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Marie Curie : Pionnière de la Radioactivité

Marie Curie : Pionnière de la Radioactivité

Vitesse

Marie Curie est l'une des scientifiques les plus extraordinaires de l'histoire de la recherche humaine. Née Maria Sklodowska à Varsovie en 1867, elle est devenue la première femme à remporter un prix Nobel, la première personne à remporter deux fois le prix Nobel, et la seule personne à avoir jamais remporté des prix Nobel dans deux sciences différentes -- la physique et la chimie. Elle a découvert deux éléments, le polonium et le radium, a été une pionnière dans l'investigation de la radioactivité, et a transformé la compréhension de la matière et de l'énergie qui allait finalement donner naissance à l'ère nucléaire. Elle a accompli tout cela en tant que femme dans un monde qui excluait systématiquement les femmes de l'enseignement scientifique et de la vie professionnelle, surmontant des obstacles de genre, de nationalité et de pauvreté qui auraient vaincu presque n'importe qui d'autre.

Sa vie a la qualité d'une légende parce que c'était, à bien des égards importants, une vie de dévouement exemplaire à une vision de la recherche scientifique qui subordonnait tout le reste -- le confort, la santé, l'acceptation sociale, et finalement la vie elle-même -- à la poursuite du savoir. Elle a travaillé dans des conditions de grande pénibilité physique, manipulant des matériaux radioactifs dont les dangers n'étaient pas encore compris, jusqu'à ce que son corps soit si endommagé par les radiations qu'elle pouvait à peine voir ou marcher. Elle est morte en 1934 d'une anémie aplasique, presque certainement causée par son exposition à vie aux rayonnements ionisants, martyre de la science qu'elle avait tant contribué à créer.

Mais la qualité légendaire de sa vie ne doit pas obscurcir la complexité de la personne derrière la légende. C'était une femme d'un intellect et d'une volonté redoutables, capable d'une détermination extraordinaire mais aussi d'un attachement personnel profond et d'une loyauté farouche. Son mariage avec Pierre Curie fut l'un des grands partenariats scientifiques de l'histoire, l'union de deux personnes dont les capacités complémentaires et la dévotion partagée à la science produisirent des résultats qu'aucun des deux n'aurait pu atteindre seul. Son chagrin à la mort soudaine de Pierre en 1906 fut dévastateur, et le scandale qui éclata autour de sa liaison avec le physicien Paul Langevin cinq ans plus tard révéla une femme capable d'une passion intense sous le personnage public austère qu'elle avait construit.

Son histoire est aussi celle d'un moment particulier dans l'histoire des sciences : la fin du dix-neuvième siècle et le début du vingtième, quand les fondements de la physique classique étaient ébranlés par une série de découvertes révolutionnaires -- les rayons X, la radioactivité, l'électron, la relativité, le quantum -- qui allaient finalement transformer la compréhension humaine de la matière, de l'énergie et de la nature de la réalité elle-même. Marie Curie se trouvait au centre de cette transformation, ses travaux sur la radioactivité constituant l'une des découvertes qui remettaient le plus directement en cause les postulats de l'ancienne physique et contribuaient à jeter les bases de la nouvelle.

L'enfance à Varsovie : l'éducation sous l'occupation

Maria Sklodowska est née le 7 novembre 1867 à Varsovie, alors sous occupation russe dans le cadre du partage de la Pologne qui avait divisé ce pays entre la Russie, la Prusse et l'Autriche depuis la fin du dix-huitième siècle. La famille Sklodowski faisait partie de l'intelligentsia polonaise, éduquée et patriote, qui maintenait son identité culturelle et nationale sous les contraintes de la domination russe par une combinaison de résistance tranquille et d'endurance patiente.

Son père, Wladyslaw Sklodowski, était professeur de mathématiques et de physique et avait été rétrogradé de son poste d'administrateur scolaire lorsque les autorités russes le soupçonnèrent de sympathie avec le nationalisme polonais. Sa mère, Bronislawa Sklodowska, était directrice d'une école privée de filles à Varsovie, poste qu'elle fut contrainte d'abandonner lorsqu'elle contracta la tuberculose, la maladie qui allait finalement l'emporter alors que Maria avait dix ans.

Le foyer des Sklodowski était intellectuellement stimulant malgré ses difficultés matérielles. Wladyslaw enseignait les mathématiques, la physique et la géographie, et il lisait à ses enfants en polonais, en russe, en français et en allemand. Les enfants étaient encouragés à prendre l'éducation au sérieux, et ils montraient tous des aptitudes scolaires. Maria était la plus jeune des cinq enfants et la plus douée sur le plan académique, faisant preuve dès son plus jeune âge d'une mémoire remarquable et d'une capacité de concentration qui allaient devenir les caractéristiques déterminantes de sa carrière scientifique.

Les autorités éducatives russes à Varsovie n'autorisaient l'Université de Varsovie à admettre que des étudiants de sexe masculin, et le système des gymnases (lycées), bien qu'offrant aux filles une solide instruction, ne leur ouvrait aucune voie vers une formation scientifique supérieure. Pour Maria et ses contemporaines, la seule option pour des études scientifiques sérieuses était de partir à l'étranger, en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, où les universités commençaient -- à contrecœur -- à admettre des femmes. Le problème était l'argent : le coût des études à l'étranger dépassait largement les moyens de la famille Sklodowski.

La solution que Maria et sa sœur Bronya imaginèrent était caractéristique de toutes deux : elles s'entraideraient. Bronya partirait la première à Paris pour étudier la médecine, soutenue par les revenus de Maria comme gouvernante en Pologne. Lorsque Bronya serait établie et gagnerait sa vie, elle soutiendrait à son tour les études de Maria. Cet arrangement exigea des années de patience et de gratification différée de la part des deux sœurs, et il fut respecté exactement comme prévu : Maria travailla comme gouvernante pendant six ans, envoyant la majeure partie de ses revenus à Paris, et en 1891 elle rejoignit enfin la ville qui allait devenir le centre de sa vie scientifique.

Les années de gouvernante ne furent pas perdues. Maria utilisa chaque moment libre pour s'instruire, étudiant les mathématiques et la physique dans des livres et réalisant de simples expériences lorsqu'elle avait accès à du matériel. Elle était également profondément impliquée dans les activités éducatives clandestines du mouvement d'indépendance polonais, enseignant l'histoire et la littérature polonaises aux enfants des ouvriers en violation de la politique éducative russe -- une activité qui comportait de réels risques d'arrestation et d'emprisonnement.

Paris et la Sorbonne : une éducation différée puis accomplie

Marie arriva à Paris en novembre 1891, âgée de vingt-trois ans, armée de l'équivalent d'un baccalauréat en mathématiques et en physique et d'une détermination extraordinaire à devenir scientifique. Elle s'inscrivit à la Sorbonne, l'Université de Paris, comme l'une des rares étudiantes de la Faculté des sciences. Elle vivait dans une mansarde froide, mangeait insuffisamment et consacrait presque la totalité de ses modestes revenus à l'achat de livres et au paiement des frais de laboratoire. Lorsqu'elle s'évanouit de faim pendant un cours, ce fut Bronya qui la ranima et insista pour qu'elle emménage dans un logement plus confortable.

Les privations physiques de ses années d'études n'étaient pas entièrement accidentelles : Marie n'était pas seulement pauvre, mais tempéramentalement encline à mortifier le physique au service de l'intellectuel. Elle était capable de travailler dix-huit heures d'affilée sans manger, de rester assise dans des pièces froides lorsque le coût du chauffage dépassait celui d'un temps d'étude supplémentaire, de rejeter ses propres besoins corporels comme des distractions sans importance pour le travail qui comptait. Cette discipline était à la fois une force et une forme de violence contre elle-même qui allait avoir des conséquences à long terme.

Elle étudia avec une intensité extraordinaire, maîtrisant rapidement le français et rattrapant les étudiants les plus avancés de la faculté grâce à ses années d'autodidaxie en Pologne. En 1893, elle obtint sa licence de physique en tête de sa promotion -- la première femme à accéder à cette distinction à la Sorbonne. En 1894, elle obtint sa licence de mathématiques, là encore avec mention. Son dossier universitaire était remarquable non seulement par son excellence, mais par ce qu'il représentait : l'obtention d'une formation scientifique véritablement complète en dépit de tous les obstacles que la culture académique française plaçait sur le chemin des femmes.

C'est à Paris qu'elle rencontra Pierre Curie, au printemps 1894. Pierre était déjà un scientifique de renom, âgé de trente-cinq ans contre vingt-six pour elle, le découvreur de la piézoélectricité et du point de Curie (la température à laquelle certains matériaux perdent leurs propriétés magnétiques). Il lui avait été présenté par un ami commun qui pensait que Pierre pourrait l'aider à trouver un laboratoire où poursuivre ses recherches. Leur rencontre, qui commença comme un contact professionnel et devint rapidement quelque chose de plus, fut l'événement le plus important de la vie de l'un et de l'autre.

Pierre Curie : le partenariat scientifique

Pierre Curie était à bien des égards le complément idéal de la personnalité scientifique de Marie. Là où elle était intensément concentrée, méthodique et presque farouchement déterminée, il était plus rêveur et réfléchi, un physicien théoricien de premier ordre qui avait laissé sa carrière dériver quelque peu en raison d'un dégoût pour les ambitions sociales et institutionnelles que le succès académique exigeait. Il était plus âgé, mieux établi, et profondément sceptique à l'égard des honneurs et des prix que Marie allait finalement accumuler, même s'il en était ravi lorsqu'ils arrivaient.

Leur cour fut conduite en grande partie par lettres et par des conversations sur la science. Pierre avait proposé le mariage à Marie dès le début de leur relation, et elle avait d'abord refusé, peu désireuse d'abandonner le projet de retourner en Pologne qui l'avait soutenue pendant des années d'ambitions différées. Il persista avec une dévotion patiente, et elle finit par accepter de l'épouser en juillet 1895. La décision d'épouser Pierre était aussi, en fait, une décision de faire de la France plutôt que de la Pologne son foyer permanent -- une décision qu'elle prit avec des sentiments partagés et dont elle ne cessa jamais tout à fait de se demander si elle avait eu raison.

Le mariage fut un partenariat scientifique dès ses premiers jours. Pierre mit de côté ses propres projets de recherche pour travailler aux côtés de Marie sur tout ce qu'elle étudiait, apportant ses intuitions théoriques, son ingéniosité expérimentale et sa rigueur méthodologique à une collaboration qu'aucun des deux n'aurait pu mener de façon indépendante. Leur vie domestique était organisée autour de la science : ils travaillaient au laboratoire pendant la journée, lisaient la littérature scientifique le soir et discutaient de leurs expériences avec une intensité que leurs amis et collègues trouvaient à la fois admirable et légèrement inquiétante.

La naissance de leur fille Irène en septembre 1897 n'interrompit pas longtemps leur travail scientifique. Marie retourna au laboratoire en quelques semaines, et les exigences de la maternité furent en partie gérées grâce à l'aide du père de Pierre, Eugène, qui emménagea chez eux et prit en charge une grande partie des soins aux enfants. Cet arrangement permit aux deux parents de poursuivre leurs travaux scientifiques, mais il impliquait que la relation de Marie avec ses filles se déroulait à une certaine distance des intimités quotidiennes de la petite enfance.

L'enfance à Varsovie : l'éducation sous l'occupation

Maria Sklodowska est née le 7 novembre 1867 à Varsovie, alors sous occupation russe dans le cadre du partage de la Pologne qui avait divisé ce pays entre la Russie, la Prusse et l'Autriche depuis la fin du dix-huitième siècle. La famille Sklodowski faisait partie de l'intelligentsia polonaise, éduquée et patriote, qui maintenait son identité culturelle et nationale sous les contraintes de la domination russe par une combinaison de résistance tranquille et d'endurance patiente.

Son père, Wladyslaw Sklodowski, était professeur de mathématiques et de physique et avait été rétrogradé de son poste d'administrateur scolaire lorsque les autorités russes le soupçonnèrent de sympathie avec le nationalisme polonais. Sa mère, Bronislawa Sklodowska, était directrice d'une école privée de filles à Varsovie, poste qu'elle fut contrainte d'abandonner lorsqu'elle contracta la tuberculose, la maladie qui allait finalement l'emporter alors que Maria avait dix ans.

Le foyer des Sklodowski était intellectuellement stimulant malgré ses difficultés matérielles. Wladyslaw enseignait les mathématiques, la physique et la géographie, et il lisait à ses enfants en polonais, en russe, en français et en allemand. Les enfants étaient encouragés à prendre l'éducation au sérieux, et ils montraient tous des aptitudes scolaires. Maria était la plus jeune des cinq enfants et la plus douée sur le plan académique, faisant preuve dès son plus jeune âge d'une mémoire remarquable et d'une capacité de concentration qui allaient devenir les caractéristiques déterminantes de sa carrière scientifique.

Les autorités éducatives russes à Varsovie n'autorisaient l'Université de Varsovie à admettre que des étudiants de sexe masculin, et le système des gymnases (lycées), bien qu'offrant aux filles une solide instruction, ne leur ouvrait aucune voie vers une formation scientifique supérieure. Pour Maria et ses contemporaines, la seule option pour des études scientifiques sérieuses était de partir à l'étranger, en France, en Allemagne ou en Grande-Bretagne, où les universités commençaient -- à contrecœur -- à admettre des femmes. Le problème était l'argent : le coût des études à l'étranger dépassait largement les moyens de la famille Sklodowski.

La solution que Maria et sa sœur Bronya imaginèrent était caractéristique de toutes deux : elles s'entraideraient. Bronya partirait la première à Paris pour étudier la médecine, soutenue par les revenus de Maria comme gouvernante en Pologne. Lorsque Bronya serait établie et gagnerait sa vie, elle soutiendrait à son tour les études de Maria. Cet arrangement exigea des années de patience et de gratification différée de la part des deux sœurs, et il fut respecté exactement comme prévu : Maria travailla comme gouvernante pendant six ans, envoyant la majeure partie de ses revenus à Paris, et en 1891 elle rejoignit enfin la ville qui allait devenir le centre de sa vie scientifique.

Les années de gouvernante ne furent pas perdues. Maria utilisa chaque moment libre pour s'instruire, étudiant les mathématiques et la physique dans des livres et réalisant de simples expériences lorsqu'elle avait accès à du matériel. Elle était également profondément impliquée dans les activités éducatives clandestines du mouvement d'indépendance polonais, enseignant l'histoire et la littérature polonaises aux enfants des ouvriers en violation de la politique éducative russe -- une activité qui comportait de réels risques d'arrestation et d'emprisonnement. Cette combinaison de développement intellectuel et de courage moral sous contrainte politique la prépara, de manières qui n'auraient pu être anticipées, aux défis scientifiques et personnels qui l'attendaient.

Paris et la Sorbonne : une éducation différée puis accomplie

Marie arriva à Paris en novembre 1891, âgée de vingt-trois ans, armée de l'équivalent d'un baccalauréat en mathématiques et en physique et d'une détermination extraordinaire à devenir scientifique. Elle s'inscrivit à la Sorbonne, l'Université de Paris, comme l'une des rares étudiantes de la Faculté des sciences. Elle vivait dans une mansarde froide, mangeait insuffisamment et consacrait presque la totalité de ses modestes revenus à l'achat de livres et au paiement des frais de laboratoire. Lorsqu'elle s'évanouit de faim pendant un cours, ce fut Bronya qui la ranima et insista pour qu'elle emménage dans un logement plus confortable.

Les privations physiques de ses années d'études n'étaient pas entièrement accidentelles : Marie n'était pas seulement pauvre, mais tempéramentalement encline à mortifier le physique au service de l'intellectuel. Elle était capable de travailler dix-huit heures d'affilée sans manger, de rester assise dans des pièces froides lorsque le coût du chauffage dépassait celui d'un temps d'étude supplémentaire, de rejeter ses propres besoins corporels comme des distractions sans importance pour le travail qui comptait. Cette discipline était à la fois une force et une forme de violence contre elle-même qui allait avoir des conséquences à long terme.

Elle étudia avec une intensité extraordinaire, maîtrisant rapidement le français et rattrapant les étudiants les plus avancés de la faculté grâce à ses années d'autodidaxie en Pologne. En 1893, elle obtint sa licence de physique en tête de sa promotion -- la première femme à accéder à cette distinction à la Sorbonne. En 1894, elle obtint sa licence de mathématiques, là encore avec mention. Son dossier universitaire était remarquable non seulement par son excellence, mais par ce qu'il représentait : l'obtention d'une formation scientifique véritablement complète en dépit de tous les obstacles que la culture académique française plaçait sur le chemin des femmes.

C'est à Paris qu'elle rencontra Pierre Curie, au printemps 1894. Pierre était déjà un scientifique de renom, âgé de trente-cinq ans contre vingt-six pour elle, le découvreur de la piézoélectricité et du point de Curie (la température à laquelle certains matériaux perdent leurs propriétés magnétiques). Il lui avait été présenté par un ami commun qui pensait que Pierre pourrait l'aider à trouver un laboratoire où poursuivre ses recherches. Leur rencontre, qui commença comme un contact professionnel et devint rapidement quelque chose de plus, fut l'événement le plus important de la vie de l'un et de l'autre.

Pierre Curie : le partenariat scientifique

Pierre Curie était à bien des égards le complément idéal de la personnalité scientifique de Marie. Là où elle était intensément concentrée, méthodique et presque farouchement déterminée, il était plus rêveur et réfléchi, un physicien théoricien de premier ordre qui avait laissé sa carrière dériver quelque peu en raison d'un dégoût pour les ambitions sociales et institutionnelles que le succès académique exigeait. Il était plus âgé, mieux établi, et profondément sceptique à l'égard des honneurs et des prix que Marie allait finalement accumuler, même s'il en était ravi lorsqu'ils arrivaient.

Leur cour fut conduite en grande partie par lettres et par des conversations sur la science. Pierre avait proposé le mariage à Marie dès le début de leur relation, et elle avait d'abord refusé, peu désireuse d'abandonner le projet de retourner en Pologne qui l'avait soutenue pendant des années d'ambitions différées. Il persista avec une dévotion patiente, et elle finit par accepter de l'épouser en juillet 1895. La décision d'épouser Pierre était aussi, en fait, une décision de faire de la France plutôt que de la Pologne son foyer permanent -- une décision qu'elle prit avec des sentiments partagés et dont elle ne cessa jamais tout à fait de se demander si elle avait eu raison.

Le mariage fut un partenariat scientifique dès ses premiers jours. Pierre mit de côté ses propres projets de recherche pour travailler aux côtés de Marie sur tout ce qu'elle étudiait, apportant ses intuitions théoriques, son ingéniosité expérimentale et sa rigueur méthodologique à une collaboration qu'aucun des deux n'aurait pu mener de façon indépendante. Leur vie domestique était organisée autour de la science : ils travaillaient au laboratoire pendant la journée, lisaient la littérature scientifique le soir et discutaient de leurs expériences avec une intensité que leurs amis et collègues trouvaient à la fois admirable et légèrement inquiétante.

La naissance de leur fille Irène en septembre 1897 n'interrompit pas longtemps leur travail scientifique. Marie retourna au laboratoire en quelques semaines, et les exigences de la maternité furent en partie gérées grâce à l'aide du père de Pierre, Eugène, qui emménagea chez eux et prit en charge une grande partie des soins aux enfants. Cet arrangement permit aux deux parents de poursuivre leurs travaux scientifiques, mais il impliquait que la relation de Marie avec ses filles se déroulait à une certaine distance des intimités quotidiennes de la petite enfance. La naissance d'une deuxième fille, Ève, allait suivre en 1904, et la cadette allait finalement écrire la biographie la plus lue de sa mère.

La découverte de la radioactivité

Le programme de recherche qui allait mener à la découverte du polonium et du radium, ainsi qu'au concept de radioactivité lui-même, débuta en 1897 avec la décision de Marie d'étudier les mystérieux rayons récemment découverts par Henri Becquerel. Becquerel avait découvert que les composés d'uranium émettaient des rayons capables de traverser des matériaux opaques et d'impressionner des plaques photographiques, un phénomène qu'il avait signalé en 1896 mais n'avait pas approfondi.

Marie décida d'étudier la nature des rayons de Becquerel comme sujet de sa recherche doctorale -- un choix audacieux, car le phénomène était mal compris et semblait offrir peu d'applications pratiques évidentes. Ce choix s'avéra inspiré : les rayons se révélèrent être une fenêtre sur un aspect fondamental de la matière que personne n'avait jusque-là soupçonné.

Sa première innovation cruciale fut méthodologique. Au lieu d'utiliser des plaques photographiques pour détecter les rayons -- comme l'avait fait Becquerel -- elle utilisa un électromètre, un instrument capable de mesurer l'ionisation de l'air produite par les rayons et de fournir une mesure quantitative précise de leur intensité. Cet instrument, adapté d'un appareil que Pierre et son frère Jacques avaient développé à d'autres fins, lui permit de mesurer la radioactivité des composés d'uranium avec une précision impossible à obtenir par détection photographique.

Les mesures révélèrent quelque chose de remarquable : l'intensité du rayonnement émis par un composé d'uranium était proportionnelle à la quantité d'uranium dans l'échantillon, et elle était entièrement indépendante de la forme chimique du composé ou des conditions physiques dans lesquelles la mesure était effectuée. La radiation était, en d'autres termes, une propriété atomique -- une propriété des atomes d'uranium individuels, et non des composés moléculaires ou des matériaux en vrac. C'était là une intuition véritablement révolutionnaire, même si ses implications complètes prendraient des années à élucider.

Le terme radioactivité, que Marie forgea pour décrire le phénomène, reflétait cette compréhension : la capacité à émettre des rayonnements était une propriété de certains atomes (les atomes radio-actifs), une caractéristique fondamentale de leur nature atomique qui persistait indépendamment de la combinaison chimique ou de l'état physique. C'était la première preuve manifeste que les atomes n'étaient pas les entités simples, inertes et immuables que la chimie du dix-neuvième siècle avait supposées, mais des structures complexes capables de subir des transformations spontanées.

Le polonium et le radium

La découverte du polonium et du radium résulta d'une investigation systématique de tous les éléments et minéraux connus pour déterminer lesquels présentaient de la radioactivité. Marie et Pierre, travaillant ensemble à partir de 1898, testèrent minéral après minéral en utilisant la méthode de l'électromètre. Ils découvrirent, de façon cruciale, que certains minéraux contenant de l'uranium -- en particulier la pechblende, un minerai d'uranium extrait en Bohême -- étaient plus radioactifs que ne pouvait l'expliquer leur seule teneur en uranium.

Cette radioactivité excessive ne pouvait s'expliquer que si les minéraux contenaient un élément radioactif supplémentaire, jusqu'alors inconnu de la science, dont la radioactivité était plus intense que celle de l'uranium. L'hypothèse était audacieuse, mais les preuves l'étayaient clairement, et Marie et Pierre s'engagèrent dans la tâche extraordinaire d'isoler cet élément inconnu, quel qu'il soit.

La tâche s'avéra exiger des années d'un travail physique brutalement pénible. La pechblende, après que l'uranium en avait été chimiquement extrait, restait intensément radioactive, mais le ou les nouveaux éléments responsables de cette radioactivité étaient présents en quantités si infimes -- des parties par million -- qu'isoler ne serait-ce qu'une quantité détectable nécessitait le traitement d'énormes quantités de minerai. Les Curie travaillaient dans un hangar aménagé près de l'École de physique, sans chauffage, avec un toit qui fuyait et une ventilation insuffisante, manipulant des tonnes de pechblende et la traitant par une laborieuse série de séparations chimiques.

En juillet 1898, ils annoncèrent la découverte du premier nouvel élément, que Marie nomma polonium en hommage à sa patrie occupée. En décembre 1898, ils annoncèrent la découverte d'un second nouvel élément, qu'ils nommèrent radium -- du latin radius, rayon -- en raison de son extraordinaire radioactivité. On découvrit plus tard que le radium était environ un million de fois plus radioactif que l'uranium.

L'isolement effectif du radium pur en quantités pesables -- nécessaire pour établir son poids atomique et confirmer son statut d'élément -- exigea encore plusieurs années de travail. En traitant plusieurs tonnes de pechblende, Marie et Pierre parvinrent finalement à extraire, en 1902, un dixième de gramme de chlorure de radium. Cet effort représenta l'un des programmes de recherche les plus exigeants physiquement de l'histoire de la chimie, et l'exposition aux radiations qu'il impliquait était considérable par n'importe quelle mesure.

Les prix Nobel et la reconnaissance

En 1903, le comité Nobel décida d'attribuer le prix Nobel de physique pour la découverte de la radioactivité. La proposition initiale était de décerner le prix uniquement à Henri Becquerel et à Pierre Curie, en omettant complètement Marie. Ce fut Pierre qui insista pour que Marie soit incluse, faisant valoir que ses contributions à la recherche avaient été égales ou supérieures aux siennes. Le prix fut décerné à Becquerel, Pierre Curie et Marie Curie en novembre 1903.

Marie Curie devint ainsi la première femme de l'histoire à remporter un prix Nobel. Elle fut également la première femme à obtenir un doctorat en physique en France, qu'elle avait soutenu en juin 1903 avec une thèse sur les substances radioactives largement reconnue comme l'une des dissertations doctorales les plus significatives de l'histoire des sciences.

Le prix Nobel apporta une célébrité et une attention publique que Marie trouva inconfortable. Elle et Pierre étaient en mauvaise santé à la suite de leurs années d'exposition aux radiations et étaient tempéramentalement peu enclins à la publicité qu'attirait le prix. Mais le prix apporta aussi des ressources financières dont ils avaient désespérément besoin : les Curie menaient leurs recherches avec un équipement et des financements minimaux, et l'argent du prix leur permit de mettre en place un laboratoire mieux équipé.

Pierre se vit proposer et

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