
Pancho Villa: General Revolutionnaire, Chef Bandit Et Legende Durable Du Mexique
Introduction
Peu de figures dans l'histoire de l'hemisphere occidental jouissent d'un statut mythique comparable a celui de Francisco "Pancho" Villa, soldat, hors-la-loi, seigneur de guerre, vengeur social et heros populaire durable de la Revolution mexicaine. Ne dans la pauvrete dans les collines brulees de Durango sous le nom de Doroteo Arango, Villa s'eleva d'un fils de metayer analphabet au commandant de l'une des plus grandes armees jamais reunies en Amerique du Nord. Il chevaucha a travers les deserts du Chihuahua a la tete de la Division del Norte, s'empara de villes frontieres, fraternisa avec les paysans et les generaux, et finit par envoyer des ondes de choc aux Etats-Unis lorsqu'il lanca la seule attaque militaire etrangere confirmee sur le sol americain depuis la guerre de 1812. Son nom a ete chante dans d'innombrables corridos, debattu dans des revues universitaires, glorifie dans des films hollywoodiens et grave dans les murs des cantinas frontieres. Plus d'un siecle apres sa mort, Pancho Villa reste impossible a reduire a une seule identite: il etait a la fois un produit de l'ordre social brutal qu'il contribua a detruire et un miroir dans lequel le peuple mexicain a vu, generation apres generation, ses propres reves de justice, de retribution et de fierte nationale.
Origines Et Enfance: Doroteo Arango Au Durango
L'homme qui serait un jour connu dans le monde entier sous le nom de Pancho Villa naquit le 5 juin 1878, a l'Hacienda de Rio Grande, dans la municipalite de San Juan del Rio, dans l'etat de Durango, au Mexique. Il fut baptise Doroteo Arango Arambula. Son pere, Agustin Arango, travaillait comme metayer sur la vaste propriete, une condition de servitude quasi permanente typique du systeme des haciendas qui dominait le Mexique rural sous le regime de Porfirio Diaz. Sa mere, Micaela Arambula, eleva Doroteo avec plusieurs freres et soeurs dans des conditions de misere extreme. La famille occupait l'un des echelons les plus bas d'une societe rigidement hierarchisee dans laquelle les travailleurs sans terres etaient lies aux grands domaines par le peonage, et dans laquelle la loi servait principalement les interets des puissants.
L'ordre porfiriste, comme on appellerait le long gouvernement de Diaz, etait une modernisation calculee achetee au prix de la depossession paysanne. Les capitaux etrangers affluaient dans les mines, les chemins de fer et les plantations commerciales, tandis que les communautes rurales perdaient leurs terres communales au profit de puissants proprietaires fonciers soutenus par des tribunaux corrompus. Les salaires etaient maintenus a des niveaux miserables; l'activite politique independante etait reprimee; et ceux qui resistaient etaient soumis aux rurales, la force de police rurale federale dont les methodes etaient redoutees. Pour un garcon comme Doroteo Arango, ne dans ce systeme, l'avenir semblait entierement fixe: travailler pour l'hacendado, rester pauvre, et mourir dans le meme anonymat dans lequel il etait ne.
La tragedie frappa la famille Arango tot. Agustin Arango mourut alors que Doroteo avait environ douze ans, laissant l'enfant aine responsable de sa mere et de ses freres et soeurs cadets. Selon des recits qui font partie autant de l'histoire que de la legende populaire, la rupture decisive avec cette vie de subordination survint lorsque Doroteo avait environ seize ou dix-sept ans. La version la plus largement rapportee soutient que le fils du proprietaire de l'hacienda, Agustin Lopez Negrete, agressa ou tenta d'agresser la soeur cadette de Doroteo, Martinita. En represailles, le jeune homme confronta Lopez Negrete, lui tira dans le pied, et fut oblige de fuir avant que les autorites puissent l'arreter. Quelle qu'ait ete la cause precise, Doroteo Arango devint un fugitif dans les montagnes du Durango et du Chihuahua, et adopta le nom de Francisco Villa, dit etre emprunte a un grand-pere nomme Jesus Villa ou a un ancien bandit notoire du meme nom.
Les Annees de Banditisme: Survie Et Le Code de la Sierra
Les annees de Villa en tant que hors-la-loi sont difficiles a reconstituer avec precision car la legende et les faits documentes ont ete entierement melanges par les conteurs des deux cotes du Rio Grande. Ce qui est clair, c'est qu'il operait principalement dans les etats du Chihuahua et du Durango, pillant les troupeaux de betail des haciendas, attaquant occasionnellement les payements des mines, et se maintenant avec sa bande par une combinaison de vol, d'extorsion et de commerce de betail vole. La Sierra Madre Occidentale accidentee offrait a la fois refuge et avantage strategique, un terrain que Villa connaissait intimement et que les agents federaux parcouraient difficilement.
Ce qui est egalement clair, c'est que les activites de Villa generaient une loyaute populaire authentique parmi les communautes pauvres du nord du Mexique. Il n'etait pas simplement un predateur; il cultivait des relations avec les paysans et les petits agriculteurs qui l'hebergeaient en echange de protection ou d'un partage des profits. Ce reseau de soutien populaire n'etait pas seulement sentimental. C'etait l'infrastructure de renseignement qui lui permettait repete de echapper a la capture et, plus tard, de reconstituer ses forces quand elles etaient detruites.
Durant cette periode, Villa developpa egalement les qualites qui feraient de lui plus tard un commandant militaire de veritable talent: endurance physique extraordinaire, maitrise de l'equitation, comprehension instinctive du terrain et du mouvement, astuce tactique et autorite personnelle magnetique qui inspirait une loyaute feroce chez ses partisans. Il fut capture au moins une fois et force a servir dans l'armee federale, dont il deserta. Il accumula un bilan de meurtres, certains en legitime defense, d'autres par vengeance. Il se fit de puissants ennemis, notamment des membres des familles Terrazas et Creel qui dominaient la classe des proprietaires fonciers du Chihuahua. Quand la revolution arriva, Pancho Villa etait deja une figure de considerable renommee locale le long de la frontiere nord: un homme qui avait survecu au systeme des haciendas, defie l'etat de Diaz pendant quinze ans, et vecu entierement selon ses propres termes.
La Revolution Commence: Villa Et Francisco Madero, 1910-1911
L'etincelle qui enflamma la Revolution mexicaine fut allumee par Francisco I. Madero, un riche proprietaire terrien de Coahuila qui s'opposait a la dictature de Diaz principalement sur des bases democratiques et constitutionnelles. Le Plan de San Luis Potosi de Madero appelait a un soulevement national le 20 novembre 1910, promettant des elections libres, le retablissement du gouvernement constitutionnel et la restitution des terres illegalement saisies aux villages. L'appel resonait differemment dans toute la republique, parmi les intellectuels qui voulaient une reforme democratique, parmi les paysans qui voulaient recuperer leurs terres, et parmi exactement le type de combattants frontaliers semi-independants qui dominaient les sierras du Chihuahua.
Pancho Villa rejoignit la cause maderiste dans les premiers mois de la rebellion. Il apportait avec lui une bande de partisans, des chevaux, des armes et une connaissance incomparable du terrain du Chihuahua. Son talent militaire fut rapidement evident. Sous le commandement general d'Abraham Gonzalez, le representant cle de Madero au Chihuahua, et aux cotes d'autres leaders rebelles dont Pascual Orozco, Villa mena des raids de guerilla contre les garnisons federales, perturba les lignes d'approvisionnement, libera des prisonniers et demontra une capacite pour des frappes rapides et inattendues qui devint sa signature tactique.
La culmination de la campagne revolutionnaire precoce vint avec la capture de Ciudad Juarez en mai 1911. La position de la ville directement en face d'El Paso, au Texas, lui conferait une enorme importance symbolique et strategique. Sa chute choqua le gouvernement Diaz et fournit aux rebelles un poste de douane majeur par lequel les armes et les fournitures pouvaient affluer depuis les Etats-Unis. Villa et Orozco jouerent des roles centraux dans l'assaut, qui fut mene contre les ordres explicites de Madero de ne pas attaquer la ville, de peur de provoquer une intervention americaine. Les deux commandants presserent l'attaque de toute facon et triompherent. En quelques semaines, Porfirio Diaz demissionna et s'en alla en exil europeen, mettant fin a plus de trois decennies de gouvernement autoritaire.
Soldat Sous Madero Et Conflit Avec Huerta, 1911-1913
Avec Madero comme nouveau president du Mexique, Villa tenta brievement de s'adapter a une existence plus posee. Il recut une boucherie et un modeste ranch pres de la ville de Chihuahua et etait cense licencier ses forces irregulieres. Mais la revolution avait cree des attentes populaires, notamment autour de la reforme agraire, que le gouvernement prudent et legaliste de Madero s'avera incapable ou peu dispose a satisfaire.
Quand Pascual Orozco se retourna contre Madero en 1912 et lanca une nouvelle rebellion soutenue par les proprietaires fonciers du Chihuahua, Villa se rallia a la defense du president. Le general Victoriano Huerta fut place au commandement general des forces federales. Villa servit sous Huerta, combattant efficacement, mais la relation entre les deux hommes se deteriora rapidement. Huerta etait un officier de carriere forme dans l'armee federale porfiriste, autoritaire dans son style et profondement meprisant envers le chef guerillero rugueux du nord.
Leur conflit atteignit une crise en juin 1912 quand Huerta ordonna l'arrestation de Villa pour insubordination et vol de cheval. Villa fut amene devant un peloton d'execution et etait sur le point d'etre execute quand un message de derniere minute du frere de Madero, Raul, arreta la procedure. Villa fut envoye a la place a Mexico comme prisonnier. Quand Huerta organisa son coup contre Madero en fevrier 1913, arretant le president puis le faisant assassiner, Villa s'evada de prison et s'enfuit vers le nord. Il traversa de nouveau au Chihuahua avec presque rien: un petit groupe de compagnons et tres peu de munitions. Mais il portait quelque chose de plus important, une conviction ardente de venger Madero et de detruire l'usurpateur Huerta.
Construire la Division del Norte: Le Chihuahua En Flammes
Le retour de Villa au Chihuahua coincida avec un moment d'energie revolutionnaire exceptionnelle. Le coup de Huerta avait galvanise l'opposition dans tout le Mexique. Venustiano Carranza emis son Plan de Guadalupe appelant au renversement de Huerta. Dans le sud, Emiliano Zapata reprit sa rebellion agraire avec une intensite renouvelee. Villa commenca a recruter agressivement, et les combattants affluerent vers lui, d'anciens bandits, des rancheros depossedes, des mineurs au chomage, des peons sans terre et des soldats revolutionnaires veterans qui se souvenaient de son nom et de ses antecedents.
La Division del Norte, l'Armee du Nord, naquit de ce processus d'organisation rapide. Ce qui la distinguait des autres forces revolutionnaires etait la combinaison de qualites que Villa comprenait intuitivement: elle etait construite autour d'une cavalerie d'une qualite et d'une audace exceptionnelles, capable de couvrir d'enormes distances a travers le desert a grande vitesse; elle faisait un usage innovateur du reseau ferroviaire du Chihuahua, requisitionnant des locomotives et des plateformes pour deplacer des armees entieres sur des centaines de kilometres en quelques jours; elle etait approvisionnee et payee avec une regularite inhabituelle pour les forces irregulieres; et elle etait commandee avec un esprit agressif et offensif qui maintenait les adversaires perpetuellement desequilibres.
Les victoires arriverent rapidement. En novembre 1913, apres avoir remporte la bataille de Tierra Blanca pres de Ciudad Juarez, la Division del Norte captura la ville de Chihuahua. En janvier 1914, apres un siege brillamment execute, Villa prit la ville frontaliere d'Ojinaga, le dernier bastion federal significatif au Chihuahua. Les soldats federaux survivants traverserent le Rio Grande gele vers les Etats-Unis, ou ils furent desarmes par les troupes frontieres americaines. Chihuahua etait entierement a Villa.
La Convention D'aguascalientes Et la Rencontre Avec Zapata, 1914
La defaite de Victoriano Huerta en juillet 1914, obtenue par la pression combinee de Villa au nord, Zapata au sud et les forces constitutionnalistes d'Obregon avancant du nord-ouest, laissa un vide de pouvoir que les factions revolutionnaires victorieuses s'avererent incapables de combler pacifiquement. Venustiano Carranza, qui s'etait positionne comme le leader politique du mouvement anti-Huerta, cherchait a imposer un controle centralise. Villa et Zapata, pour des raisons tres differentes, resistaient a cet effort.
La Convention d'Aguascalientes, convoquee en octobre 1914, fut une grande tentative de negocier un gouvernement unifie pour les factions revolutionnaires. Les delegues representant les villistes, les zapatistes et divers elements carrancistes se reunirent pour debattre de l'avenir du Mexique. La Convention nomma un candidat de compromis, Eulalio Gutierrez, comme president provisoire, repudiant effectivement Carranza, qui refusa d'accepter le resultat et se retira a Veracruz avec ses forces et la loyaute du general Alvaro Obregon.
La logique de l'echec de la Convention rapprocha Villa et Zapata. Debut decembre 1914, les deux caudillos se rencontrerent en personne au Palais National a Mexico. Leurs armees occupaient la capitale; leur rencontre fut photographiee par des correspondants de journaux; et l'image resultante de Villa assis dans le fauteuil presidentiel, souriant largement, avec le Zapata plus serieux a ses cotes, devint un document iconique de la revolution. Les deux hommes partageaient un respect genuinement mutuel et une certaine base commune dans leur hostilite envers Carranza et leur sympathie pour les pauvres des campagnes. Mais leur alliance etait plus emotionnelle que strategique. Leurs forces venaient de regions differentes avec des compositions sociales differentes, leurs programmes n'etaient pas identiques, et ni l'un ni l'autre n'etait pret a se subordonner a un commandement politique unifie. L'occupation de Mexico s'avera breve et peu concluante.
Les Batailles de Celaya: Defaite Catastrophique, 1915
L'annee 1915 fut l'annee decisive de la carriere militaire de Pancho Villa, l'annee ou sa force apparemment inarretable trouva son maitre et ou la Division del Norte commenca son long declin. Le general Alvaro Obregon etait l'un des commandants militaires les plus talentueux produits par la revolution, un homme qui avait etudie le carnage en cours de la Premiere Guerre mondiale et tire des lecons pratiques du Front occidental. Il comprenait que l'ere des charges massives de cavalerie touchait a sa fin, que les fortifications defensives, les mitrailleuses et les reseaux de barbelures pouvaient detruire la cavalerie la plus courageuse du monde.
En avril 1915, Obregon positionna ses forces a Celaya, une ville dans la region du Bajio de l'etat de Guanajuato, et attendit que Villa attaque. Villa obtempera avec son assurance agressive habituelle. La premiere bataille de Celaya debuta le 6 avril 1915 et dura deux jours. Les hommes d'Obregon avaient creuse de larges tranchees, tendu des kilometres de barbelures et positionne des mitrailleuses pour couvrir toutes les approches. La cavalerie de Villa, la meilleure du Mexique et l'epine dorsale de toutes ses victoires precedentes, chargea a plusieurs reprises contre cette position defensive preparee et fut decimee. Vague apres vague de cavaliers se brisa contre les barbelures et les mitrailleuses. Quand les attaquants de Villa etaient epuises et leur elan brise, Obregon lanca de devastantes contre-attaques de cavalerie contre leurs flancs, transformant la retraite en deroute.
La deuxieme bataille de Celaya, commencant le 13 avril 1915, fut encore plus catastrophique pour les villistes. Avec environ onze mille soldats et vingt-deux canons mais dangereusement a court de munitions, Villa fit un effort desespere pour submerger les defenses d'Obregon par le seul poids du nombre. Le resultat fut un massacre. La combinaison de technologie defensive et de contre-attaques agressives au moment de la surextension maximale de Villa s'avera devastatrice. Villa perdit des milliers d'hommes tues, blesses ou capturs, ainsi que d'enormes quantites d'artillerie, de munitions et d'equipement. Plus important, il perdit l'aura d'invincibilite qui avait ete son arme psychologique la plus puissante.
D'autres defaites suivirent au cours de l'ete 1915 a Leon et Aguascalientes. A l'automne, la Division del Norte avait ete reduite de son effectif maximum de peut-etre quarante mille soldats a une force beaucoup plus petite, bien que toujours dangereuse, operant dans les montagnes et les deserts du Chihuahua. En octobre 1915, le gouvernement des Etats-Unis reconnut formellement Carranza comme president de facto du Mexique, un coup diplomatique qui coupa egalement effectivement la capacite de Villa a acheter des armes et des munitions a travers la frontiere.
Le Raid Sur Columbus, Nouveau-Mexique: la Guerre Vient Sur Le Sol Americain
La reconnaissance de Carranza par Washington en octobre 1915 transforma Pancho Villa d'un partenaire potentiel des interets americains en ennemi a la fois du gouvernement Carranza et des Etats-Unis. En janvier 1916, les forces villistes arreterent un train a Santa Ysabel au Chihuahua et en firent descendre dix-huit ingenieurs miniers americains qui voyageaient pour rouvrir des mines dans la region. Les ingenieurs furent fusilles de sang-froid; un seul survecus en faisant le mort. Les meurtres provoquerent l'outrage aux Etats-Unis et pousserent l'administration Wilson au bord de l'intervention militaire.
Puis vint le raid sur Columbus, Nouveau-Mexique, le 9 mars 1916, un evenement sans precedent ni parallele dans l'histoire moderne des Etats-Unis. Dans les heures precedant l'aube, Villa mena une force estimee entre quatre cents et cinq cents villistes a travers la frontiere internationale et attaqua la petite ville de Columbus, a trois miles au nord du Rio Grande. Le 13e regiment de cavalerie de l'armee americaine etait campe dans la ville, et son camp et le quartier commercial furent attaques simultanement. Les villistes mirent le feu aux batiments, pillerent les magasins, tirerent sur des residents dans les rues et livrerent une bataille de poursuite avec les cavaliers pendant qu'ils s'efforaient d'organiser une defense. Dix-huit Americains, soldats et civils, avaient ete tues; beaucoup d'autres furent blesses.
Le raid sur Columbus fut la seule attaque militaire etrangere reussie sur le sol des Etats-Unis depuis que les forces britanniques brulerent Washington en 1814. Pourquoi Villa l'ordonna reste l'une des questions durables de l'histoire revolutionnaire mexicaine. Diverses explications ont ete proposees: qu'il cherchait a provoquer une intervention militaire americaine qui forcerait Carranza a combattre sur deux fronts; qu'il etait furieux d'un accord d'armes rompu dans lequel une firme americaine avait pris son argent et refuse ensuite de livrer les armes; qu'il cherchait a demontrer a ses forces diminuees qu'il etait encore capable d'une action audacieuse et decisive. Quelle que fut la calculation, les consequences immediates furent rapides et severes.
L'expedition Punitive: Pershing Poursuit Villa, 1916-1917
Dans les jours qui suivirent le raid sur Columbus, le president Woodrow Wilson ordonna la formation d'une Expedition Punitive sous le general de brigade John J. Pershing pour poursuivre Villa au Mexique et detruire sa force. Pershing, qui commanderait plus tard les forces americaines en Europe pendant la Premiere Guerre mondiale, entra au Mexique le 15 mars 1916 avec environ dix mille troupes, soutenues par de la cavalerie, de l'artillerie, des avions militaires precoces du 1er Escadron Aerien, et des vehicules motorises dans l'un des premiers usages significatifs d'automobiles pour les operations militaires de l'histoire americaine.
L'expedition penetra des centaines de kilometres au Chihuahua, atteignant aussi loin au sud que Parral et parcourant le vaste desert du Chihuahua a la recherche de sa proie insaisissable. Villa avait ete serieusement blesse a la jambe lors du combat de Columbus ou peu apres, et pendant des semaines il fut incapacite et se cachait dans une grotte dans les montagnes du Durango. Ses forces se disperserent et se reassemblerent, combattirent brievement et disparurent, et ne furent nulle part trouvees en force.
L'expedition crea d'enormes frictions diplomatiques avec le gouvernement Carranza, qui n'avait pas donne la permission aux troupes americaines d'operer en territoire mexicain de facon permanente et ressentait l'incursion comme une violation de la souverainete nationale. En juin 1916, un affrontement entre la cavalerie americaine et les troupes du gouvernement mexicain a Carrizal resulta en des victimes americaines et failli precipiter une guerre a grande echelle entre les deux pays. Apres onze mois au Mexique, l'expedition punitive fut retiree en fevrier 1917, ayant completement echoue dans son objectif principal. Pancho Villa n'avait pas ete capture, n'avait pas ete significativement defait, et avait en fait emerge de l'experience avec sa reputation de guerillero insaisissable enormement renforcee. Il avait fait paraitre l'armee americaine ridicule.
La Guerre de Guerilla Et la Survie, 1917-1919
Avec l'expedition punitive retiree et Carranza fermement en controle du gouvernement mexicain, Villa entra dans la phase la plus desesperee de sa carriere. Ses forces se reduisirent a un noyau dur de quelques centaines de combattants totalement loyaux qui le suivirent dans les montagnes du Chihuahua et du Durango. Ils se deplacaient constamment, vivant de la terre, attaquant des garnisons federales pour des armes et des fournitures, et se maintenant grace a la loyaute de communautes paysannes qui continuaient a les cacher.
Villa s'avera un formidable commandant de guerilla dans ces conditions. Il attaquait des garnisons federales la nuit, frappait des convois d'approvisionnement, s'emparait temporairement de villes pour collecter des fonds et des fournitures, puis fondait de nouveau dans le desert et les montagnes avant qu'une poursuite efficace puisse etre organisee. Il demontra a plusieurs reprises la capacite de reconstituer ses forces apres une destruction apparente.
Durant 1918 et 1919, Villa mena une remarquable campagne de guerilla au Chihuahua, attaquant a plusieurs reprises les forces federales, reoccupant brievement Ojinaga, et demontrant que Carranza ne pouvait pacifier le nord sans un effort militaire beaucoup plus grand et plus soutenu que le gouvernement n'etait prepare ou capable de faire. L'assassinat d'Emiliano Zapata en avril 1919 enleva a Villa son allie symbolique le plus important, mais ne mit pas fin a sa resistance.
La Chute de Carranza Et la Paix de 1920
La situation politique qui avait semble hostiler definitivement a la survie de Villa changea dramatiquement en 1920. Carranza, ayant alienes de nombreux anciens allies y compris son general le plus capable, Alvaro Obregon, fut renverse et tue en fuyant la capitale en mai 1920. Le general Adolfo de la Huerta assuma le pouvoir provisoire et s'empressa de mettre fin aux guerres civiles qui avaient desequilibre le pays. Des negociations furent ouvertes avec Villa.
Les conditions de paix offertes a Villa etaient etonnamment generreuses. En echange de deposer les armes et de s'engager a se retirer de la politique, Villa devait recevoir une grande hacienda, Canutillo, dans l'etat du Durango, ainsi que des fonds pour maintenir une escorte personnelle de cinquante hommes loyaux payes par le gouvernement. Villa accepta. En juillet 1920, il se rendit formellement aux autorites federales et se retira a Canutillo.
La retraite a Canutillo s'avera plus productive que les critiques ou les sympathisants de Villa auraient pu le prevoir. Il se consacra avec une veritable energie a la gestion de l'hacienda, supervisant l'agriculture, l'elevage et le developpement d'une petite communaute villageoise pour ses travailleurs. Il ouvrit une ecole a Canutillo et s'interessa a l'education, ayant lui-meme vecu la transformation que l'alphabetisation pouvait produire. D'anciens soldats s'installerent sur la propriete, et pendant plusieurs annees l'hacienda fonctionna comme une communaute autosuffisante presidee par Villa avec une autorite paternelle.
Mais des hommes puissants au Mexique n'avaient pas oublie Villa, et Villa n'avait pas perdu l'habitude de se faire des ennemis. Sa presence au Durango restait un embarras politique potentiel et, aux yeux de certains, une menace potentielle.
L'assassinat: 20 Juillet 1923
Le 20 juillet 1923, Pancho Villa conduisit jusqu'a la ville de Hidalgo del Parral, au Chihuahua, dans sa Dodge de 1919. Il avait rendu visite a la naissance de l'enfant d'un ami dans la ville voisine de Rio Florido et retournait a Canutillo. Assis avec lui dans la voiture se trouvaient trois de ses gardes du corps personnels, son secretaire personnel et son chauffeur. Alors que la voiture tournait dans la rue Juarez a Parral, en passant devant un stand de vendeur de mais, un vendeur de graines de citrouille regarda le vehicule approcher et cria "Viva Villa!" comme signal.
Au signal, sept tireurs qui s'etaient positionnes dans et autour d'une maison au coin ouvrirent le feu simultanement. Environ quarante coups furent tires dans le vehicule. Villa fut touche plusieurs fois et mourut sur place. Quatre de ses cinq compagnons furent egalement tues; seul un garde du corps survecus. L'assassinat avait ete meticuleusement planifie et execute par des hommes qui s'etaient positionnes a Parral des jours a l'avance.
La question de qui ordonna l'assassinat n'a jamais ete resolue de maniere concluante. Des theories concurrentes impliquent Plutarco Elias Calles, le puissant ministre de l'interieur et futur president; le president Alvaro Obregon lui-meme; le senateur Salas Barraza, qui fut condamne et brievement emprisonne pour le meurtre; et d'autres. Ce qui est clair, c'est que Villa etait devenu un homme que trop d'hommes puissants voulaient voir mort.
Villa fut enterre au cimetiere de Parral. Dans un postscriptum bizarre que Villa lui-meme aurait pu apprecier pour son drame macabre, son crane fut vole de sa tombe en 1926, trois ans apres sa mort, par des personnes jamais identifiees de maniere concluante. Ses restes decapites furent finalement transferes a Mexico en 1976 et inhumes au Monument a la Revolution, dans une ceremonie qui representait la reconnaissance formelle, bien que tardive, de l'Etat mexicain de la place de Villa dans le pantheon national.
Heritage: Heros Populaire, Revolutionnaire, Bandit Et Mythe
Le debat sur l'heritage de Pancho Villa est inseparable du debat sur la signification de la Revolution mexicaine elle-meme. Pour ceux qui mettent l'accent sur les realisations sociales de la revolution, Villa represente l'energie brute et indisciplinee des masses populaires qui ont combattu et sont mortes pour un Mexique plus juste. Il est le peon qui chevaucha contre les hacendados, le hors-la-loi qui devint general, l'homme qui fit courir l'armee americaine dans le desert pendant onze mois sans etre capture.
Dans la culture populaire, l'heritage de Villa a ete massivement heroique. Les corridos, les ballades narratives traditionnelles du Mexique, commencerent a celebrer ses exploits meme de son vivant, et ils ne s'y sont jamais arretes. Des chansons comme "La Cucaracha", associees a la revolution et specifiquement a la campagne de Villa, et des dizaines de corridos specifiques a Villa ont ete chantes, enregistres et reinventes tout au long d'un siecle. Son visage apparait sur des murales, des statues, des timbres-poste et des produits commerciaux dans tout le nord du Mexique et la communaute mexico-americaine.
Hollywood decouvrit Villa presque aussitot que la revolution commenca, et il fut le sujet de certains des premiers documentaires de guerre dans l'histoire du cinema, avec un contrat soi-disant conclu pour filmer ses batailles. Des dizaines de films de fiction, certains celebrateurs, d'autres critiques, ont ete realises sur lui tant au Mexique qu'aux Etats-Unis. Il a ete represente comme un heros romantique, un bandit brutal, une figure tragique et un personnage comique. Aucune representation n'a capture la pleine complexite de l'homme.
Villa Et Les Etats-Unis: Une Relation Complexe
Aucune dimension de la carriere de Pancho Villa n'est plus mal comprise que sa relation avec les Etats-Unis. Pendant une grande partie de sa carriere revolutionnaire, Villa etait le commandant mexicain le mieux considere par le gouvernement americain, la presse americaine et les interets commerciaux americains. Il cultivait cette relation soigneusement et deliberement. Il permettait aux journalistes americains un acces total a ses campagnes; il protegait les proprietes americaines dans les zones sous son controle; il negociait ouvertement avec les fournisseurs d'armes americains; et il donnait des droits exclusifs pour filmer ses batailles a une entreprise americaine.
Cette bonne volonte americaine avait une valeur pratique. Elle aidait a assurer que les Etats-Unis maintiendraient un degre de neutralite qui permettrait a Villa d'acheter des armes et des fournitures a travers la frontiere. Plusieurs Americains eminents, dont certains officiers militaires, ecrivirent sur lui avec un veritable respect.
La relation s'envenima a mesure que les fortunes militaires de Villa declinaient et que le calcul des interets politiques mexicains des Etats-Unis se deplacait vers Carranza. La reconnaissance d'octobre 1915 fut le point de non-retour. Les attaques subsequentes de Villa contre les Americains a Santa Ysabel et Columbus representaient non seulement une desesperation militaire mais une inversion deliberee de la politique qu'il avait precedemment maintenue, un signal a ses forces diminuantes qu'il n'avait pas peur des gringos et qu'il pouvait frapper la ou d'autres craignaient.
La Division del Norte En Perspective Historique
La Division del Norte, a son apogee en 1913 et 1914, etait l'une des forces militaires les plus formidables de l'hemisphere occidental. A son effectif maximum, elle comptait entre quarante et cinquante mille soldats, avec de l'artillerie, de la cavalerie, de l'infanterie et un systeme logistique efficace qui utilisait les chemins de fer du Chihuahua pour une concentration et un approvisionnement rapides. Villa developpa, en partie par instinct et en partie par necessite, un style de guerre qui combinait la vitesse et l'effet de choc de la cavalerie avec la puissance de feu de l'infanterie et de l'artillerie modernes, utilisant le chemin de fer pour obtenir une mobilite operationnelle que les forces a pied ne pouvaient egaler.
Les historiens militaires ont note comment la Division del Norte anticipa certaines caracteristiques de la guerre blindee ulterieure, notamment l'utilisation de forces mobiles a deplacements rapides pour obtenir des effets strategiques plutot que de simplement tenir le terrain. La preference de Villa pour l'offensive, son accent sur l'impact psychologique et la vitesse, et son utilisation de la logistique comme arme refletent un esprit militaire veritablement moderne travaillant dans les contraintes technologiques de son epoque.
La defaite a Celaya represente les limites de cette approche quand elle etait confrontee a un commandant qui avait etudie la technologie emergente de la guerre defensive. L'utilisation par Obregon de tranchees, de barbelures et de mitrailleuses pour neutraliser l'avantage de cavalerie de Villa n'etait pas sophistiquee selon les standards europeens, mais elle fut devastatrice dans le contexte de la guerre revolutionnaire mexicaine.
La Vie Personnelle Et Le Caractere de Pancho Villa
La vie personnelle de Villa etait aussi compliquee que sa carriere publique. Il se maria, lors de ceremonies civiles de validite legale variable, avec de multiples femmes au cours de sa vie, certaines sources identifiant jusqu'a vingt-trois epouses, bien que ce chiffre soit presque certainement un produit de la legende gonflee au-dela de toute reconnaissance. Plusieurs femmes lui donnerent des enfants qu'il reconnut, et il maintint plusieurs menages simultanement pendant ses annees de pouvoir.
C'etait un homme d'une energie physique et d'un appetit enormes. Il ne buvait pas d'alcool et ne fumait pas, une discipline inhabituelle parmi les hommes de son monde. Il etait rapporte d'avoir une maniere genuinement chaleureuse et genereuse avec les personnes en qui il avait confiance, capable de rire et de spontaneite, et profondement loyal envers les amis et les subordonnes qui le servaient fidelement. Il etait egalement capable de violence soudaine et letale quand il se sentait trahi.
Il conserva tout au long de sa vie une veritable identification avec les pauvres et les depossedes dont il etait issu. L'ecole qu'il construisit a Canutillo, les soins medicaux qu'il prodiguait a ses travailleurs, la stabilite relative qu'il maintint dans l'hacienda pendant les dernieres annees de sa vie suggerent que son engagement envers l'amelioration sociale n'etait pas seulement rhetorique.
Le Role de Villa Dans Le Pantheon Revolutionnaire Mexicain
La Revolution mexicaine produisit plusieurs figures entrees dans la mythologie nationale: Francisco Madero l'idealiste democratique, Venustiano Carranza le constitutionnaliste prudent, Alvaro Obregon le brilliant general et politicien pragmatique, Emiliano Zapata le saint agraire. Parmi tous ces personnages, Villa occupe une position unique et irreductible. Il est le plus dramatique, le plus contradictoire et a bien des egards le plus humain des caudillos revolutionnaires.
Son heritage vit dans l'Article 27 de la Constitution de 1917, qui nationalisa les ressources du sous-sol et etablit le cadre de la reforme agraire. Il vit dans le systeme ejidal de tenure fonciere communale que le gouvernement post-revolutionnaire etablit en reponse aux pressions sociales que le mouvement de Villa avait contribue a creer. Il vit dans les corridos et les murales et les rues portant son nom dans tout le nord du Mexique.
Ce qui est incontestable, c'est l'ampleur de l'impact de Villa sur l'histoire mexicaine et americaine. Il contribua au renversement de la dictature de Diaz. Il construisit et commanda une des plus grandes armees de l'histoire mexicaine. Il lanca une attaque contre les Etats-Unis qui obligea le gouvernement americain a monter sa plus grande operation militaire depuis la guerre civile. Il survecus, par une combinaison d'habilete et de chance, aux tentatives de gouvernements successifs de le detruire.
La Structure Militaire de la Division del Norte: Organisation Et Pouvoir
Pour comprendre l'ascension et la chute de Pancho Villa, il est essentiel de comprendre la nature militaire de la Division del Norte en tant qu'institution. Ce n'etait pas une armee conventionnelle au sens europeen ou meme latino-americain du terme. C'etait une organisation militaire d'un nouveau type, adaptee aux conditions geographiques, demographiques et economiques specifiques du nord du Mexique.
La cavalerie etait le noyau de la Division del Norte. Les cavaliers du nord du Mexique etaient legendaires pour leurs competences, et Villa avait passe quinze ans a perfectionner les techniques d'equitation, de combat et de survie a cheval que ses hommes partageaient. La cavalerie villiste pouvait parcourir cinquante ou soixante miles dans une journee, poursuivre un ennemi en retraite sans relache, ou disparaitre dans le desert avec une egalite de rapidite quand la situation l'exigeait.
Ce qui distinguait la Division del Norte des autres forces de cavalerie etait son utilisation des chemins de fer. Villa comprit que le chemin de fer pouvait multiplier la portee operationnelle de la cavalerie d'une maniere que ses predecesseurs n'avaient pas pleinement exploitee. En deplacant ses soldats et leurs chevaux par trains jusqu'au point de combat, Villa pouvait presenter une force fraiche et prete a combattre dans des endroits ou l'adversaire ne s'attendait pas a la voir. Il pouvait concentrer des forces de points distants du theatre d'operations avec une vitesse que les commandants federaux, pensant en termes de marche a pied ou de chevauchee conventionnelle, ne pouvaient anticiper.
Le train de Villa, le fameux chemin de fer de la Division del Norte, etait litteralement le coeur mouvant de l'armee. Il avait des trains-hopitaux, des trains d'artillerie, des trains transportant des tentes et des cuisines de campagne. Les generaux de Villa avaient leurs quartiers generaux dans les trains; les soldats voyageaient dans des wagons a bestiaux et des plateformes; les femmes soldaderas qui suivaient l'armee voyageaient dans les trains. C'etait une base mobile d'operations qui maintenait sa puissance de combat sur de grandes distances.
Cette innovation logistique eut des consequences militaires directes. Elle permit a Villa d'operer efficacement dans l'immense territoire peu peuple du Chihuahua. Elle lui permit de se concentrer rapidement pour des batailles decisives puis de se disperser avec une egale rapidite, frustrarant les tentatives des commandants federaux de le fixer et de le detruire en terrain ouvert. Et elle lui fournit la logistique soutenue pour nourrir, armer et payer des dizaines de milliers de soldats.
Villa Et Le Contexte International de 1910 a 1920
La carriere de Villa se deroula dans une periode de turbulence internationale extraordinaire qui encadra inevitablement ses choix et son destin. La Premiere Guerre mondiale, qui debuta en aout 1914 et se termina en novembre 1918, eut des effets directs sur le Mexique et sur la position de Villa dans la politique mexicaine et americaine.
Durant les annees de neutralite americaine de 1914 a 1917, les Etats-Unis s'efforcerent de maintenir des relations fonctionnelles avec quelle que soit la faction mexicaine qui semblait la plus capable de fournir la stabilite et de proteger les interets americains. Ce calcul changeant fut l'un des facteurs qui mena d'abord au soutien implicite a Villa et ensuite a son abandon en faveur de Carranza en 1915.
L'entree des Etats-Unis dans la Premiere Guerre mondiale en avril 1917 changea le contexte geopolitique dans lequel se deroula la derniere phase de la carriere de Villa. Avec les Etats-Unis desormais pleinement engages dans le conflit europeen, l'attention et les ressources du gouvernement Wilson s'eloignerent du Mexique. L'interet pour maintenir les hostilites frontalieres avec le Mexique au minimum s'intensifia. Cela, paradoxalement, peut avoir donne a Villa un repit en faisant pression sur Carranza pour parvenir a une solution negociee avec Villa.
L'Allemagne, pour sa part, montra un interet a exploiter l'instabilite mexicaine comme diversion qui garderait les Etats-Unis preoccupes par les problemes de l'hemisphere occidental. Le celebre Telegramme Zimmermann, envoye par le gouvernement allemand au gouvernement mexicain en janvier 1917, proposait une alliance mexicano-allemande par laquelle le Mexique reconquerrait le Texas, le Nouveau-Mexique et l'Arizona avec le soutien allemand. Bien que la proposition fut rejetee par Carranza, son existence meme illustre a quel point le Mexique et ses revolutionnaires etaient des acteurs dans une histoire internationale qui les transcendait.
Villa Dans la Culture Populaire: Corridos, Cinema Et Murales
Le phenomene culturel de Pancho Villa commenca pendant sa propre vie et n'a pas montre de signes de diminution. Les corridos, les ballades narratives qui sont l'equivalent mexicain de la ballade folklorique europeenne, celebrerent ses campagnes en temps reel. Chantes par des soldats au camp et par des civils aux marches, transmis oralement de generation en generation et eventuellement enregistres et diffuses a la radio, les corridos de Pancho Villa constituaient une forme de journalisme populaire qui donnait aux masses analphabetes ou semi-alphabetisees acces a l'histoire au fur et a mesure qu'elle se deroulait.
La tradition du corrido villiste soulignait certaines qualites qui resonaient avec une force particuliere dans les communautes du nord: la vaillance face aux puissants, la loyaute envers les amis, le mepris pour les laches et les traitres, la capacite a l'humour meme dans des circonstances dangereuses, et l'habilete a survivre par la ruse quand la force brute etait insuffisante. Villa lui-meme comprenait la valeur des corridos comme instruments de propagande et de reputation, et encourageait activement leur composition et leur diffusion.
Les arts visuels mexicains, en particulier le grand mouvement muraliste qui produisit des artistes comme Diego Rivera, Jose Clemente Orozco et David Alfaro Siqueiros dans les decennies qui suivirent la revolution, representerent la revolution et ses heros sur les murs des batiments publics dans tout le pays. Villa apparait repete dans ces murales, parfois comme le robuste guerillero du nord, parfois comme caudillo en bataille.
Sa presence au cinema fut egalement considerable. Des operateurs de camera suivirent ses armees pendant la revolution, et quelques-unes des premieres sequences de combat reel dans l'histoire du cinema furent filmees. Dans les decennies suivantes, Villa fut le sujet de dizaines de films mexicains et americains, le representant avec des perspectives allant de l'hagiographie a la condamnation.
Villa Et la Tradition Agraire
Pancho Villa ne fut pas, en aucun sens rigoureux, un theoricien agraire. Il ne produisit pas de manifestes ni de documents programmatiques comparables au Plan de Ayala d'Emiliano Zapata. Ses idees sur la terre et la justice sociale etaient pratiques, immediates et fondees sur l'experience vecue plutot que sur la pensee systematique. Mais cela ne signifie pas que Villa manquait d'engagements reels sur les questions agraires au coeur de la revolution mexicaine.
Villa avait grandi dans le systeme de hacienda. Il avait vu directement comment la concentration de la propriete fonciere dans les mains de quelques puissants hacendados creait les conditions de pauvrete, de dependance et d'humiliation qui caracterisaient la vie de la plupart des Mexicains ruraux.
Au Chihuahua, sous son controle, Villa confisqua les haciendas des Terrazas, des Creel et d'autres grands proprietaires qui avaient soutenu Huerta ou fui la revolution. Mais plutot que de distribuer immediatement ces terres aux paysans, il les opera comme des proprietes collectives pour financer l'armee et approvisionner la population. C'etait une politique d'urgence plutot qu'un programme de reforme agraire soutenu.
Reflexion Finale: L'enigme de Pancho Villa
Aucune conclusion simple ne peut capturer la totalite de Pancho Villa. Il fut un homme qui emergea des conditions specifiques du Mexique porfiriste, du desespoir et de la violence de vies sans opportunites, et qui trouva dans la revolution une cause qui donna une coherence retrospective a des annees de desobeissance et de survie.
Il fut egalement quelque chose de plus, quelque chose qui resiste a la pure analyse: un symbole, une projection d'espoir et de colere populaires qui transcenda l'individu et devint l'embleme d'un moment particulier dans l'experience du peuple mexicain. Dans ce role, Villa s'est avere pratiquement indestructible. Tant que le Mexique se souviendra de sa revolution, et tant que les conditions d'inegalite et d'ambition qui l'animerent demeureront partie de l'experience vecue de personnes reelles, Pancho Villa continuera a chevaucher dans les corridos et les murales, perpeteullement poursuivi et perpetuellement libre.
Les Batailles de Tierra Blanca Et Ojinaga: Des Victoires Fondamentales
Les victoires de Villa a Tierra Blanca en novembre 1913 et a Ojinaga en janvier 1914 meritent plus d'attention qu'elles n'en recevnet frequemment, car elles furent les fondements sur lesquels fut construit tout le pouvoir militaire ulterieur de la Division del Norte. La Bataille de Tierra Blanca, livree dans le desert plat au sud de Ciudad Juarez du 23 au 25 novembre 1913, fut le premier grand affrontement ouvert entre Villa et les forces federales, et ce fut une victoire decisive obtenue grace exactement au type de mouvement offensif enveloppant qui devint la marque de fabrique de Villa.
Les forces federales, arrivees par train du sud pour renforcer la garnison de Juarez, furent attaquees en terrain ouvert, flanquees par la cavalerie de Villa, et completement defaites. Les pertes federales en hommes, materiel et artillerie furent severes, et la victoire ouvrit la voie a la capture eventuelle de la ville de Chihuahua.
La chute d'Ojinaga en janvier 1914 fut egalement significative. La ville, situee ou le Rio Bravo fait une courbe prononcee a la frontiere entre le Chihuahua et le Texas, etait le dernier refuge des forces federales dans l'etat apres la perte de la capitale. Le general federal Salvador Mercado avait rassemble la les restes de l'armee federale du Chihuahua, esperant recevoir des renforts ou du moins proteger une ligne de retraite vers le sol americain. Villa lanca l'assaut final dans des conditions de froid extreme. La defaite federale fut totale: les troupes survivantes traverserent le Rio Bravo vers le Texas en masse et furent internees par les autorites americaines. Avec cela, Villa etait le maitre inconteste de tout l'etat du Chihuahua.
Villa Dans la Memoire Historique: Une Legende Indestructible
Plus d'un siecle apres les annees de puissance de Pancho Villa, son histoire continue de resonner avec une intensite qui defie le declin historique normal. Les corridos sont toujours enregistres; les romans sont toujours ecrits; les documentaires sont toujours tournes; les debats academiques se poursuivent. Villa est invoque par des mouvements politiques de gauche et de droite, par des partisans du changement social radical et par des partisans de l'ordre et de la stabilite, chacun trouvant dans son histoire des preuves de sa propre position.
Ce phenomene, la capacite d'une seule figure historique a etre appropriee simultanement par des traditions politiques opposees, est caracteristique des grands mythes nationaux. Villa en tant que mythe est plus grand que Villa en tant qu'homme historique, et le mythe est plus flexible, plus adaptable a de nouveaux buts, que n'importe quelle realite historique n'aurait pu l'etre.
Sources
https://www.countryreports.org https://www.archives.gov/publications/prologue/1997/fall/mexican-punitive-expedition-1.html https://americanhistory.si.edu/explore/stories/general-pershings-mexican-expedition-capture-pancho-villa-predates-his-world-war-i https://www.laits.utexas.edu/jaime/jrn/cwp/pvg/assassination.html https://historicvillageofcolumbus.org/francisco-pancho-villas-attack-on-columbus/index.html https://www.nationalguard.mil/News/Article/688661/centennial-of-the-pancho-villa-raid-on-new-mexican-town/ https://www.pbs.org/wgbh/americanexperience/features/ballad-pancho-villa/ https://www.cfr.org/articles/remembering-pancho-villas-new-mexico-raid-and-the-punitive-expedition-into-mexico https://2001-2009.state.gov/r/pa/ho/time/wwi/108653.htm https://www.army.mil/article/163804/centennial_of_the_pancho_villa_raid_on_new_mexican_town
L'annee 1915 En Detail: la Chute D'un Empire Militaire
Pour comprendre pleinement la signification des batailles de Celaya, il faut les replacer dans le contexte plus large de la campagne de 1915, qui vit la decomposition progressive de la structure militaire que Villa avait construite avec tant d'effort et de genie pendant deux annees de victoires consecutives. La defaite n'arriva pas d'un seul coup; elle fut le resultat d'une serie de chocs militaires, politiques et logistiques qui se renforcerent mutuellement pour transformer le plus puissant caudillo du Mexique en chef de bande guerillero en l'espace de quelques mois.
Apres les batailles catastrophiques de Celaya en avril 1915, Villa se retira vers le nord avec les restes de ses forces. La logique militaire commandait une pause pour reorganiser et ravitailler ses troupes. Mais Villa, dont la methode avait toujours ete l'attaque, l'attaque et encore l'attaque, ne pouvait se resoudre a adopter la strategie defensive qu'exigeait sa situation. Il continua a lancer ses forces contre les positions d'Obregon, en particulier lors des batailles de Trinidad et de Leon qui se deroulerent en mai et juin 1915 dans la region du Bajio.
Ces batailles confirmerent et approffondirent le desastre de Celaya. Obregon, maintenant absolument certain de la superiorite de ses methodes defensives sur l'assaut frontal de la cavalerie villiste, attendait patiemment que Villa se jette contre ses positions preparees, puis contre-attaquait avec une ferocite croissante au moment le plus opportun. A Leon, Obregon lui-meme fut grievement blesse par un obus d'artillerie et perdit le bras droit. Mais ses subordonnees, bien dresses dans ses methodes, continuerent la campagne avec la meme efficacite. Cette blessure d'Obregon, qui aurait pu etre une catastrophe pour les Constitutionnalistes, s'avera finalement sans consequence strategique, tandis que les pertes bien plus importantes de Villa avaient un effet cumulatif devastateur sur sa capacite a poursuivre la guerre.
La defaite d'Aguascalientes en juillet 1915 fut la derniere grande bataille de la Division del Norte en tant que force principale. Apres cette debacle, Villa n'avait plus la capacite d'affronter Obregon dans des batailles conventionnelles a grande echelle. Sa strategie dut fondamentalement changer. Il se retira definitivement au Chihuahua et dans les etats voisins, commencant la phase de guerilla qui occuperait les cinq annees suivantes de sa vie.
L'evolution de la Strategie de Villa: de L'offensif Au Guerillero
La transformation de Villa de chef d'une armee reguliere en chef guerillero n'etait pas simplement une adaptation tactique; elle representait une redefinition profonde de ce qu'etait son mouvement et ce qu'il pouvait esperer accomplir. En tant que chef de la Division del Norte, Villa avait aspire a la domination nationale, a gouverner le Mexique ou du moins a decider qui le gouvernerait. En tant que chef guerillero dans les montagnes du Chihuahua, ses ambitions etaient necessairement plus modestes: survivre, harceler l'ennemi, et maintenir une presence symbolique dans la politique mexicaine.
Cette readaptation demandait a Villa des qualites differentes de celles qui avaient fait sa grandeur militaire. Au lieu de l'offensive audacieuse avec des forces nombreuses, il lui fallait maintenant pratiquer la patience, la discretion et la connaissance de la psychologie des populations locales dont dependait son ravitaillement et sa protection. Au lieu de commander des milliers d'hommes en bataille rangee, il commandait maintenant des centaines d'hommes dans des operations de nuit, des embuscades sur les routes et des coups de main contre des installations isolees.
Cette periode guerillero de Villa montre un aspect de son caractere qui est souvent eclipse par la grandeur de la periode de la Division del Norte: sa tenacite absolue. D'autres hommes dans sa situation auraient capitule, auraient accepte une amnistie aux conditions de l'ennemi, ou seraient tout simplement disparus dans l'anonymat. Villa refusa toutes ces options. Il combattit pendant cinq ans, de la desintegration de la Division del Norte en 1915 jusqu'a la paix de 1920, contre les gouvernements successifs de Carranza et de la Huerta, avec des ressources qui etaient infimes par rapport a ses adversaires. Cette persistance obstinee, plus que n'importe quelle victoire militaire specifique, est peut-etre l'accomplissement le plus remarquable de sa vie.
Le Mexique Rural Et la Base Sociale de la Revolution Villiste
Pour comprendre pourquoi la Division del Norte fut capable de se constituer aussi rapidement, il faut comprendre la societe qui lui donnait ses soldats et ses partisans. Le nord du Mexique de la fin du XIXe et du debut du XXe siecle etait une region de contrastes saisissants. D'un cote, les grandes haciendas comme celles des Terrazas et des Creel concentraient d'enormes etendues de terres entre les mains de quelques familles. De l'autre, de nombreuses petites communautes de rancheros independants et de mineurs avaient maintenu une existence relativement autonome par rapport aux grandes proprietes.
Ces rancheros du nord, contrairement aux peons du sud completement depossedes et lies a la hacienda, avaient conserve une certaine capacite d'action independante. Ils pouvaient decider de rejoindre une rebellion avec leurs propres chevaux et leurs propres armes. Ils avaient les competences, l'equitation, le tir, la survie en terrain hostile, qui etaient les competences militaires de base dont Villa avait besoin. Et ils avaient les griefs, contre la concentration croissante des terres, contre la politique des Terrazas qui ecrasait les petits proprietaires, contre le systeme porfiriste qui protegait les grands au detriment des petits, qui poussaient certains d'entre eux a rejoindre la revolution.
Cette base sociale du mouvement villiste explique sa force initiale mais aussi, en partie, ses limites. La Division del Norte etait une armee de rancheros independants du nord plutot qu'une armee de peons depossedes comme le mouvement de Zapata dans le sud. Ses soldats etaient combattants par conviction, non par contrainte, ce qui en faisait une force de haute qualite morale et tactique. Mais ils etaient aussi plus susceptibles de rentrer chez eux quand les temps etaient durs ou quand les perspectives de victoire s'assombrissaient, ce qui contribua a la desintegration rapide de la Division del Norte apres Celaya.
Villa Comme Administrateur: la Gouvernance Du Chihuahua
Pendant les deux annees ou Villa controla le Chihuahua de facon presque complete, de fin 1913 a fin 1915, il donna a voir un aspect de sa personnalite que la legende a tendance a eclipser: celui d'administrateur pragmatique et de gouverneur improvisateur. Cette dimension de son activite est moins dramatique que ses victoires militaires ou son audace tactique, mais elle est indispensable pour comprendre la nature de son mouvement et la raison pour laquelle il rassemblait autant de loyautes.
La gestion des haciendas confisquees fut l'un des aspects les plus importants de la gouvernance de Villa au Chihuahua. Plutot que de les laisser a l'abandon ou de les distribuer immediatement, Villa les fit fonctionner comme des enterprises collectives sous supervision militaire. Les biens de la hacienda, les troupeaux de betail en particulier, furent vendus ou echanges contre des armes et des fournitures militaires, mais aussi utilises pour nourrir les populations civiles dans les regions sous controle villiste. Cela contribua a maintenir une certaine stabilite economique dans le Chihuahua pendant les annees les plus intenses de la guerre.
Villa s'interessa egalement aux questions d'education. La tradition orale raconte qu'il ouvrit des ecoles dans plusieurs communautes du Chihuahua pendant sa periode de gouvernance, et il est certain qu'il exprimait frequemment son regret de ne pas avoir beneficie d'une education formelle et sa conviction que l'education etait essentielle au progres du pays. Cette conviction, nee de son experience personnelle d'analphabetisme et de sa decouverte tardive des livres, est l'une des continuites les plus remarquables entre sa periode revolutionnaire et sa vie a Canutillo.
Comparaison Entre Villa Et Zapata: Deux Visions de la Revolution
La comparaison entre Pancho Villa et Emiliano Zapata est l'une des plus frequemment faites dans l'historiographie de la Revolution mexicaine, et pour de bonnes raisons: les deux hommes representent les deux grands courants populaires de la revolution, le nord et le sud, la revolution de la frontiere et la revolution du village, la mobilite et l'enracinement.
Zapata etait, par essence, un homme de son village. Ne a Anenecuilco dans l'etat de Morelos, il avait consacre sa vie a defendre les terres communales de sa communaute et des communautes voisines contre la depossession de la hacienda. Son programme, formule dans le Plan de Ayala, etait essentiellement restitutif: rendre aux villages leurs terres volees. Il refusait de quitter Morelos pour aller faire la politique a Mexico, parce qu'il savait que sa force venait de son enracinement dans la communaute locale qu'il defendait.
Villa, en revanche, etait un homme de mobilite. Il n'avait pas de village natal qu'il defendait; il avait une region, le nord du Mexique, dont il exprimait les valeurs et les aspirations. Son programme, dans la mesure ou il en avait un, etait moins precisement formule que celui de Zapata: mettre fin a la domination des grandes familles, redistribuer les terres, donner aux hommes pauvres la possibilite de vivre librement. Ces objectifs etaient plus generaux, moins specifiques, plus susceptibles d'accommoder des compromis.
Cette difference dans l'orientation politique des deux hommes explique en partie pourquoi ils furent capables de s'allier a Mexico en decembre 1914 sans que cette alliance devienne une coalition politique solide. Ils se respectaient, ils partageaient des ennemis communs, mais ils n'avaient pas de programme commun suffisamment precis pour fonder une gouvernance durable. Leur rencontre au Palais National fut un moment symbolique d'une puissance extraordinaire, mais ce symbole ne se transforma pas en strategie politique coherente.
Chihuahua Apres Villa: L'heritage Durable
L'heritage de Villa dans le Chihuahua ne se limita pas aux annees de la revolution. Il continua a facon la politique, la culture et la memoire collective de l'etat pendant tout le XXe siecle et au-dela. Le Chihuahua, qui avait ete l'etat le plus puissamment marque par la revolution villiste, demeura longtemps une region de mentalite frontaliere independante, sceptique envers le gouvernement centralise de Mexico et fiere de son histoire particuliere.
Les familles des anciens soldats de la Division del Norte transmirent le souvenir de la revolution a leurs enfants et petits-enfants. Les corridos continuerent a etre chantes lors des fetes et reunions de famille. Le nom de Villa donna son titre a des rues, des places et des stades dans les villes chihuahuenses. Et la memoire des grandes batailles, de Tierra Blanca, de Juarez, de Celaya, demeura vivante dans la conscience collective de la region.
Ce maintien de la memoire locale fut renforce par les monuments officiels et les commemorations instaurees par les gouvernements successifs. Apres la reconnaissance formelle de Villa comme heros national en 1976, les ecoles de Chihuahua enseignerent son histoire avec une fierte particuliere. Des musees lui furent dedies. Et la Quinta Luz, la maison de Villa a Chihuahua ville, devint un site historique preservant les armes, les effets personnels et les documents de sa vie revolutionnaire.
Cette memorialisation officielle co-existe avec la memoire populaire plus diffuse qui vit dans les corridos et les histoires orales. Les deux formes de souvenir se renforcent mutuellement tout en maintenant leurs propres emphases distinctives. La memoire officielle tend a souligner le Villa national, le heros de la revolution mexicaine. La memoire populaire tend a souligner le Villa local, l'homme du peuple, le cavalier intrépide qui ne pouvait etre attrape.
L'expedition de Pershing Vue Du Mexique
Si l'Expedition Punitive de Pershing fut vue aux Etats-Unis comme une demonstration de puissance militaire frustree, elle fut vecue tres differemment au Mexique. Pour la plupart des Mexicains, l'entree de troupes americaines en territoire mexicain etait une violation de la souverainete nationale qui rappelait les interventions etrangeres du XIXe siecle. La war d'intervention americaine de 1846 a 1848, qui avait coute au Mexique plus de la moitie de son territoire, etait un souvenir toujours vif dans la conscience nationale mexicaine. L'Intervention francaise de 1862 a 1867 etait plus recente encore.
Dans ce contexte, l'expedition de Pershing, meme si elle etait officiellement dirigee contre Villa plutot que contre le gouvernement mexicain, etait inevitablement percue comme une agression imperialiste. Les sympathies populaires, meme parmi ceux qui n'etaient pas des partisans de Villa, tendaient a aller vers le Mexicain qui fuyait l'armee americaine plutot que vers l'armee qui le poursuivait. Cette dynamique psychologique aida Villa a maintenir un soutien populaire au Chihuahua meme dans les moments les plus difficiles de sa guerilla.
Le gouvernement de Carranza, pour sa part, se trouva dans une position delicate. Il avait besoin de la reconnaissance americaine et des bonnes relations avec Washington pour consolider son pouvoir. En meme temps, il ne pouvait pas etre vu comme tolerant indefiniment la presence de troupes americaines sur le sol mexicain sans perdre la legitimite nationale. La crise de Carrizal de juin 1916, ou des soldats americains furent tues dans un affrontement avec des troupes mexicaines regulieres, exprima ces tensions contradictoires. Ce n'est que le retrait de l'expedition en fevrier 1917, sous la pression de la situation internationale et de l'entree imminente des Etats-Unis dans la guerre europeenne, qui resolut temporairement cette contradiction.
La Vie Prive de Villa: Amours, Famille Et Humanite
La vie privee de Pancho Villa offre une fenetre sur la complexite d'un homme que ses partisans voudraient souvent reduire au symbole heroique et que ses detracteurs voudraient volontiers reduire au simple bandit. La realite, comme toujours, est beaucoup plus riche et plus contradictoire.
Villa se maria plusieurs fois et eut des enfants reconnus avec plusieurs femmes. Sa vie amoureuse refletait les normes de la societe de la frontiere nord-mexicaine, ou la polygamie informelle, bien que non sanctionnee par l'Eglise ou la loi, etait pratiquee par les hommes qui en avaient les moyens. Mais elle refletait aussi les circonstances particulieres d'un homme qui passait sa vie en mouvement, qui creait des attachements dans de multiples endroits, et qui exerçait une attraction magnetique sur les femmes comme sur les hommes.
Parmi ses epouses, la plus connue est Luz Corral, qu'il epousa civilement et qui survecus longtemps apres lui, devenant la gardienne de sa memoire et de la maison de Chihuahua qui devint un musee. Luz Corral ecrivit ses memoires et participa a de nombreuses commemorations officielles de la vie de Villa. Sa fidele persistance dans la preservation de la memoire de Villa contraste de maniere interessante avec les nombreuses autres femmes qui avaient figure dans la vie de l'homme.
Villa entretenait egalement des relations profondes d'amitie et de camaraderie avec ses officiers et ses soldats les plus proches. Ces relations, fondees sur la loyaute partagee, les experiences communes de combat et de souffrance, et la confiance reciproque dans les situations de danger extreme, constituaient le tissu emotionnel de la vie villiste. Les hommes qui le servirent le plus fidelement, des commandants comme Toribio Ortega, Rodolfo Fierro et d'autres, etaient non seulement ses subordonnees militaires mais, dans le sens le plus profond, ses freres d'armes.
Cette loyaute n'etait pas exempte de tensions et de conflits. Villa etait capable d'une generosité extreme envers ceux qu'il considerait comme loyaux, et d'une vengeance impitoyable envers ceux qu'il percevait comme des traitres. Cette dualite, la generosité et la brutalite existant cote a cote dans le meme homme, est l'une des caracteristiques les plus troublantes de sa personnalite et l'une des plus difficiles a reconcilier avec l'image heroique que celebrent les corridos.
Le Norteño Comme Type Culturel: Villa Et Son Monde
Pour comprendre pleinement Pancho Villa, il faut comprendre le type culturel du norteño, l'homme du nord mexicain, dont il etait a la fois un produit et un exemple extreme. Le norteño du debut du XXe siecle etait forme par des conditions specifiques: la frontiere avec les Etats-Unis, la vastitude du desert et de la montagne, la culture de l'elevage et de l'exploitation miniere, et l'histoire particuliere du nord comme zone de colonisation tardive et de defence contre les incursions indigènes.
Ces conditions produisaient un type humain caracterise par certaines qualites distinctives: l'autosuffisance et la mefiance envers toute dependance, le respect de la competence pratique plutot que du statut social herite, la valeur accordee a la parole donnee et a la loyaute personnelle, et une certaine meprise de l'autorite lointaine et abstraite. Ce type culturel valorisait l'homme capable de monter a cheval, de tirer avec precision, de naviguer dans le desert, et de tenir sa parole. Villa incarnait et exagerait ces qualites jusqu'a la caricature.
Cette appartenance culturelle explique en partie pourquoi Villa reussit mieux au Chihuahua qu'il ne l'aurait fait a Mexico ou dans le centre du pays. Ses methodes, son langage, ses valeurs, etaient reconnaissables et appreciables pour les hommes du nord. La meme personne, dans un contexte culturel different, aurait pu etre percue simplement comme un bandit sans la dimension heroique que le contexte norteño lui conferait.
La Revolution Mexicaine En Perspective Globale
La Revolution mexicaine se deroula dans un contexte mondial de transformation radical qui donnait a ses themes particuliers une resonance universelle. Les annees 1910-1920 furent une decennie de revolutions, de guerres et de reconfigurations politiques profondes qui transformerent la face du monde: la Revolution mexicaine, la Premiere Guerre mondiale, la Revolution russe de 1917, la dissolution de l'Empire ottoman, la reorganisation de l'Europe apres Versailles.
Dans ce contexte global, la Revolution mexicaine representait quelque chose de distinct des revolutions europeennes contemporaines. C'etait une revolution paysanne dans un pays semi-industrialise en voie de modernisation; une revolution dont les acteurs principaux n'etaient pas des intellectuels proletariens ou des militants professionnels mais des soldats a cheval, des paysans en armes, et des caudillos regionaux; une revolution dont les idees directrices etaient moins abstraites que celles du bolchevisme ou du socialisme europeen et plus directement ancrees dans les revendications concretes de communautes et de classes sociales specifiques.
Villa personnifiait cette particularite de la revolution mexicaine. Il n'avait pas lu Marx ou Proudhon; ses idees sur la justice sociale etaient issues directement de son experience vecue de l'injustice du systeme des haciendas et de sa vie dans les marges de la societe porfiriste. Sa revolution etait viscerale, personnelle, fondee sur la connaissance directe de la souffrance et de l'oppression plutot que sur une theorie politique elaboree.
Cela faisait de lui une figure plus immediatement comprehensible pour les masses rurales qui constituaient la base de son mouvement, mais aussi une figure plus limitee dans sa capacite a articuler un programme politique coherent une fois les batailles gagnees. La revolution de Villa pouvait detruire l'ancien ordre; il etait moins certain qu'elle pouvait construire le nouveau.
Les Soldaderas: Les Femmes Dans L'armee de Villa
Aucune description de la Division del Norte ne serait complete sans reconnaitre le role des soldaderas, les femmes soldats qui suivirent l'armee en grand nombre et jouerent des roles cruciaux dans son fonctionnement. Les soldaderas etaient les compagnes, epouses et filles des soldats, mais elles etaient aussi des fournisseuses essentielles de services que l'armee ne pouvait autrement garantir.
Elles cuisinaient, lavaient, soignaient les blesses, transportaient des fournitures, et dans certains cas prenaient les armes quand la situation l'exigeait. Leur presence etait tellement integree dans la structure de l'armee qu'on ne pouvait pas les en separer facilement. Des tentatives de Villa pour reduire le nombre de femmes dans les trains militaires, qu'il jugeait surcharges de non-combattants, furent generalement vaines parce que les soldats refusaient de partir sans leurs femmes.
Quelques femmes dans la Division del Norte allerent au-dela du role de soldadera et devinrent des combattantes actives. Les histoires de femmes qui prenaient les fusils de maris ou fiancés tombes et continuaient le combat apparaissent dans les recits de nombreuses batailles de Villa. Bien que le nombre de femmes servant regulierement comme combattantes plutot que dans les roles de soutien plus typiques soit difficile a determiner avec precision, leur presence dans l'armee etait reelle et significative.
La Revolution mexicaine en general, et la Division del Norte en particulier, creerent des conditions qui permettaient a certaines femmes d'assumer des roles que la societe anterieure leur aurait absolument refuses. Les exigences de la guerre dissoudrent temporairement certaines des rigides frontieres de genre qui caracterisaient la societe porfiriste.
Conclusion: la Permanence Du Mythe de Pancho Villa
Plus d'un siecle apres la mort de Pancho Villa sur la route de Parral, son histoire continue d'exercer une fascination qui n'a pas diminue avec le temps. Les corridos sont toujours chantes; les livres sont toujours ecrits; les films sont toujours tournes; les debats historiques se poursuivent sans resolution definitive. Villa est invoque par des mouvements politiques aux orientations les plus diverses, chacun trouvant dans sa vie des lecons pertinentes pour son propre projet.
Cette persistance du mythe villiste tient a plusieurs facteurs. D'abord, la dramaticite incomparable de sa biographie: de metayer illetre a commandant d'une armee de cinquante mille hommes, puis a guerillero traque, puis a fermier paisible, jusqu'a l'embuscade fatale sur une route de Chihuahua. Cette trajectoire narrative possede la structure d'une tragedie classique, avec ses phases d'ascension, d'apogee et de chute.
Ensuite, l'ambiguite morale qui caracterise Villa: il est simultanement le champion des pauvres et un homme capable de massacres; le patriote qui defia les Etats-Unis et l'aventurier qui causa la mort de civils innocents a Columbus. Cette ambiguite, loin de diminuer l'interet pour sa figure, le renforce: Villa resiste a la simplification, ce qui le rend inexhaustible comme sujet de reflexion.
Enfin, la contemporaneite des questions qu'il souleve. Les inegalites economiques, la relation entre la violence et la justice, le role de la frontiere dans l'identite mexicaine et americaine, la tension entre l'ordre central et les autonomies regionales, toutes ces questions que la vie de Villa illustre de maniere si dramatique, restent d'une brulante actualite. Tant qu'elles demeureront non resolues, la figure de Pancho Villa continuera a hanter l'imagination des deux cotes du Rio Grande.
Dans ce sens profond, Pancho Villa n'est pas une figure du passe. Il est une presence vivante dans les conversations que les Mexicains, les Americains et tous ceux qui s'interessent a leur histoire commune continuent d'avoir sur la nature de la justice, les limites de la violence, et la possibilite d'un monde plus equitable. C'est le signe le plus sur de sa stature historique: non pas qu'il ait repondu a ces questions, mais qu'il les a posees avec une force qui ne permet pas de les ignorer.
Doroteo Arango Et la Formation D'une Identite Revolutionnaire
L'histoire de la formation identitaire de Pancho Villa, de Doroteo Arango au bandit Francisco Villa au general revolutionnaire, est fascinante non seulement comme biographie individuelle mais comme illustration d'un processus plus large qui se produisit avec de nombreux acteurs de la Revolution mexicaine. Des hommes et des femmes qui n'etaient pas predestines au role historique qu'ils jouerent se trouverent transformes par les circonstances de la revolution en figures d'une portee nationale et meme internationale.
Le changement de nom de Doroteo Arango a Francisco Villa n'etait pas seulement un acte pratique destine a brouiller les pistes des autorites. C'etait aussi, consciemment ou non, un acte de re-creation de soi. En abandonnant le nom sous lequel il etait ne et avait grandi, le nom qui le definissait comme fils d'un metayer du Durango, le jeune fugitif assumait une autre identite: celle du bandit legendaire, figure de liberte et de defi, dont la reputation precedait ses actes reels et lui conferait une aura qu'aucun Doroteo Arango n'aurait pu revendiquer.
Cette capacite a se reinventer continua tout au long de sa vie. Le bandit Francisco Villa se reinventa en commandant militaire sous Madero. Le commandant militaire se reinventa en dirigeant politique et administrateur au Chihuahua. Le chef de la Division del Norte se reinventa en chef guerillero apres Celaya. Et le guerillero se reinventa une derniere fois en fermier et administrateur d'hacienda a Canutillo. Chaque transformation demandait non seulement de nouvelles competences mais une volonte de remettre en question et de reconstruire une identite que les circonstances avaient rendue inadequate.
Cette adaptabilite remarquable est l'une des qualites qui distingue Villa des figures historiques qui restent a jamais definies par un seul moment ou un seul role. Villa n'est pas simplement le heros de Tierra Blanca ou le vaincu de Celaya ou l'auteur du raid de Columbus. Il est l'ensemble de ces figures et beaucoup d'autres encore, un homme dont l'identite elle-meme etait en mouvement permanent, refusant de se fixer dans une forme definitive.
La Memoire de Villa Dans Les Communautes Frontieres
La frontiere entre les Etats-Unis et le Mexique est l'espace ou la memoire de Pancho Villa est la plus vive et la plus complexe. Dans les villes frontieres du Texas, du Nouveau-Mexique et de l'Arizona, la memoire de Villa existe en parallele et parfois en tension avec la memoire officielle americaine de l'Expedition Punitive et du raid de Columbus. Pour les communautes mexicano-americaines qui habitent cet espace de frontiere, Villa est souvent une figure d'identification plus qu'une figure de menace; il represente la resistance mexicaine a la puissance americaine, le defi du faible au fort.
Le village de Columbus, au Nouveau-Mexique, site du raid de 1916, illustre bien cette complexite. Le parc d'etat de Pancho Villa, etabli sur le site du camp de la 13e cavalerie attaquee lors du raid, est aujourd'hui une attraction touristique qui attire des visiteurs des deux cotes de la frontiere. Le nom meme du parc, Pancho Villa State Park, souligne l'ambiguite de la memoire: on nomme un parc americain du nom de l'homme qui attaqua le pays et tua des Americains, parce que son nom est plus celebre et plus magnetique que celui de ses victimes.
Cette ambiguite est caracteristique de la memoire des frontieres, ou les identites sont plus fluides et les loyautes plus complexes qu'elles ne le sont au coeur des nations. Les frontieres produisent des memoires hybrides, des commemorations qui reconnaissent plusieurs perspectives simultanement plutot que d'affirmer une seule verite nationale. La memoire de Villa dans la region frontaliere est une memoire de ce type: elle honore le heros mexicain et reconnait la violence du raid americain, elle celebre la resistance et deplore les victimes, elle maintient ouvert le debat que la memoire nationale de chaque pays voudrait fermer.
Villa Et la Presse: Une Relation de Manipulation Mutuelle
La relation de Pancho Villa avec la presse, particulierement la presse americaine, merite une attention particuliere car elle illustre une modernite de Villa que la legende du guerillero a cheval tend a obscurcir. Villa comprit tres tot, d'une maniere intuitive mais tres efficace, que la presse ecrite et le cinema naissant constituaient des outils de pouvoir qui pouvaient amplifier ou reduire sa capacite d'action politique et militaire.
Il accordait des interviews aux journalistes avec une regularite et une ouverture inhabituelles pour un chef militaire dans une zone de guerre. Il permettait aux photographes d'acceder a ses campements et a ses batailles. Il cooperait avec les cameramen qui voulaient filmer ses operations militaires. Cette ouverture n'etait pas sans calcul: Villa savait que sa reputation dans la presse americaine influencait l'attitude du gouvernement americain envers lui, et que cette attitude avait des consequences concretes sur sa capacite a acheter des armes a travers la frontiere.
Mais la relation n'etait pas unilaterale. Les journalistes avaient aussi des agendas propres, et les recits qu'ils produisaient etaient souvent deformes par leurs propres presupposes culturels, par les attentes de leurs redactions, et par la tension inevitable entre verite et bonne histoire. John Reed, qui rendit compte des campagnes de Villa avec admiration et sympathie, etait aussi un militant politique qui cherchait dans la revolution mexicaine des preuves a l'appui de ses propres convictions radicales. La Villa de Reed est un Villa vu a travers le prisme du journalisme radical americain du debut du XXe siecle.
Cette dimension mediatique de la carriere de Villa est importante non seulement comme curiosite historique mais comme signe d'une transformation plus large dans la nature de la politique et de la guerre au XXe siecle. Villa fut l'un des premiers chefs militaires a comprendre que la guerre se gagne aussi sur le terrain de l'image et du recit, pas seulement sur le champ de bataille. En ce sens, sa pratique anticipe des developpements qui deviendraient centraux dans la politique et la guerre du XXe siecle.
Chihuahua Et Le Norteño: Le Contexte Regional
Pour comprendre Pancho Villa pleinement, il est essentiel de comprendre la culture specifique du nord du Mexique, et du Chihuahua en particulier, qui le forma et qui forma la base sociale de son mouvement. Le Chihuahua de la fin du XIXe et du debut du XXe siecle etait une region de contrastes intenses: d'un cote, les immenses haciendas des grandes familles comme les Terrazas, qui s'etendaient sur des millions d'hectares; de l'autre, les petits ranchos independants et les communautes minieres qui avaient maintenu une certaine autonomie par rapport aux grandes proprietes.
Cette structure sociale dualiste produisait des tensions specifiques qui n'existaient pas de la meme maniere dans d'autres regions du Mexique. Les peons completement depossedes du centre et du sud du pays etaient lies a la hacienda par des chaines economiques qui rendaient leur rebellion difficile. Les rancheros du nord, meme quand ils etaient pauvres, conservaient suffisamment d'independance pour pouvoir choisir la rebellion comme option viable. Ils avaient des chevaux, ils savaient se battre, et ils avaient des griefs qui n'etaient pas seulement l'expression d'une oppression totale mais la protestation d'hommes qui avaient connu une certaine liberte et refusaient de la perdre.
Villa incarnait parfaitement ce type social. Il n'etait pas un peon sans ressources; il etait un homme de la montagne qui avait vecu libre, meme si cette liberte etait celle du hors-la-loi. Quand il mobilisa les hommes du Chihuahua pour la revolution, il parlait leur langage, partageait leurs valeurs, et incarnait leur vision de ce qu'un homme devait etre.
L'entente Ratee: Villa, Zapata Et la Promesse de Decembre 1914
La rencontre de Villa et Zapata au Palais National en decembre 1914 fut, en retrospective, un des moments les plus importants et les plus tragiques de la Revolution mexicaine, car elle montra a la fois la possibility d'une grande coalition populaire et les raisons pour lesquelles cette coalition ne pouvait pas se materialiser en un gouvernement stable.
Les deux hommes, si differents dans leur origine et leur style, partageaient un ressentiment profond envers Carranza et une mefiance visceral envers les politiciens professionnels de tout bord. Ils partageaient aussi une conviction que la revolution devait avant tout beneficier aux pauvres, aux paysans, aux ouvriers agricoles, et non servir de tremplin aux ambitions des classes moyennes et superiores. Ces points communs etaient reels et importants.
Mais les differences etaient tout aussi reelles. Zapata refusait de s'eloigner de Morelos; Villa se sentait a l'aise dans tout le nord du Mexique. Zapata avait un programme agraire precis et localise; Villa avait des instincts generaux mais pas de programme coherent. Zapata commandait une armee d'hommes enracines dans leurs villages qui combattaient pour leurs terres specifiques; Villa commandait une armee de cavaliers mobiles qui suivaient le caudillo plus que la cause. Ces differences n'etaient pas des obstacles insurmontables en theorie, mais en pratique elles rendaient tres difficile la coordination d'une gouvernance commune.
Le gouvernement de la Convention, qui etait cense incarner leur alliance, s'avera incapable de maintenir son autorite sur les forces de Carranza ou de gerer les exigences contradictoires des differentes factions qui le composaient. L'occasion historique de decembre 1914, si elle fut reelle, ne fut pas saisie.

English
Español
中文
हिन्दी
Français