
Jules César
Biographie de Jules César : vie, campagnes militaires, carrière politique et assassinat du plus grand général de Rome
Biographie de Jules César, vie, campagnes militaires, carrière politique et assassinat du plus grand général de Rome
INTRODUCTION
Peu de figures dans la longue chronique de la civilisation humaine ont laissé une empreinte aussi indélébile que Gaius Julius Caesar. Né dans une famille patricienne d'une lignée ancienne mais financièrement appauvrie dans la ville de Rome, César s'éleva grâce à une combinaison d'énergie intellectuelle féroce, de génie militaire époustouflant, de ruse politique incessante et d'une capacité presque surnaturelle pour le magnétisme personnel, pour devenir l'homme le plus puissant du monde connu. Sa vie, couvrant environ cinquante-cinq ans de 100 av. J.-C. à 44 av. J.-C., comprima dans son arc plus de drame, d'ambition, de triomphe et de tragédie que la plupart des nations n'en connaissent au fil des siècles. Il fut consul, proconsul, général d'une habileté transcendante, réformateur du droit et du calendrier, auteur d'une prose latine élégante, amant d'au moins une reine, et finalement un dictateur dont la carrière se termina sous vingt-trois coups de poignard sur le sol d'une chambre du sénat romain.
L'histoire de Jules César est aussi l'histoire de la République romaine dans ses derniers soubresauts. La république qui avait duré près de cinq siècles, fondée sur une méfiance fondamentale envers le pouvoir monarchique et un système soigneusement équilibré de magistratures concurrentes, n'était pas en mesure de gouverner un empire qui s'étendait de la Bretagne au nord-ouest à l'Euphrate à l'est. Les institutions d'une cité avaient été étirées à travers un monde méditerranéen, et les tensions de cette expansion avaient produit des guerres civiles endémiques, la corruption de la classe sénatoriale, l'appauvrissement de la paysannerie italienne et une culture politique dans laquelle des commandants militaires avec des armées loyales ignoraient de plus en plus souvent la loi dès qu'elle menaçait leurs ambitions. César n'avait pas créé ces conditions. Il les avait héritées, exploitées, et finalement incarnées à un tel degré que son assassinat, destiné à restaurer la république, garantit au contraire son effondrement final.
Aucun étudiant sérieux de la biographie et des campagnes militaires de Jules César ne peut se permettre d'ignorer la complexité de cet homme. Il était capable d'une grande clémence envers les ennemis vaincus, pardonnant à des hommes qui avaient combattu contre lui et les restaurant dans des positions dignes, mais il pouvait aussi être férocement sévère quand il le jugeait nécessaire. Ses campagnes en Gaule impliquèrent la mort de peut-être un million de personnes et l'esclavage d'un autre million, des épisodes de massacres de masse que son propre récit, le célèbre De Bello Gallico, relate parfois avec un détachement calme qui frise le glaçant. Il était un homme d'un courage physique extraordinaire qui menait depuis le front dans les batailles, mais aussi un politique suprêmement calculateur qui agissait rarement sans prendre en compte l'effet de ses actions sur l'opinion publique. Il était extravagant dans ses dépenses personnelles et multiple dans ses attachements romantiques, mais il maintint tout au long de sa vie une discipline de travail et d'étude que peu pouvaient égaler.
L'influence de César sur la civilisation occidentale est si omniprésente qu'elle en est presque invisible, précisément parce qu'elle est devenue fondatrice. Le calendrier que nous utilisons aujourd'hui est sa création, modifié seulement légèrement par le pape Grégoire XIII seize siècles après la réforme de César. Le titre de Kaiser en allemand, de Tsar en russe, et le concept général d'autorité exécutive suprême, tous tirent leur étymologie directement de son nom de famille. Le mot même de « César » devint synonyme de pouvoir impérial dans des langues et des cultures qui n'avaient aucun lien direct avec Rome. Sa carrière politique et les guerres civiles qu'elle provoqua donnèrent naissance à l'Empire romain sous son fils adoptif Octave, un système politique qui façonna l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord pendant la meilleure partie de cinq siècles et dont le spectre perdura dans le Saint-Empire romain germanique pendant un autre millénaire après cela.
Cet article retrace l'arc complet de la vie de Jules César, depuis ses origines dans la gens Julia patricienne mais appauvrie, en passant par son enlèvement par des pirates dans sa jeunesse, son ascension brillante et impitoyable à travers la vie politique romaine, sa conquête de huit ans de la Gaule, sa traversée fatidique du Rubicon qui plongea Rome dans la guerre civile, sa relation avec Cléopâtre en Égypte, sa dictature et ses réformes à Rome, son assassinat aux Ides de mars en 44 av. J.-C., et l'immense héritage qu'il laissa à un monde qui, de manière à la fois évidente et subtile, vit encore à l'intérieur de la civilisation qu'il contribua à bâtir. Il l'évalue également de manière critique, pesant les véritables réalisations de sa carrière politique contre la violence et l'autocratie par lesquelles elles furent accomplies, et posant la question que les Romains eux-mêmes débattirent âprement dans les mois qui suivirent sa mort : Jules César était-il un libérateur ou un tyran ?
Jeunesse et famille patricienne
Gaius Julius Caesar naquit le douze ou treize juillet de l'an 100 av. J.-C., bien que certaines sources anciennes situent sa naissance aussi tôt qu'en 102 av. J.-C. L'incertitude quant à l'année précise reflète la difficulté générale d'établir des chronologies exactes à partir de sources anciennes, mais 100 av. J.-C. est devenue la date conventionnelle acceptée par la plupart des historiens modernes. Il naquit à Rome même, presque certainement dans le quartier de la Subure, un quartier densément peuplé et souvent agité qui accueillait de nombreux Romains de condition modeste et difficile malgré sa proximité avec des quartiers plus grandioses. Qu'un homme de sa grandeur éventuelle soit issu d'un cadre urbain aussi ordinaire est en soi un fait digne d'attention.
La gens Julia, le clan familial de César, était l'une des plus anciennes familles patriciennes de Rome, revendiquant une descendance d'Iule, le fils du héros troyen Énée, qui était lui-même dit être le fils de la déesse Vénus. Cette généalogie mythologique n'était pas une simple vanité familiale ; elle était politiquement significative. Dans la vie religieuse et culturelle romaine, une ascendance divine ou héroïque conférait une sorte de légitimité que des origines plus mondaines ne pouvaient apporter. César lui-même était pleinement conscient de cet héritage et y ferait appel à des moments stratégiquement choisis tout au long de sa carrière. La famille revendiquait également une descendance des anciens rois romains, et la gens Julia avait produit des consuls et d'autres magistrats de rang supérieur dans la première république, bien qu'à l'époque de César la prééminence politique de la famille se fût considérablement estompée et que ses ressources financières fussent modestes.
Le père de César, également prénommé Gaius Julius Caesar, occupa la préture, l'une des magistratures supérieures de la République romaine, et servit comme gouverneur de la province d'Asie, mais il mourut subitement en 85 av. J.-C. en mettant ses chaussures un matin, alors que son fils avait environ quinze ans. La mort du père de César signifiait que le jeune Gaius grandit largement sous l'influence de sa mère, Aurelia Cotta, une femme décrite par les sources anciennes comme exceptionnellement intelligente, instruite et de caractère formidable. Aurelia supervisa personnellement l'éducation de son fils, une responsabilité qui dans les foyers aristocratiques romains incombait souvent à un esclave ou à un affranchi précepteur bien choisi, et la qualité de l'éducation qu'elle lui prodigua est évidente dans l'élégance et la précision de la prose latine que son fils produirait plus tard. César fut également profondément influencé par son oncle par alliance, le grand général Gaius Marius, qui occupa le consulat romain un nombre sans précédent de sept fois et fut célébré comme le sauveur de Rome pour ses victoires sur les tribus germaniques des Cimbres et des Teutons à la fin du deuxième siècle av. J.-C.
Le lien avec Marius eut des conséquences politiques presque immédiatement. À la mi-adolescence, César fut fiancé puis marié à Cornelia, la fille de Lucius Cornelius Cinna, un partisan de premier plan de la faction politique marienne et un adversaire de Lucius Cornelius Sulla, le général conservateur et dictateur qui s'empara du contrôle de Rome en 82 av. J.-C. Sulla avait été engagé dans une lutte acharnée avec les Mariens pour le contrôle de l'État romain, une lutte qui avait déjà produit une violence choquante, notamment les proscriptions sous Marius et Cinna qui avaient entraîné la mort de nombreux membres de la classe sénatoriale. Quand Sulla prit le pouvoir, il commença ses propres proscriptions, et le jeune César, tant par sa connexion à Marius que par son mariage avec Cornelia, fut désigné comme politiquement suspect.
Sulla ordonna à César de divorcer de Cornelia, dans le cadre d'une purge plus large des connexions mariennes. César refusa, un acte de courage personnel considérable étant donné la volonté démontrée de Sulla d'ordonner des exécutions. Selon Suétone, écrivant au début du deuxième siècle après J.-C., Sulla fut persuadé par l'intercession des proches de César et des Vestales d'épargner sa vie, mais le dictateur aurait remarqué que ceux qui pensaient César inoffensif ne savaient pas combien de Marius se cachait dans ce garçon. C'est une anecdote célèbre, peut-être enjolivée, mais elle capture quelque chose de vrai sur l'impression que César faisait même dans son adolescence : une combinaison inhabituelle d'entêtement, d'instincts politiques et d'une qualité que ceux qui l'entouraient pouvaient sentir deviendrait éventuellement dangereuse.
Pour éviter l'attention continue de Sulla, César quitta Rome et servit brièvement dans l'armée en Asie Mineure, où il reçut la corona civica, la couronne civique de feuilles de chêne, la deuxième plus haute décoration militaire de Rome, attribuée pour avoir sauvé la vie d'un citoyen romain au combat lors du siège de Mytilène en 81 av. J.-C. Ce n'était pas un mince honneur, et le jeune homme avait clairement démontré un courage physique sous le feu dès le tout début de son service militaire. Quand la nouvelle lui parvint que Sulla était mort en 78 av. J.-C., César retourna à Rome pour commencer la poursuite formelle d'une carrière politique.
L'éducation initiale de César avait été approfondie et classiquement romaine dans ses emphases : grammaire, rhétorique, philosophie et grec, qui était la langue de la culture et de la vie intellectuelle dans tout le monde méditerranéen. Il voyagea à Rhodes pour étudier la rhétorique sous le célèbre professeur Apollonius Molon, le même professeur qui avait instruit le grand orateur Cicéron, et la formation porta clairement ses fruits. L'éloquence de César était largement admirée tout au long de sa vie, et même ses ennemis politiques reconnaissaient ses dons d'orateur. Il était également un lecteur vorace aux vastes intérêts intellectuels englobant l'histoire, l'astronomie, les mathématiques et la littérature, des intérêts qui porteraient des fruits pratiques dans ses réformes administratives et calendaires ultérieures.
Le premier otage : enlevé par des pirates
En 75 av. J.-C. environ, alors qu'il traversait la mer Égée en direction de Rhodes pour étudier la rhétorique, le jeune Jules César fut capturé par des pirates ciliciens, une bande notoire qui opérait avec une quasi-impunité dans toute la Méditerranée orientale durant cette période de l'histoire romaine, exploitant la faiblesse de la puissance navale romaine et l'instabilité politique qui laissait une grande partie de la mer insuffisamment surveillée. L'incident, décrit en détail par Plutarque dans sa Vie de César, devint l'un des épisodes les plus célèbres de toute la biographie ancienne, révélant sous forme condensée plusieurs des traits de caractère qui définiraient toute la carrière de César : son intrépidité personnelle, son sens impérieux de sa propre dignité, sa capacité à un contrôle de soi d'acier, et sa détermination absolue à tenir toute promesse qu'il faisait, y compris les promesses de vengeance.
Quand les pirates exigèrent initialement une rançon de vingt talents d'argent pour sa libération, César aurait ri de ce qu'il considérait comme une estimation insultante de sa valeur et leur dit qu'ils ne savaient pas qui ils détenaient. Il leur ordonna de demander cinquante talents à la place, et les pirates, apparemment amusés par la confiance de leur prisonnier ou persuadés par son évidente position sociale, acceptèrent. César envoya ensuite des membres de sa suite lever la rançon pendant qu'il restait en captivité sur l'île des pirates pendant environ trente-huit jours.
Durant cette captivité, César se comporta moins comme un prisonnier que comme un hôte temporaire qui trouvait ses hôtes plutôt inférieurs à lui socialement. Quand il voulait dormir, il ordonnait aux pirates de se taire. Il participait à leurs jeux et exercices athlétiques, composait des poèmes et des discours qu'il leur lisait ensuite à voix haute, et quand ils ne répondaient pas avec un enthousiasme approprié, il leur disait en face qu'ils étaient des barbares illettrés sans aucun sens de la belle littérature. Il les menaçait à répétition, joyeusement et apparemment sans aucun sens de l'ironie, qu'une fois libéré il reviendrait, les capturerait et les ferait crucifier. Les pirates trouvaient cela amusant. Ils ne le prenaient pas au sérieux.
Ils auraient dû. Dès que la rançon fut payée et que César fut libéré, il se dirigea directement vers le port de Milet, organisa à sa propre initiative et à ses propres frais une petite force navale, et retourna à la base des pirates. Il captura la plupart des pirates, récupéra l'argent de la rançon, et emprisonna ses anciens ravisseurs. Il s'adressa ensuite au gouverneur romain d'Asie, Marcus Juncus, pour lui demander d'autoriser l'exécution des pirates, mais le gouverneur était enclin à temporiser, lorgnant la possibilité de vendre les pirates comme esclaves et d'en garder les bénéfices pour lui-même. César n'attendit pas l'autorisation officielle. Il retourna à la prison, fit égorger les pirates comme concession miséricordieuse à la promesse de crucifixion qu'il avait faite en leur présence durant sa captivité, puis les fit crucifier quand même.
L'épisode est remarquable à plusieurs égards. Il démontre d'abord que même dans la mi-vingtaine, César possédait un niveau extraordinaire de confiance en soi qui ne pouvait être intimidé ni par le danger physique ni par la captivité. Il révèle la qualité de ressource personnelle qui marquerait toute sa carrière militaire : quand les voies officielles avançaient trop lentement ou étaient indisponibles, César agissait de sa propre initiative. Et il révèle ce qu'on pourrait appeler son sens théâtral de la cohérence : il avait promis, même en plaisantant, qu'il crucifierait les pirates, et il les fit crucifier, démontrant à quiconque pourrait avoir affaire à lui par la suite que ses promesses, qu'elles fussent de récompense ou de punition, n'étaient pas des paroles vaines.
L'épisode pirate illustre aussi le désordre et l'insécurité du monde méditerranéen oriental de la fin de la République romaine. Les pirates ciliciens avaient été un problème chronique pendant des décennies, perturbant les livraisons de grain à Rome et rendant les voyages dangereux dans tout l'Égée. Il reviendrait à Gnaeus Pompeius, quelques années plus tard en 67 av. J.-C., de mener la campagne systématique contre la piraterie qui les supprima finalement dans toute la Méditerranée lors d'une opération brillamment organisée d'une durée inférieure à trois mois, l'une des réalisations militaires qui fit de Pompée le général le plus célébré de Rome avant que les campagnes gauloises de César n'éclipsent cette réputation.
Le comportement de César pendant sa captivité et dans ses suites immédiates devint l'une des histoires favorites que les Romains racontaient à son sujet, répétée par Plutarque, Suétone et Velleius Paterculus entre autres, chacun ajoutant ses propres détails. Dire avec certitude si chaque détail de l'anecdote est précisément exact est impossible, mais les grandes lignes sont cohérentes à travers de multiples sources anciennes et le caractère qu'elles révèlent est tout à fait cohérent avec ce que nous savons de César pour le reste de sa vie. C'était un homme qui trouvait le danger plus stimulant qu'effrayant, qui maintenait son sens du statut et de la dignité même dans les circonstances les plus indignes, et qui donnait suite à ses intentions déclarées quels que soient les inconvénients ou les obstacles officiels.
Débuts de la carrière politique et le cursus honorum
La République romaine se gouvernait à travers un système de magistratures annuelles connu sous le nom de cursus honorum, littéralement le « cours des honneurs », une échelle de fonctions publiques que les hommes ambitieux devaient gravir dans une séquence prescrite et à des âges minimaux définis. Le système était conçu pour empêcher un seul individu d'accumuler trop rapidement le pouvoir ou de détenir trop longtemps une même fonction, répartissant l'autorité entre une classe d'hommes sénatoriaux expérimentés qui se disputaient les offices, la gloire et les prérogatives légales attachées à chaque rang. César poursuivit ce cursus avec une énergie caractéristique, de la patience quand la patience était requise, et de l'audace quand l'opportunité se présentait.
Sa première fonction significative fut le tribunat militaire, un poste relativement subalterne qui lui permit d'acquérir une expérience de l'administration militaire et une certaine visibilité publique. En 69 av. J.-C., il servit comme questeur en Espagne ultérieure, la magistrature financière subalterne qui était le point d'entrée traditionnel dans la classe sénatoriale et qui nécessitait d'assister le gouverneur d'une province romaine. C'est lors de cette affectation en Espagne, selon Suétone et Plutarque, que César rencontra une statue d'Alexandre le Grand dans un temple et pleura paraît-il, se lamentant qu'à l'âge auquel Alexandre avait déjà conquis le monde, lui-même n'avait rien accompli de digne d'être relaté. L'anecdote, qu'elle soit précisément exacte ou non, témoigne de l'ampleur des ambitions de César et de la conscience historique avec laquelle il mesurait sa propre progression.
La mort de son épouse Cornelia en 69 av. J.-C., la même année que sa questure, donna à César l'occasion de lui prononcer un éloge funèbre public, un acte que la coutume romaine n'étendait pas ordinairement aux femmes plus jeunes, et César saisit l'occasion pour célébrer à la fois son épouse et, à travers des références à son père Cinna, la tradition politique marienne qui avait façonné son début de vie. C'était un acte délibérément politique, rappelant au public romain ses connexions et ses loyautés dans une ville où la mémoire politique était une forme de monnaie.
Il se remaria vers 67 av. J.-C., cette fois avec Pompée, une petite-fille de Sulla, un mariage qui était politiquement significatif en suggérant que César, tout en maintenant son identité marienne, n'était pas rigidement sectaire dans ses alliances. Vers cette époque, il servit également comme édile curule en 65 av. J.-C., l'une des magistratures responsables des bâtiments publics, des jeux et du spectacle général de la vie civique romaine. L'édilité de César fut célébrée pour son extravagance extraordinaire : il dépensa des sommes considérables, en grande partie empruntées, en jeux et spectacles publics, organisant des combats de gladiateurs d'une échelle sans précédent et restaurant les trophées de Gaius Marius que Sulla avait retirés du Capitole. La restauration des trophées mariens était une provocation politique calculée, et les sénateurs conservateurs protestèrent bruyamment, mais le peuple romain l'adora, et la popularité de César auprès du peuple ordinaire fut solidement établie.
En 63 av. J.-C. vint l'un des coups les plus audacieux de ses débuts de carrière politique : il posa avec succès sa candidature à la fonction de Pontifex Maximus, le chef de la religion d'État romaine, une position qui conférait un prestige énorme et était traditionnellement détenue par des hommes d'État de rang élevé bien avancés en âge et en dignité. César avait quarante ans et n'avait pas encore exercé la préture, ce qui rendait sa candidature présomptueuse aux yeux de l'élite sénatoriale établie. Il battit deux candidats de rang bien supérieur, prétendument grâce à la distribution généreuse de pots-de-vin qui le laissa si profondément endetté qu'il aurait dit à sa mère le matin de l'élection que s'il ne revenait pas victorieux, il ne reviendrait pas du tout, n'ayant aucun moyen de satisfaire ses créanciers. Il l'emporta, et la fonction lui valut la résidence officielle dans le Forum connue sous le nom de Domus Publica, qui devint sa demeure pour le reste de sa vie à Rome.
L'année prétoriale de 62 av. J.-C. apporta le scandale de la Bona Dea, dans lequel un jeune patricien nommé Publius Clodius Pulcher fut découvert déguisé en femme lors de la cérémonie religieuse exclusivement féminine de la Bona Dea qui se tenait dans la maison de César sous la supervision de Pompée. Le scandale impliqua Pompée dans une prétendue liaison avec Clodius, et bien que César ait témoigné qu'il n'avait aucune preuve d'irrégularité, il divorça simultanément de Pompée au motif que la femme de César devait être au-dessus de tout soupçon, une formule qui est entrée dans le vocabulaire permanent de la civilisation occidentale comme expression du double standard de la vie publique. Les motivations de César étaient presque certainement plus politiques que morales : il avait besoin de maintenir sa dignité en public sans se faire un ennemi du populaire et turbulent Clodius, dont l'amitié se révélerait plus tard utile.
Après sa préture, César servit comme gouverneur de l'Espagne ultérieure en 61-60 av. J.-C., son premier commandement militaire indépendant, où il mena de fructueuses campagnes contre les Lusitaniens et d'autres peuples tribaux de la péninsule ibérique, méritant la salutation d'Imperator de ses troupes et se qualifiant pour un triomphe à son retour à Rome. Les campagnes en Espagne donnèrent à César sa première expérience soutenue de commandement militaire indépendant au niveau stratégique, et elles révélèrent son approche caractéristique de la guerre : mouvement rapide, action agressive, disposition à prendre des risques personnels et une capacité à improviser sur le terrain qui deviendrait sa marque de fabrique en Gaule et ailleurs.
Alliance avec Pompée et Crassus : le premier triumvirat
Au moment où César revint d'Espagne en 60 av. J.-C. avec une gloire militaire, un soutien populaire et une prétention qualifiée à la plus haute fonction de Rome, le paysage politique romain s'était cristallisé autour d'un ensemble de tensions que sa combinaison particulière de talents et d'ambitions était parfaitement positionnée pour exploiter. Les deux figures dominantes de la vie politique romaine étaient Gnaeus Pompeius Magnus, connu de l'histoire sous le nom de Pompée le Grand, et Marcus Licinius Crassus, l'homme le plus riche du monde romain. Les deux avaient servi ensemble comme consuls en 70 av. J.-C. mais étaient maintenant de farouches ennemis personnels, leur inimitié mutuelle étant une source de paralysie politique. Pompée était rentré de ses brillantes campagnes orientales en 62 av. J.-C. en espérant que le sénat romain ratifie son règlement oriental et accorde des concessions de terres à ses vétérans, mais le sénat, dominé par des conservateurs qui se méfiaient de son pouvoir, avait refusé de coopérer. Crassus, pour sa part, avait des intérêts financiers dans la province d'Asie qui nécessitaient une action sénatoriale favorable, également dans l'impasse.
César reconnut qu'il pouvait obtenir le consulat et le commandement militaire ultérieur dont il avait besoin pour ses ambitions en se positionnant comme l'homme capable de briser le blocage politique. Il approcha séparément Pompée et Crassus, exposa la logique de leurs intérêts mutuels et les persuada de mettre de côté leur inimitié le temps de coopérer avec lui. L'arrangement qui en résulta, formé en 60 av. J.-C. et parfois appelé le Premier Triumvirat par les historiens modernes, bien que les Romains n'aient pas eu de terme formel pour le désigner, était une alliance politique privée plutôt qu'un arrangement constitutionnel officiel. C'était en substance une conspiration de trois hommes puissants pour dominer l'État romain par le poids combiné du prestige militaire de Pompée, de l'argent de Crassus et du génie politique et de la popularité de César.
L'alliance fut cimentée par un lien familial : Pompée épousa la fille de César, Julia, une union qui se révéla étonnamment réussie sur le plan personnel, Pompée étant sincèrement dévoué à sa jeune femme et Julia paraît-il également attachée à son mari. La mort de Julia en couches en 54 av. J.-C. allait rompre l'un des derniers liens personnels entre César et Pompée, avec des conséquences qui s'avéreraient finalement fatales pour les deux hommes et pour la république qu'ils avaient collectivement subvertie.
Le consulat de César en 59 av. J.-C. fut exercé avec le mépris agressif pour les nuances constitutionnelles qui caractériserait sa carrière ultérieure. Il fit passer des lois de réforme agraire malgré l'opposition soutenue de son collègue consulaire conservateur Marcus Calpurnius Bibulus, qui répondit en déclarant qu'il observerait le ciel pour y déceler des présages défavorables chaque jour restant de l'année, un stratagème religieux destiné à invalider toute loi adoptée pendant que les présages étaient observés. César l'ignora purement et simplement et continua à faire passer des lois par la force de l'assemblée populaire, s'attirant le mépris du sénat conservateur mais apportant des avantages concrets aux vétérans de Pompée et aux pauvres d'Italie. Dans un geste qui servait également ses intérêts personnels, il s'arrangea pour la ratification officielle du règlement oriental de Pompée et pour un traitement fiscal favorable aux intérêts commerciaux de Crassus en Asie, liant les deux hommes plus fermement à lui.
L'acte de son consulat peut-être le plus lourd de conséquences fut l'organisation de son propre commandement proconsulaire : plutôt que d'accepter l'une des provinces moins prestigieuses que le sénat avait essayé de préassigner aux consuls de 59 av. J.-C., César obtint par voie de législation tribunicienne les provinces de Gaule cisalpine et d'Illyrie pour un mandat de cinq ans, prolongé par la suite pour inclure également la Gaule transalpine. Cette affectation lui donnait le commandement de quatre légions et, plus important encore, le plaçait à proximité des territoires tribaux de la Gaule libre, où une combinaison de migrations tribales, de conflits internes et d'intérêts commerciaux romains créait les conditions d'une intervention militaire explosive.
Le mariage de César avec Calpurnia en 59 av. J.-C., sa troisième et dernière épouse, fille du consul désigné Lucius Calpurnius Piso, compléta les arrangements politiques de son consulat. Calpurnia survivrait à son mari et aurait paraît-il été avertie du danger planant sur sa vie par des rêves la nuit

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