art de la rhétorique et l'importance de l'érudition vernaculaire comme véhicule de l'éducation civique, et son apparition dans l'Inferno — placé parmi les sodomites, mais interpellé avec une gratitude respectueuse par Dante le pèlerin — est l'un des épisodes les plus controversés et les plus discutés de la Comédie. Que Brunetto ait été réellement coupable du péché que Dante lui attribue, et pourquoi Dante l'y a placé tout en montrant une affection et un respect aussi évidents, sont des questions qui ont occupé les chercheurs pendant des siècles sans résolution définitive.

Le cercle des poètes stilnovistes qui entouraient Dante et Cavalcanti comprenait des figures telles que Lapo Gianni, Gianni Alfani et Cino da Pistoia, qui pratiquaient tous le mode lyrique élevé définissant le dolce stil novo. Cino da Pistoia était parmi les poètes qui échangèrent des vers avec Dante pendant la période de son exil, et leur correspondance en vers reflète à la fois la tradition littéraire commune qu'ils habitaient et les liens personnels qui survivaient à la séparation géographique et à la division politique. La communauté lyrique vernaculaire de la Toscane de la fin du treizième siècle était suffisamment restreinte pour que ses principaux praticiens se connaissent personnellement, et les poèmes qu'ils échangeaient étaient simultanément des communications privées et des contributions à une conversation littéraire publique.

Le monde politique de Florence

Le contexte politique dans lequel Dante a vécu était façonné par le conflit entre les partis guelfe et gibelin qui déchirait les villes italiennes depuis le siècle précédent. Les Guelfes étaient globalement le parti de la papauté et des grandes familles commerçantes qui soutenaient l'autorité pontificale contre l'ingérence impériale ; les Gibelins étaient le parti du Saint Empereur romain et de la noblesse féodale qui résistait à l'expansion du pouvoir temporel de la papauté. Florence était à prédominance guelfe à l'époque de Dante, ayant expulsé sa faction gibeline au cours des décennies précédentes.

La situation politique devint encore plus complexe lorsque le parti guelfe se divisa en deux factions : les Guelfes noirs, qui soutenaient le pape et les ambitions expansionnistes de Charles de Valois ; et les Guelfes blancs, qui favorisaient une plus grande indépendance florentine vis-à-vis des ingérences tant pontificales qu'impériales. Dante s'allia aux Guelfes blancs, une position qui allait déterminer le cours de sa vie ultérieure d'une manière qu'il n'aurait pas pu anticiper lorsque la scission se produisit.

Il fut un participant actif à la vie politique florentine au cours de ses années de maturité, occupant diverses fonctions civiques et finissant par être élu au conseil gouvernant de la ville, la Seigneurie, comme l'un des six Prieurs à l'été 1300. Cette élection représenta le point culminant de sa carrière civique et fit de lui une figure d'une importance politique considérable à Florence. Mais elle le plaça également au cœur des événements qui allaient conduire à son exil.

Le conflit entre Guelfes noirs et Guelfes blancs s'intensifiait durant cette période, chaque camp cherchant le soutien de puissances extérieures contre l'autre. Les Guelfes noirs invitèrent le pape Boniface VIII et Charles de Valois à intervenir dans la politique florentine. Dante figurait parmi ceux qui se rendirent à Rome pour négocier avec Boniface, tentant de prévenir cette intervention. La mission échoua. Tandis que Dante se trouvait à Rome, Charles de Valois entra à Florence avec des troupes françaises en novembre 1301, les Guelfes noirs prirent le pouvoir, et les Guelfes blancs furent expulsés de la ville.

L'exil et ses conséquences

Dante fut condamné en son absence par le nouveau gouvernement des Guelfes noirs pour des accusations de barraterie, de corruption et d'opposition au pape Boniface VIII et à Charles de Valois. Il fut condamné à payer une lourde amende et fut exclu de toute fonction publique. Lorsqu'il ne se présenta pas pour répondre des accusations, il fut condamné à l'exil et, finalement, à la mort par le feu s'il revenait jamais à Florence. Il n'y revint jamais.

L'exil dura les vingt années restantes de sa vie. Il passa ces années à se déplacer entre les cours et les villes du nord de l'Italie, dépendant de l'hospitalité de divers mécènes, espérant jusqu'à la fin de sa vie un renversement de sa condamnation qui ne vint jamais. Il vécut à différentes époques à Vérone sous le patronage de la famille Scaligeri, à Bologne, à Paris, peut-être à Oxford, et finalement à Ravenne sous le patronage de Guido Novello da Polenta, où il mourut.

L'impact psychologique et émotionnel de l'exil sur Dante fut profond et durable. Florence n'était pas simplement sa ville natale mais le centre de son identité, l'endroit où Béatrice avait vécu et était morte, où se trouvaient sa famille et ses amis, où se menaient les luttes politiques dans lesquelles il s'était investi. L'exil était une forme de mort pour une personne médiévale, le coupant des réseaux sociaux et des institutions civiques qui donnaient à la vie son sens et sa structure. Dante exprima l'amertume de l'exil à plusieurs reprises dans la Comédie, le plus célèbrement à travers le personnage de Cacciaguida, qui prophétise dans le Paradiso que Dante apprendra combien le pain d'un autre homme a un goût salé, et combien il est difficile de monter et de descendre l'escalier d'un autre homme.

Pourtant, l'exil fut aussi, paradoxalement, la condition qui rendit la Comédie possible. À Florence, impliqué dans la vie civique active d'une cité-État prospère, distrait par la politique, les obligations familiales et l'avancement professionnel, Dante n'aurait peut-être jamais écrit la Comédie, ou aurait peut-être écrit quelque chose de beaucoup moins ambitieux. L'exil lui donna le temps, la perspective et l'intensité particulière de vision que le déplacement peut produire. En regardant Florence de l'extérieur, il pouvait la voir plus clairement que n'importe quel initié. En regardant en arrière le monde politique qu'il avait connu, il pouvait le juger plus durement et plus complètement qu'aucun de ses participants ne pouvait se le permettre.

La structure de la Divine Comédie

La Divine Comédie est divisée en trois cantiques — Inferno, Purgatorio et Paradiso — chacun divisé en trente-trois chants, avec un chant introductif supplémentaire dans l'Inferno qui sert de prologue à l'ensemble de l'œuvre, donnant un total de cent chants. Le nombre cent, représentant la perfection au carré, et le nombre trois, la Trinité, et son carré neuf, et toute la numérologie symbolique qui imprègne la structure de la Comédie, reflètent la conviction de Dante que le poème devrait incarner dans sa forme même l'ordre divin qu'il cherche à décrire.

La Comédie est écrite dans une forme que Dante a inventée pour elle : la terza rima, une chaîne de strophes entrelacées de trois lignes dans laquelle le vers du milieu de chaque strophe rime avec les premier et troisième vers du suivant, créant un effet de mouvement en avant constant combiné à une résonance rétrospective constante. La forme est simultanément la plus techniquement exigeante de la poésie italienne et l'une des plus naturelles en apparence, capable de passer du discours théologique le plus élevé à la description la plus vivante et la plus terrestre de l'horreur physique sans perdre sa musique essentielle.

L'Inferno, qui décrit le voyage de Dante à travers l'Enfer sous la conduite du poète romain Virgile, est organisé autour de la philosophie morale d'Aristote telle qu'elle est interprétée par la théologie chrétienne. L'Enfer est le lieu de ceux qui ont choisi le mal plutôt que le bien, qui ont rejeté l'amour divin qui imprègne l'univers. Il est disposé en cercles concentriques descendant vers le centre de la terre, les péchés les moins graves étant punis près de la surface et les plus graves dans les régions les plus profondes. Le principe du contrapasso, par lequel chaque punition reflète et reproduit le péché qui l'a méritée, confère à l'Inferno sa combinaison caractéristique de précision morale et d'énergie imaginative sombre.

Les personnages que Dante rencontre dans l'Inferno comptent parmi les figures les plus mémorables de toute la littérature : Francesca da Rimini, qui raconte son histoire d'amour adultère avec la voix douce d'une femme qui n'a pas encore pleinement compris sa propre damnation ; Farinata degli Uberti, le grand Gibelin qui se tient droit dans son tombeau brûlant avec un dédain hautain pour l'Enfer lui-même ; Ulysse, qui décrit son dernier voyage au-delà des Colonnes d'Hercule dans un discours d'un héroïsme poignant ; Ugolino, qui ronge le crâne de l'archevêque Ruggieri dans la glace du cercle le plus profond de l'Enfer. Ces portraits combinent profondeur psychologique, précision théologique et puissance poétique d'une manière qui en a fait des modèles de caractérisation littéraire depuis lors.

Le Purgatorio et sa théologie

Le Purgatorio est à bien des égards le plus humainement saisissant des trois cantiques, dépeignant une montagne de purification s'élevant depuis l'hémisphère sud de la terre où les âmes mortes repentantes se fraient un chemin à travers des terrasses successives de pénitence vers le paradis terrestre au sommet. L'atmosphère du Purgatorio est fondamentalement différente de celle de l'Inferno : plus légère, plus pleine d'espoir, remplie de musique et de beauté, avec des âmes se déplaçant volontairement à travers leurs exercices pénitentiels parce qu'elles ont choisi d'être purifiées plutôt que d'être condamnées contre leur gré.

Les sept terrasses du Purgatoire correspondent aux sept péchés capitaux : l'orgueil, l'envie, la colère, la paresse, l'avarice, la gourmandise et la luxure. Sur chaque terrasse, les âmes se purifient de leur défaillance particulière à travers une combinaison d'exercices pénitentiels et de contemplation d'exemples de la vertu opposée à leur péché. La structure incarne une psychologie morale sophistiquée, s'appuyant sur la description aristotélicienne de la vertu comme un juste milieu entre les extrêmes et sur la théologie chrétienne de la grâce et du libre arbitre.

Dans le Purgatorio, Dante explore également la nature de la poésie et de l'art avec une franchise inhabituelle. Il rencontre l'enlumineur Oderisi da Gubbio, qui met en garde contre la vanité de la gloire artistique ; il rencontre le troubadour Sordel ; il discute de la nature de la poésie avec l'ombre de Virgile. Le plus célèbre, il rencontre son ami le musicien Casella, qui lui chante l'une des propres chansons de Dante, leur procurant à tous deux un tel ravissement que Caton doit intervenir pour leur rappeler que même la joie de l'art doit être subordonnée au travail du progrès spirituel. L'épisode est l'un des plus touchants de la Comédie : la réunion de deux amis après la mort, le plaisir d'entendre une chanson bien-aimée, puis le rappel doux mais ferme que ce plaisir n'est pas encore le bien ultime.

Virgile guide Dante à travers l'Inferno et le Purgatorio mais ne peut entrer au Paradis, parce qu'il est un païen qui a vécu avant le Christ et est confiné aux Limbes. Son incapacité à accomplir le voyage final avec Dante exprime un point théologique profond sur les limites de la raison : l'intelligence humaine sans aide, aussi magnifique soit-elle, ne peut pénétrer les mystères de la révélation divine. Au sommet de la montagne du Purgatoire, Virgile disparaît sans adieu, et Béatrice apparaît à sa place.

Le Paradiso et Béatrice

Le Paradiso est le plus techniquement exigeant et le plus dense théologiquement des trois cantiques, et il a attiré moins de lecteurs généraux que l'Inferno, dont les horreurs vives sont plus immédiatement accessibles. Mais nombre des lecteurs les plus dévoués de Dante ont soutenu que le Paradiso est le plus grand des trois, atteignant dans ses derniers chants une approximation en langage de l'inexprimable qui se présente comme l'un des moments les plus ambitieux de l'histoire de la littérature.

Béatrice guide Dante à travers les neuf cieux du cosmos ptolémaïque, expliquant les questions théologiques et philosophiques qui surgissent au fil de leur ascension. Son rôle est de compléter l'éducation spirituelle qui avait commencé avec Virgile — là où Virgile fournissait la sagesse de la raison, Béatrice apporte la sagesse de la foi et de la perspicacité théologique. Dans chaque ciel, Dante rencontre des âmes qui manifestent la vertu particulière la plus caractéristique de leur vie : les guerriers et croisés de Mars, les justes gouvernants de Jupiter, les contemplatifs de Saturne, les étoiles fixes de la sphère des Étoiles fixes.

Le langage du Paradiso tend constamment contre ses propres limites, tentant de décrire des expériences qui par leur nature dépassent la compréhension humaine. Dante reconnaît fréquemment que la mémoire lui fait défaut, que le langage ne peut pas transmettre ce qu'il a vu, que l'expérience de la lumière et de l'amour divins ne peut tout simplement pas être transmise par le médium des mots. Et pourtant le poème continue, trouvant des stratégies obliques de suggestion, d'analogie et de négation pour esquisser ce qui ne peut pas être directement exprimé.

Le contenu théologique du Paradiso s'appuie principalement sur la Somme théologique de Thomas d'Aquin et sur la théologie mystique de Bernard de Clairvaux, qui remplace Béatrice comme guide de Dante dans les dernières étapes de son ascension. Thomas d'Aquin lui-même apparaît comme personnage dans le quatrième ciel, expliquant la nature de la sagesse et défendant la mémoire de François d'Assise dans un passage qui illustre la préférence caractéristique de Dante pour la complexité plutôt que pour le simple partisanisme.

Le point culminant de la Comédie vient dans le dernier chant du Paradiso, lorsque Dante atteint la vision béatifique, la vision directe de Dieu. L'expérience transcende tout ce que le langage peut saisir, et Dante la décrit à travers une série d'images qui s'approchent puis se retirent de leur objet : un seul point de lumière, un volume dans lequel les feuilles éparses de l'univers sont liées ensemble par l'amour, un cercle dans lequel il entrevoit, ou semble entrevoir, le mystère de la Trinité. L'image finale du poème revient à l'expérience physique la plus fondamentale — la rotation de la terre, le mouvement des sphères célestes — et la met en relation avec la source ultime de tout mouvement : l'Amour qui meut le soleil et les autres étoiles.

Les œuvres mineures de Dante

Bien que la Divine Comédie domine inévitablement tout récit de la réalisation littéraire de Dante, ses autres œuvres sont substantielles et importantes. La Vita Nuova, son premier grand projet littéraire, est une œuvre hybride en prose et en vers qui raconte l'histoire de son amour pour Béatrice et fournit une théorie poétique du dolce stil novo sous une forme accessible aux lecteurs spécialisés et généraux. Sa combinaison de poèmes lyriques avec un commentaire en prose qui explique la composition et la signification des poèmes est sans précédent dans l'histoire littéraire italienne et établit un genre d'autobiographie poétique rétrospective que Dante a peut-être inventé.

Le Convivio, ou Banquet, était un ambitieux projet encyclopédique que Dante entreprit en exil, avec l'intention d'écrire des commentaires philosophiques sur quatorze de ses canzones. Il n'acheva que quatre des traités prévus avant d'apparemment abandonner le projet, probablement lorsque la Comédie vint dominer ses énergies créatrices. Le Convivio est important comme témoignage de la pensée philosophique de Dante dans les années précédant la Comédie et comme démonstration de son ambition de créer une littérature vernaculaire capable de traiter les sujets philosophiques les plus sérieux.

De Vulgari Eloquentia, écrit en latin, est un traité théorique sur la poésie vernaculaire qui plaide pour la dignité du vernaculaire italien comme medium littéraire et développe des principes de composition poétique qui éclairent la propre pratique de Dante. L'œuvre est inachevée, s'interrompant au milieu de son argumentation, mais ce qui existe est le traitement le plus sophistiqué de la poétique vernaculaire produit dans l'Europe médiévale.

De Monarchia, également en latin, est le principal traité politique de Dante, plaidant pour la nécessité d'un monarque universel — le Saint Empereur romain — pour gouverner les affaires temporelles tandis que le pape gouverne les affaires spirituelles. Les deux pouvoirs, soutient Dante, sont distincts et aucun ne devrait usurper l'autorité de l'autre. Le traité fut une réponse directe aux conditions politiques de l'époque de Dante et en particulier aux revendications temporelles expansionnistes du pape Boniface VIII, qui avait affirmé la suprématie pontificale sur tous les dirigeants terrestres. De Monarchia fut condamné par la papauté et brûlé après la mort de Dante.

Ses lettres en latin, dont treize ont survécu, comprennent d'importants documents politiques et une célèbre lettre adressée à Cangrande della Scala qui a peut-être fourni un compte rendu faisant autorité des niveaux allégoriques de signification de la Comédie, bien que l'authenticité de la lettre ait été débattue par les chercheurs.

L'influence de Dante sur la littérature italienne

L'influence de la Divine Comédie sur la littérature italienne ultérieure a été si envahissante et si fondamentale qu'il est difficile de la décrire brièvement. Dante a essentiellement créé la langue littéraire italienne, choisissant une forme du dialecte toscan comme base pour le vernaculaire illustre qu'il théorisa et pratiqua, et lui conférant une richesse et une précision qui en firent le