
Les Conquetes Arabes Et L'essor de L'islam: Comment Une Religion Du Desert a Transforme Le Monde Antique
Introduction
En l'espace d'environ cent ans, depuis la mort du Prophete Muhammad en 632 apres J.-C. jusqu'a l'arret de l'expansion arabe lors de la Bataille de Tours en 732 apres J.-C., une nouvelle civilisation religieuse et politique emergea des deserts de la Peninsule Arabique et transforma le monde antique de maniere irreconaissable. Les conquetes arabes des VIIe et VIIIe siecles apres J.-C. constituent l'une des transformations les plus rapides et les plus profondes de l'histoire de la civilisation humaine. En l'espace d'une generation apres la mort de Muhammad, les armees arabes avaient detruit l'Empire Perse Sassanide, depouille l'Empire Byzantin de ses provinces les plus riches et porte l'etendard de l'Islam des rivages de l'Ocean Atlantique jusqu'aux frontieres de l'Asie Centrale. Aucun autre episode de l'histoire enregistree n'a ete temoin d'une redistribution aussi profonde du pouvoir politique et de l'identite culturelle en si peu de temps.
L'ampleur de ce qui s'est passe est presque incomprehensible depuis le point de vue du present. Au moment de la mort de Muhammad, l'Islam etait la foi des habitants de la Peninsule Arabique uniquement, un mouvement religieux regional dans l'un des coins les plus peripheriques du monde antique. Un siecle plus tard, le Califat Islamique s'etendait de la Peninsule Iberique a l'ouest jusqu'a la vallee de l'Indus a l'est, englobant des territoires qui avaient ete le foyer de certaines des civilisations les plus anciennes et les plus sophistiquees que l'humanite ait jamais produites: la Mesopotamie, l'Egypte, la Perse et l'ancien Levant.
Comprendre les conquetes arabes necessite de s'attaquer a un ensemble de questions que les historiens ont debattues pendant plus d'un millenaire. Qu'est-ce qui explique le succes militaire extraordinaire des forces arabes contre des puissances qui etaient bien plus grandes, mieux equipees et plus experimentees? La conquete etait-elle principalement un phenomene religieux mu par la ferveur du djihad, ou se comprenait-elle mieux comme un mouvement politique et economique motive par le desir de richesse, de terre et de pouvoir? Comment les peuples conquis ont-ils vecu la transition vers la domination arabo-islamique?
La Peninsule Arabique Avant L'islam
Pour comprendre les conquetes arabes, il faut d'abord comprendre le monde dont elles sont issues. La Peninsule Arabique au VIe siecle apres J.-C. etait, par la plupart des mesures, une region marginale dans la geographie politique du monde antique. Les grands empires de l'epoque, l'Empire Byzantin au nord-ouest et l'Empire Perse Sassanide au nord-est, consideraient l'Arabie comme une terre frontaliere peuplee de tribus nomades qui n'etaient que d'un interet limite sauf en tant qu'allies potentiels et mercenaires occasionnels dans les guerres interminables entre les deux grandes puissances.
La population d'Arabie consistait en un melange complexe de peuples sedentaires et nomades. Les peuples sedentaires vivaient dans la poignee de villes et d'oasis qui ponctuaient la peninsule, la plus importante etant La Mecque, un centre commercial et religieux dans la region du Hijaz en Arabie occidentale. L'importance de La Mecque derivait de deux sources: son role de relais sur les routes commerciales reliant le sud de l'Arabie, l'Afrique orientale et le monde de l'Ocean Indien avec la Syrie et la Mediterranee, et son statut de demeure de la Kaaba, un ancien sanctuaire qui abritait des idoles venerees par de nombreuses tribus arabes.
Le paysage religieux de l'Arabie pre-islamique etait egalement complexe. La plupart des Arabes etaient polythéistes qui veneraient un pantheon de divinites. Mais l'Arabie n'etait pas hermetiquement fermee aux traditions monotheistes de ses voisins. Des communautes juives significatives existaient a Medine et ailleurs en Arabie occidentale. Des communautes chretiennes, influencees par diverses traditions chretiennes orientales dont le Nestorianisme et le Monophysisme, etaient presentes dans le nord et l'est de l'Arabie. Et il y avait des individus connus sous le nom de hanifs qui rejetaient le polytheisme et recherchaient un monotheisme plus austere sans appartenir formellement aux communautes juives ou chretiennes.
L'organisation politique de l'Arabie pre-islamique etait radicalement decentralisee. L'Arabie n'avait pas d'Etat au sens moderne, aucune autorite politique globale capable de mobiliser les ressources de la peninsule dans une direction unifiee. Le pouvoir etait organise a travers des tribus, chacune avec son propre chef et son propre code de droits et d'obligations.
Muhammad Et L'essor de L'islam
Dans ce monde naquit Muhammad ibn Abdallah, vers 570 apres J.-C., membre du clan Hashim de la puissante tribu Quraysh qui dominait La Mecque. Orphelin jeune et eleve par des proches, Muhammad travailla comme marchand et se forga une reputation d'honneteté et de fiabilite qui lui valut le surnom d'al-Amin, le Digne de Confiance. Il epousa une veuve aisee nommee Khadija, qui avait environ quinze ans de plus que lui.
Vers l'an 610 apres J.-C., alors qu'il meditait dans une grotte sur le Mont Hira a l'exterieur de La Mecque, Muhammad eprouva ce que lui et ses adeptes consideraient comme la premiere d'une serie de revelations divines delivrees par l'archange Gabriel. Le message etait radical dans sa simplicite et ses implications: il n'y avait qu'un seul Dieu, Allah, et Muhammad etait Son messager. Ce monotheisme s'attaquait au coeur de l'ordre religieux et economique de La Mecque, dont la prosperite etait en partie basee sur son role de centre de pelerinage au sanctuaire polytheiste de la Kaaba. L'elite Quraysh resista vigoureusement a la predication de Muhammad, et les premiers musulmans firent face a la persecution et a l'ostracisme social.
Le tournant vint en 622 apres J.-C. avec la Hijra, la migration de Muhammad depuis La Mecque vers la ville de Medine, a quelque trois cents kilometres au nord. Cette migration marque le debut du calendrier islamique et represente le moment ou l'Islam se transforma d'un mouvement religieux persecute en une communaute politique capable d'exercer le pouvoir. A Medine, Muhammad servit non seulement comme prophete mais comme leader politique et militaire.
Les musulmans livrerent une serie de batailles contre les Mekkois et leurs allies, notamment a Badr en 624 apres J.-C., ou une petite force musulmane battit une armee mekkoise bien plus grande. En 628 apres J.-C. l'equilibre des forces avait suffisamment change pour que Muhammad et les Mekkois negocient le Traite de Hudaybiyya. Deux ans plus tard, les forces de Muhammad marcherent sur La Mecque et la prirent pratiquement sans resistance. La Kaaba fut videe de ses idoles et dediee a Allah seul.
Muhammad mourut a Medine en juin 632 apres J.-C., laissant derriere lui une communaute religieuse qui controlait la majeure partie de l'Arabie mais n'avait pas encore resolu la question de la succession politique. Muhammad n'avait pas laisse d'heritier designe et n'avait pas clairement etabli un mecanisme pour selectionner ses successeurs. Cette ambiguite allait creer les lignes de fracture le long desquelles l'Islam se diviserait en ses branches sunnite et chiite.
Les Guerres Ridda Et Abu Bakr: Consolidation de la Base Arabique
La mort de Muhammad declencha une crise immediate. De nombreux chefs tribaux qui s'etaient soumis a l'autorite musulmane du vivant de Muhammad consideraient leur allégeance comme un lien personnel avec le Prophete lui-meme plutot qu'un engagement permanent envers la communaute politique islamique. Quand Muhammad mourut, ils se declarerent liberes de leurs obligations, refuserent de payer la zakat et dans certains cas renoncèrent completement a l'Islam.
La reponse d'Abu Bakr, le beau-pere de Muhammad et son plus proche compagnon, qui avait ete selectionne comme premier calife, fut immediate et decisive. Abu Bakr declara que les apostats devaient retourner dans le giron ou faire face a la guerre, et organisa une serie de campagnes militaires connues collectivement sous le nom de Guerres Ridda, les Guerres d'Apostasie, qui durerent de 632 a 633 apres J.-C. Le commandant militaire le plus responsable de leur succes fut Khalid ibn al-Walid, un ancien aristocrate et general mekkois qui s'etait converti a l'Islam et s'etait avere le commandant militaire le plus doue de la periode islamique primitive.
Khalid ibn al-Walid battit le prophete rival Musaylima lors de la Bataille de Yamama en 632 apres J.-C. et supprima les diverses rebellions regionales dans toute la peninsule. En 633 apres J.-C., l'Arabie etait a nouveau unifiee sous l'autorite de Medine, et Abu Bakr dirigea les energies des armees musulmanes victorieuses vers les frontieres des grands empires.
La Conquete Du Levant Et de la Syrie
La premiere grande offensive arabe au-dela de la Peninsule Arabique etait dirigee contre les provinces byzantines de Syrie et de Palestine, une region que les Arabes appelaient al-Sham. La campagne commenca en 634 apres J.-C. sous le deuxieme calife Umar ibn al-Khattab, qui succeda a Abu Bakr a la mort de ce dernier. Umar s'avera etre un administrateur et organisateur militaire d'une capacite extraordinaire, l'architecte des structures qui gouverneraient l'Etat islamique en expansion pendant des generations.
Les forces arabes qui entrerent en Syrie etaient organisees en plusieurs colonnes sous des commandants dont Abu Ubayda ibn al-Jarrah et Amr ibn al-As, mais le leader militaire le plus decisif etait une fois encore Khalid ibn al-Walid. Les tactiques mobiles et centrees sur la cavalerie de Khalid s'avererent devastatrices contre les forces byzantines. Les Arabes remporterent une serie d'engagements precoces en 634 et 635 apres J.-C., capturant Damas et battant les forces byzantines en de multiples points.
L'empereur byzantin Heraclius reconnut la gravite de la menace et assembla une importante force expeditionnaire pour recuperer les territoires perdus. L'affrontement decisif vint sur la riviere Yarmouk en aout 636 apres J.-C.
La Bataille Du Yarmouk: Le Tournant a L'ouest
La Bataille du Yarmouk, livree sur six jours en aout 636 apres J.-C. pres du fleuve qui forme une partie des frontieres actuelles entre la Syrie, la Jordanie et Israel, fut l'un des engagements militaires les plus consequents de l'histoire du monde antique. L'armee byzantine, commandee par le general armenien Vahan, etait sensiblement plus grande que la force arabe qui lui faisait face et representait toute la puissance militaire que l'Empire Byzantin pouvait deployer pour defendre ses provinces syriennes. Les forces arabes, commandees par Khalid ibn al-Walid, etaient en inferiorite numerique mais possedaient des avantages tactiques significatifs en matiere de mobilite, de cohesion et de l'esprit combatif de guerriers convaincus de mener une guerre sainte.
La bataille se deroula sur six jours de combats intenses le long de la vallee du Yarmouk. Lors du dernier jour de la bataille, un assaut arabe devastateur brisa la ligne byzantine et l'ampleur de la defaite byzantine fut catastrophique. Les consequences du Yarmouk furent immediates et irreversibles. Sans armee, il ne restait plus de forces byzantines pour defendre la Syrie, la Palestine ou la Terre Sainte. Jerusalem se rendit au calife Umar en personne en 637 apres J.-C., evenement d'une immense importance symbolique puisque la ville etait sacree pour le Christianisme, le Judaisme et la tradition islamique naissante. En 640 apres J.-C., la conquete arabe du Levant etait essentiellement complete.
La Chute de L'empire Sassanide: la Conquete de la Perse Et de L'irak
Tandis que la conquete de la Syrie se deroulait a l'ouest, une campagne parallele detruisait l'Empire Perse Sassanide a l'est. L'Empire Sassanide etait a bien des egards un adversaire encore plus formidable que Byzance: il etait la puissance dominante du Moyen-Orient, l'heritier des anciennes traditions de la gouvernance imperiale perse, et le detenteur d'un systeme administratif sophistique, d'une armee professionnelle et de la vaste richesse agricole de la Mesopotamie.
L'Empire Sassanide en 632 apres J.-C. etait egalement en etat de grave crise politique. Les guerres contre Byzance avaient ete ruineusement couteuses, et le dernier grand roi sassanide, Khosrow II, avait ete renverse et tue par son propre fils en 628 apres J.-C. Dans les annees qui suivirent, l'empire connut une catastrophique crise de succession au cours de laquelle une serie de dirigeants s'eleva et tomba avec une rapidite vertigineuse.
La bataille decisive vint lors de la Bataille d'al-Qadisiyya en 636 apres J.-C., ou les forces arabes sous le commandement de Saad ibn Abi Waqqas affronterent la principale armee sassanide sous le general Rustam Farrokhzad. La force sassanide etait considerablement plus grande que l'armee arabe et comprenait des elephants de guerre, qui causerent initialement des perturbations considerables dans la cavalerie arabe. Mais apres plusieurs jours de combats, les Arabes parvinrent a neutraliser la menace des elephants et submergerent l'infanterie sassanide. Rustam fut tue dans les combats et l'armee sassanide s'effondra.
La chute d'al-Qadisiyya ouvrit la voie a la capitale sassanide de Ctesiphon, l'une des grandes villes du monde antique, situee pres de la ville moderne de Bagdad sur le Tigre. Ctesiphon tomba aux mains des forces arabes en 637 apres J.-C. apres un bref siege. Le dernier roi sassanide, Yazdegerd III, fuit vers l'est, tentant de rallier du soutien dans les provinces orientales de l'empire, mais ne trouva pas de refuge. Il fut assassine par un meunier local pres de la ville de Merv en Asie Centrale en 651 apres J.-C., mettant fin a la dynastie sassanide.
La Conquete de L'egypte: Le Nil Rejoint Le Califat
Tandis que les armees arabes achevaient leur conquete de la Syrie et detruisaient l'Empire Sassanide, une troisieme grande campagne se deroulait en Egypte, une province d'une importance strategique et economique extraordinaire. L'Egypte etait le grenier du monde byzantin, produisant des excedents de grain qui nourrissaient les populations de Constantinople et d'autres grandes villes.
La campagne fut menee par Amr ibn al-As, l'un des commandants les plus capables de la periode islamique primitive. Fin 639 apres J.-C., Amr dirigea une force d'environ quatre mille hommes a travers la Peninsule du Sinai vers l'Egypte. L'engagement cle fut la Bataille d'Heliopolis en 640 apres J.-C., ou les forces arabes battirent une armee byzantine. La forteresse de Babylone capitula en avril 641 apres J.-C. Alexandrie, la grande cite du monde mediterraneen et la deuxieme ville de l'Empire Byzantin, tomba en 642 apres J.-C. apres un siege de plusieurs mois. Les conditions de la reddition etaient relativement moderees: la garnison et les fonctionnaires byzantins furent autorises a se retirer par mer, et la population civile fut largement laissee sans etre inquietee.
La conquete de l'Egypte fut un coup catastrophique pour l'Empire Byzantin, le privant de sa province agricole la plus productive. La population chretienne copte d'Egypte, qui avait longtemps souffert sous la persecution religieuse byzantine de ses croyances monophysites, repondit a la conquete arabe par un melange d'acquiescement et de collaboration passive.
La Premiere Guerre Civile Et Le Califat Omeyyade
L'extraordinaire succes militaire des deux premieres decennies des conquetes arabes crea d'enormes richesses et un pouvoir considerable, et la distribution de ces richesses devint une source de conflit politique intense au sein de la communaute musulmane elle-meme. Les trois premiers califes avaient ete de proches compagnons de Muhammad tires de l'elite mekkoise: Abu Bakr (632-634 apres J.-C.), Umar ibn al-Khattab (634-644 apres J.-C.) et Uthman ibn Affan (644-656 apres J.-C.).
Le califat d'Uthman devint de plus en plus controverse a mesure que les conquetes produisaient d'enormes richesses que de nombreux musulmans estimaient etre distribuees injustement. Les critiques accusaient Uthman de nepotisme, remplissant des postes administratifs cles avec des membres de son propre clan omeyyade. En 656 apres J.-C. un groupe de rebelles assassina Uthman dans sa propre maison a Medine, un acte de sacrilege choquant qui plongea la communaute musulmane dans sa premiere guerre civile.
La succession passa a Ali ibn Abi Talib, cousin et gendre de Muhammad. Mais son califat fut immediatement conteste par Muawiya ibn Abi Sufyan, le gouverneur de Syrie, qui exigea qu'Ali amene les meurtriers d'Uthman devant la justice avant de prendre le pouvoir. Ali et Muawiya livrerent la bataille indecise de Siffin en 657 apres J.-C. En 661 apres J.-C., Ali fut assassine par un kharijite dans la mosquee de Kufa en Irak, et Muawiya ibn Abi Sufyan devint le calife inconteste, fondant la dynastie omeyyade qui gouvernerait le monde islamique jusqu'en 750 apres J.-C.
L'assassinat d'Ali et le martyre subsequent de son fils Husayn lors de la Bataille de Karbala en 680 apres J.-C. crea le schisme fondamental dans l'Islam entre les musulmans sunnites et chiites qui persiste jusqu'a nos jours. Les musulmans chiites considerent Ali comme le premier imam legitime et dirigeant de la communaute apres Muhammad. Les musulmans sunnites considerent les quatre premiers califes comme legitimes, les Califes Bien Guides.
L'expansion En Afrique Du Nord Et En Espagne
Sous la dynastie omeyyade, les conquetes arabes continuerent avec une energie implacable. Muawiya deplaca la capitale du califat de Medine a Damas, le transformant d'une polite principalement religieuse centree sur la Peninsule Arabique en un empire plus classiquement organise avec un centre de gravite syrien.
La conquete de l'Afrique du Nord fut plus prolongee et disputee que les campagnes anterieures contre la Syrie byzantine ou la Perse sassanide, principalement en raison de la feroce resistance de la population berbere indigene de la region. La resistance berbere la plus formidable fut menee par une figure connue sous le nom de la Kahina, une reine ou chef religieux berbere qui organisa une vaste coalition de tribus et infligea de lourdes defaites aux forces arabes dans les annees 680. La Kahina fut finalement vaincue et tuee vers 702 apres J.-C., et sa mort brisa l'epine dorsale de la resistance berbere organisee.
La phase suivante fut la conquete de l'Espagne. En 711 apres J.-C., une armee de guerriers arabes et berberes sous le commandement du general berbere Tariq ibn Ziyad traversa le detroit de Gibraltar, dont le nom est derive de l'arabe Jabal al-Tariq, signifiant La Montagne de Tariq. Les forces de Tariq battirent et tuerent le roi wisigoth Rodrigue lors de la Bataille de Guadalete en 711 apres J.-C., detruisant effectivement la resistance militaire wisigoth organisee en un seul engagement. En quelques annees, les forces arabes et berberes controlaient la majeure partie de la Peninsule Iberique. La province arabo-islamique d'Al-Andalus, avec sa capitale a Cordoue, devint l'une des civilisations medievales les plus sophistiquees et cosmopolites du monde.
La Bataille de Tours Et Les Limites de L'expansion
Des raids arabes avaient sonde au nord des Pyrenees vers le royaume franc depuis l'achevement de la conquete de l'Espagne, et en 732 apres J.-C. une force importante sous Abd al-Rahman al-Ghafiqi lanca une importante incursion en territoire franc. La reponse franque fut organisee par Charles Martel, le dirigeant de facto du royaume franc. Charles assembla une force d'infanterie et de cavalerie franques et rencontra l'armee arabo-berbere quelque part entre Tours et Poitiers en octobre 732 apres J.-C. La bataille qui s'ensuivit resulta en une decisive victoire franque. Abd al-Rahman al-Ghafiqi fut tue dans les combats et la force arabo-berbere se retira au sud des Pyrenees.
La Bataille de Tours marqua la limite effective de l'expansion arabe en occident. La propre dynastic omeyyade s'effondra en 750 apres J.-C., renversee par une revolution menee par la famille abbasside. La revolution abbasside mit fin a la domination omeyyade partout sauf en Espagne, ou un prince omeyyade survivant, Abd al-Rahman Ier, etablit un emirat independant.
L'impact Des Conquetes Arabes Sur la Civilisation
Les conquetes arabes n'etaient pas simplement un changement de dirigeants: elles initierent une profonde transformation des anciennes civilisations qui modifia les langues, les religions, les cultures et les structures politiques de la moitie du monde antique.
L'effet a long terme le plus visible fut la diffusion de la langue arabe. L'arabe, qui avait ete la langue d'une population relativement petite de guerriers et marchands tribaux arabes, devint au cours de deux a trois siecles la langue parlee et ecrite dominante de tout le Moyen-Orient et de l'Afrique du Nord. Cette transformation linguistique ne fut pas accomplie par la seule force. L'arabe etait la langue du Coran, le texte sacre de l'Islam, et apprendre l'arabe etait donc une necessite religieuse et pratique pour les convertis a la nouvelle foi.
La diffusion de l'Islam elle-meme fut un processus plus graduel que la memoire populaire ne le suggere souvent. Les conquerants arabes ne forcaient generalement pas leurs sujets a se convertir a la pointe de l'epee, pour la raison tres pratique que l'Etat islamique primitif tirait des revenus significatifs de la jizya, un impot par tete paye par les sujets non musulmans, connus sous le nom de dhimmis, en echange du droit de pratiquer leur propre religion sous la domination musulmane. Le systeme dhimmi crea une hierarchie structuree dans laquelle les chretiens, les juifs et les zoroastriens pouvaient maintenir leurs communautes et leur foi tout en vivant comme des sujets de seconde classe de l'Etat islamique.
La Transformation Des Civilisations Conquises
La relation entre les conquerants arabes et les populations conquises n'etait pas une simple domination et soumission. C'etait un processus complexe et multidirectionnel d'echanges culturels dans lequel les Arabes absorberent autant qu'ils transformerent. La sophistication de la culture administrative perse, la tradition philosophique grecque preservee dans l'erudition byzantine et syriaque, et les traditions agricoles et artisanales de l'Egypte et du Croissant Fertile fagonnerent profondement la civilisation qui emergea de la rencontre entre l'Islam arabe et le monde antique.
L'absorption de la culture administrative perse fut particulierement importante. Les conquerants arabes héritèrent de l'appareil bureaucratique sassanide et reconnurent rapidement que diriger un grand empire necessitait les techniques administratives sophistiquees que les Perses avaient developpees pendant des siecles.
La rencontre avec la philosophie et la science grecques, transmises par l'intermediaire de savants chretiens de langue syriaque, initia le grand mouvement de traduction des VIIIe et IXe siecles. Sous le patronage des califes abbassides, les savants traduisirent les principales oeuvres de la philosophie, des mathematiques, de la medecine et de l'astronomie grecques en arabe. Les mathematiciens islamiques developperent l'algebre, un mot derive de l'arabe al-jabr. Les philosophes islamiques se confronterent a la relation entre la raison et la revelation de maniere a influencer profondement la scolastique medievale europeenne.
L'heritage Durable Des Conquetes Arabes
Les conquetes arabes des VIIe et VIIIe siecles apres J.-C. ont cree la geographie politique et culturelle du monde islamique qui persiste, dans ses grandes lignes fondamentales, jusqu'a nos jours. Les pays qui forment aujourd'hui le monde arabe, du Maroc a l'ouest a l'Irak a l'est, sont arabes en langue et musulmans en religion en consequence directe des conquetes de cette periode.
Les conquetes ont egalement fondamentalement remodele l'identite des peuples qu'elles ont absorbes. Les Egyptiens qui s'etaient identifies comme Coptes et qui avaient maintenu des traditions culturelles continues remontant a la periode pharaonique se transformerent progressivement en musulmans de langue arabe. Les Perses, de maniere unique parmi les principaux peuples conquis, maintinrent leur identite linguistique grace au developpement d'une nouvelle langue litteraire persane, produisant une civilisation perso-islamique distinctive qui devint l'une des grandes realisations du monde medieval.
Les conquetes arabes furent, en derniere analyse, l'un de ces rares evenements de l'histoire qui diviserent definitivement le recit humain en un avant et un apres. Le monde de 632 apres J.-C., avec les empires byzantin et sassanide se partageant le Moyen-Orient entre eux et l'Islam confine a la Peninsule Arabique, etait absolument different du monde de 750 apres J.-C., avec un seul Etat islamique s'etendant de l'Atlantique aux frontieres de l'Inde. Pour comprendre le Moyen-Orient moderne, l'Afrique du Nord, l'Iran et les schemas plus larges de l'histoire mondiale, il faut comprendre les conquetes arabes qui ont rendu ce monde possible.
Sources
https://www.countryreports.org https://www.worldhistory.org/article/1571/early-muslim-conquests-622-656-ce/ https://www.worldhistory.org/article/1563/battle-of-yarmouk/ https://openstax.org/books/world-history-volume-1/pages/11-2-the-arab-islamic-conquests-and-the-first-islamic-states https://www.britannica.com/event/Battle-of-al-Qadisiyyah https://www.britannica.com/biography/Amr-ibn-al-As https://www.britannica.com/event/Battle-of-Tours-732 https://kpu.pressbooks.pub/ancientandmedievalworld/chapter/the-rashidun-and-the-early-muslim-conquests/ https://courses.lumenlearning.com/suny-hccc-worldcivilization/chapter/muhammads-successors/ https://historycooperative.org/the-battle-of-yarmouk-river/

English
Español
中文
हिन्दी
Français