
Les Guerres Indo-Pakistanaises: Une Histoire de Partition, de Conflit Et de Rivalite Irresolu
Peu de relations entre Etats dans le monde moderne ont ete aussi persistamment hostiles, ni n'ont engendre autant de souffrances humaines, que la relation entre l'Inde et le Pakistan. Depuis le moment de leur creation simultanee en aout 1947, ces deux pays se sont livre quatre guerres conventionnelles, ont participe a un conflit de haute intensite dans les hauteurs de l'Himalaya, et ont accumule des arsenaux nucleaires qui rendent toute escalade future potentiellement catastrophique. Le differend fondamental au coeur de leur inimitie, la question du statut de l'ancienne principaute de Jammu-et-Cachemire, demeure aussi difficile a resoudre aujourd'hui qu'elle l'etait dans les premieres semaines de l'independance.
Comprendre les guerres indo-pakistanaises exige de comprendre le contexte dans lequel ces deux nations ont pris naissance. La Grande-Bretagne, qui avait gouverne le sous-continent indien pendant des siecles, transmit le pouvoir dans des conditions d'extreme hate, au milieu de violences sectaires qui dechiraient deja les communautes et envoyaient des flots de refugies a travers des frontieres nouvellement tracees. La partition de l'Inde britannique en deux Etats independants, l'Union indienne et le Dominion du Pakistan, ne fut pas simplement un acte administratif: ce fut une rupture catastrophique du tissu social qui avait, malgre ses tensions, maintenu unie l'une des civilisations les plus diverses du monde. Les consequences de cette rupture ont defini la politique de l'Asie du Sud pendant pres de huit decennies, et continuent de le faire au vingt-et-unieme siecle.
Les quatre guerres conventionnelles entre l'Inde et le Pakistan se deroulèrent en 1947-1948, 1965, 1971 et 1999. Chacune avait ses causes specifiques, ses contingences, ses erreurs de calcul et ses consequences. Mais toutes trouvaient leur origine dans le meme ensemble de differends non resolus nes de la partition: la question du Cachemire, l'identite du Pakistan en tant qu'Etat islamique et les implications que cela avait pour les relations entre minorites au sein des nations, et l'asymetrie de puissance qui exigeait que l'Etat plus petit cherche des moyens de compenser la superiorite indienne en population, en economie et en capacite militaire. Cette asymetrie fondamentale a façonne chaque decision strategique prise par le Pakistan, depuis la recherche d'armes nucleaires jusqu'au parrainage de groupes militants comme instruments de politique etrangere non conventionnelle.
L'impact humain des conflits indo-pakistanais est difficile a quantifier entierement. Des dizaines de milliers de soldats sont morts sur les champs de bataille. Des centaines de milliers de civils ont ete deplaces. L'insurrection au Cachemire qui a commence en 1989 a coute plus de quarante mille vies en trois decennies. Les couts economiques, tant des guerres elles-memes que de la competition armee permanente qui les accompagne, ont detourne des ressources dont avaient desesprement besoin des pays qui abritent certains des taux de pauvrete les plus eleves du monde. Le conflit indo-pakistanais n'est pas seulement un differend entre gouvernements: c'est une tragedie humaine permanente qui touche des centaines de millions de personnes vivant dans son ombre.
Cet article retrace l'histoire des guerres indo-pakistanaises depuis leurs origines dans la partition jusqu'aux affrontements modernes du vingt-et-unieme siecle, en analysant les causes de chaque conflit, le deroulement des operations militaires et les consequences diplomatiques et strategiques qui ont façonne la region de l'Asie du Sud.
Origines Du Conflit: la Partition de 1947
L'Inde britannique dans son apogee etait un territoire vaste et extraordinairement divers, gouverne par la Couronne britannique directement ou indirectement par l'intermediaire de centaines d'Etats princiers qui entretenaient des relations de vassalite avec la puissance imperiale. Lorsque la Seconde Guerre mondiale prit fin et que la position internationale de la Grande-Bretagne se trouva irremediablement affaiblie, le projet du raj britannique approchait de sa fin. Les negociations sur l'independance de l'Inde s'etaient prolongees pendant des decennies, mais en 1947, le gouvernement travailliste de Clement Attlee prit la decision de transferer le pouvoir rapidement, nommant l'amiral Lord Louis Mountbatten comme dernier vice-roi charge de mener a bien la transition.
Le probleme central auquel faisaient face Mountbatten et les dirigeants indiens etait de savoir comment concilier les exigences de la Ligue musulmane sous Muhammad Ali Jinnah avec celles du Parti du Congres national indien sous Jawaharlal Nehru et Mahatma Gandhi. Jinnah avait soutenu depuis au moins 1940, dans son discours de Lahore et dans les annees suivantes, que les musulmans de l'Inde formaient une nation separee des hindous, avec une histoire distincte, une civilisation distincte et un destin politique distinct. La theorie des deux nations soutenue par la Ligue musulmane affirmait que les hindous et les musulmans ne pouvaient coexister dans un seul Etat democratique sans que la communaute la plus grande domine la plus petite. Par consequent, la partition de l'Inde britannique en un Etat a majorite hindoue et un Etat a majorite musulmane etait, dans la vision de Jinnah, non seulement souhaitable mais absolument necessaire.
Le Congres s'opposa energiquement a la theorie des deux nations, soutenant que l'Inde etait et avait toujours ete une civilisation plurielle englobant de multiples religions et cultures. Gandhi, en particulier, rejeta la partition comme une trahison de tout ce que le mouvement d'independance avait represente. Mais en 1947, alors que les troubles religieux se repandaient dans tout le sous-continent et que l'horloge du gouvernement britannique tournait vers zero, la partition etait devenue inevitable.
La ligne Radcliffe, qui divisa les provinces du Pendjab et du Bengale entre l'Inde et le Pakistan, fut tracee par Sir Cyril Radcliffe, un avocat britannique qui n'avait jamais visite l'Inde avant de recevoir la mission. Il travailla pendant six semaines, sans cartes adequates, sans donnees demographiques completes, et devant equilibrer les exigences concurrentes des communautes hindoues, musulmanes et sikhes qui avaient longtemps vecu entrelacees dans des villages et des villes a travers les zones qui devaient maintenant etre divisees. Le resultat fut une frontiere qui, inevitablement, laissa des millions de personnes du mauvais cote: des musulmans en Inde qui auraient prefere etre au Pakistan, des hindous et des sikhs au Pakistan qui auraient prefere etre en Inde.
Les consequences furent catastrophiques. Le mouvement de refugies qui suivit la partition fut l'un des deplacements de population les plus importants de l'histoire humaine. On estime qu'entre dix et dix-sept millions de personnes traverserent les nouvelles frontieres dans les deux sens. Les trains transportaient les refugies et leurs assassins. Les villages se viderent. Les emeutes entre hindous, sikhs et musulmans firent des centaines de milliers de morts, certaines estimations elevant le chiffre a un million ou plus pour la courte periode d'aout a novembre 1947. Le Pendjab, qui avait ete divise par la ligne Radcliffe, connut les violences les plus intenses. Des maisons, des mosquees, des temples et des gurdwaras furent incendies. Des femmes furent agressees en nombre que l'histoire a tarde a reconnaître pleinement.
En plus des provinces constituant les territoires de transfert direct, le sous-continent abritait plus de cinq cents Etats princiers de tailles diverses, gouvernes comme des Etats semi-autonomes sous la supervision britannique. Ces Etats devaient maintenant choisir de s'integrer a l'Inde ou au Pakistan. En theorie, le choix devait suivre la volonte du souverain, bien qu'avec la presomption qu'il prendrait en compte la composition demographique de sa population et la contiguïte geographique avec l'un ou l'autre des nouveaux Etats. En pratique, la plupart des Etats s'integrerent de maniere relativement routiniere. Le cas qui allait devenir source de guerre fut celui de Jammu-et-Cachemire.
Jammu-et-Cachemire etait un Etat princier a la composition demographique complexe: le souverain, le maharaja Hari Singh, etait hindou, mais la majorite de la population etait musulmane, surtout dans la vallee du Cachemire. Du point de vue du Pakistan, le Cachemire faisait manifestement partie du destin du nouvel Etat musulman: il etait majoritairement musulman, jouxtait le Pakistan, et son inclusion etait essentielle tant pour la viabilite geographique du Pakistan que pour la logique de la theorie des deux nations qui avait justifie l'existence meme du pays. Du point de vue de l'Inde, le Cachemire etait tout aussi significatif: son inclusion etait la preuve que l'Inde pouvait etre un Etat seculier transcendant l'identite religieuse, et son exclusion aurait refute l'argument du Congres selon lequel les musulmans pouvaient avoir un avenir en Inde.
Hari Singh temporisa, esperant peut-etre l'independance totale ou du moins le temps de negocier de meilleures conditions avec l'un des deux nouveaux Etats. Son indecision ne dura que quelques semaines avant que les evenements ne la rendent sans objet.
La Premiere Guerre Indo-Pakistanaise (1947-1948): la Guerre Du Cachemire
En octobre 1947, des milices tribales pakistanaises, composees principalement de guerriers pachtounes de la Province de la Frontiere du Nord-Ouest, avec le soutien logistique de l'armee pakistanaise et la probable connivence des autorites pakistanaises, envahirent l'Etat princier de Jammu-et-Cachemire. Elles avancerent rapidement vers le sud et l'est, pillant et brulant sur leur passage, et menacerent bientot la capitale, Srinagar.
Le maharaja Hari Singh, pris de panique et desespere par l'aide militaire indienne, accepta de signer l'Instrument d'adhesion qui rattachait formellement Jammu-et-Cachemire a l'Union indienne. Lord Mountbatten, qui avait agi en tant que gouverneur general de l'Inde au cours des premieres annees de l'independance, accepta l'adhesion au nom de l'Inde a la condition que la question finale du statut du Cachemire soit determinee par referendum populaire une fois l'ordre retabli. Des troupes indiennes furent transportees par avion a Srinagar le 27 octobre 1947, arrivant a peine avant que les forces tribales ne puissent s'emparer de l'aeroport.
Ce qui suivit fut la premiere guerre indo-pakistanaise, un conflit qui s'etira jusqu'en janvier 1949. Les forces indiennes, mieux equipees et organisees que les irreguliers tribaux auxquels elles faisaient face, reconquirent progressivement le terrain et repoussèrent les forces envahissantes. Vers la fin de 1947, cependant, les combats avaient atteint une impasse. Le Pakistan commenca a engager de plus en plus de forces militaires regulieres, et le caractere du conflit evolua d'une action irreguliere vers une guerre plus conventionnelle dans certains secteurs.
L'Inde porta la question devant le Conseil de securite des Nations Unies en janvier 1948, esperant une condamnation internationale du soutien pakistanais aux envahisseurs tribaux. Le resultat fut plus complexe. La Resolution 47 du Conseil de securite, adoptee le 21 avril 1948, crea la Commission des Nations Unies pour l'Inde et le Pakistan et exigea un cessez-le-feu, suivi du retrait des forces tribales et pakistanaises, avec le retrait subsequent de la majeure partie des forces indiennes, le tout comme prelude a un plebiscite supervise par l'ONU dans lequel le peuple du Cachemire choisirait son avenir. Le cessez-le-feu entra en vigueur le 1er janvier 1949. La ligne le long de laquelle les forces s'arreterent devint la Ligne de cessez-le-feu, qui serait plus tard rebaptisee Ligne de controle.
Le plebiscite ne fut jamais organise. L'Inde et le Pakistan ne parvinrent jamais a s'entendre sur les conditions de retrait exigees pour rendre le referendum possible, et chaque partie blama l'autre pour cet echec. L'Inde argumenta que le refus du Pakistan de retirer ses forces selon les termes de la resolution invalida l'obligation d'un plebiscite. Le Pakistan soutint que le plebiscite demeurait contraignant en vertu du droit international. Ce differend sur la question de savoir si les resolutions de l'ONU constituent toujours la base juridique pour la resolution de la question du Cachemire, ou si elles ont ete supersedees par des accords ulterieurs, reste actif a ce jour et constitue une source constante de frictions diplomatiques.
La premiere guerre laissa le territoire du Cachemire divise de facto: l'Inde controlait la vallee du Cachemire, le Jammu et le Ladakh, tandis que le Pakistan controlait la portion occidentale et nord-occidentale de l'ancien Etat princier. Les deux parties revendiquaient la souverainete sur la totalite de l'ancien Etat. Cette division gelee devint l'enjeu permanent des relations indo-pakistanaises, et la source de tous les conflits ulterieurs.
La Deuxieme Guerre Indo-Pakistanaise (1965): Operation Gibraltar Et la Guerre de Septembre
Les dix-sept annees qui separerent la premiere et la deuxieme guerre indo-pakistanaise ne furent pas une periode de reconciliation mais d'accumulation de tensions, de griefs et de preparation militaire. Le Pakistan rechercha des alliances avec les Etats-Unis pendant la Guerre froide, devenant membre de l'OTASE et du CENTO et recevant une aide militaire americaine substantielle. L'Inde poursuivit une politique de non-alignement sous Nehru, mais rechercha et obtint des armements et des equipements aupres de diverses sources, dont l'Union sovietique.
Le conflit de 1965 fut precipite par une combinaison de facteurs. Le Pakistan, sous la presidence du general Ayub Khan, avait emerge des annees 1950 avec une armee professionnelle bien equipee et crut qu'une action audacieuse pourrait modifier la situation du Cachemire en sa faveur avant que la superiorite economique et industrielle a long terme de l'Inde ne rende une telle action impossible. Les performances inegales de l'armee indienne dans la guerre contre la Chine en 1962, dans laquelle l'Inde subit une defaite humiliante dans les differends frontaliers de l'Himalaya, convainquirent les planificateurs militaires pakistanais que l'armee indienne etait moins redoutable qu'elle ne le paraissait.
L'Operation Gibraltar fut la premiere phase de la strategie pakistanaise. En aout 1965, quelque cinq mille hommes, principalement des soldats reguliers pakistanais en civil et meles a des moudjahidines locaux du Cachemire, s'infiltrerent a travers la Ligne de cessez-le-feu vers le cote indien du Cachemire. Leur mission etait d'inciter a une insurrection des musulmans cachemiriens contre la domination indienne, de fournir des cadres d'encadrement pour le soulevement et de saboter les installations militaires et de communication indiennes. Les planificateurs pakistanais etaient confiants que les Cachemiriens se souleVeraient massivement une fois que les infiltres montraient la voie.
Le calcul fut fatalement errone. Les Cachemiriens du cote indien ne se souleVèrent pas en insurrection massive. De nombreux infiltres furent detectes et signa es par des civils locaux. L'armee indienne repondit rapidement et decisvement, franchissant la Ligne de cessez-le-feu pour capturer les postes pakistanais d'ou l'infiltration avait ete lancee. L'echec de l'Operation Gibraltar poussa le leadership pakistanais vers la deuxieme phase de sa strategie.
Le 1er septembre 1965, le Pakistan lança l'Operation Grand Slam, une offensive blindee dans la region de Chhamb visant a couper le couloir d'Akhnoor et a isoler les forces indiennes au Cachemire. L'offensive connut initialement du succes, capturant du terrain et menacant d'encercler les forces indiennes dans la region. L'Inde repondit par une decision strategique audacieuse: plutot que de se limiter au theatre du Cachemire, elle ordonna a ses forces d'attaquer a travers la frontiere internationale vers le coeur du Pendjab pakistanais, menacant directement Lahore, la deuxieme plus grande ville du Pakistan.
L'assaut indien vers Lahore transforma le conflit d'une dispute territoriale limitee sur le Cachemire en une guerre a grande echelle sur plusieurs fronts. Les combats les plus intenses se deroulèrent dans la region de Sialkot, ou se livra la bataille d'Asal Uttar, l'un des plus grands combats de chars depuis la Seconde Guerre mondiale. Les forces pakistanaises deploierent leurs modernes chars Patton de fabrication americaine, tandis que l'Inde utilisait un melange de chars Centurion de fabrication britannique et de Sherman modifies. Les Pakistanais subirent des pertes substantielles de chars lors des combats d'Asal Uttar.
La guerre continua avec intensite pendant dix-sept jours avant que le Conseil de securite de l'ONU ne reussisse a negocier un cessez-le-feu le 22 septembre 1965. Aucun des deux camps n'avait atteint ses objectifs. Le Pakistan n'avait pas reussi a modifier la situation du Cachemire. L'Inde n'avait pas reussi a remporter une victoire decisive au Pendjab. Les deux parties subirent des pertes significatives en hommes et en materiel. L'accord de Tachkent, negocie sous les auspices sovietiques en janvier 1966 avec le premier ministre sovietique Alexei Kossyguine comme mediateur, retablit le statu quo ante bellum.
La Troisieme Guerre Indo-Pakistanaise (1971): la Creation Du Bangladesh
La guerre de 1971 fut la plus decisive de tous les conflits indo-pakistanais. Commencee comme une crise interieure pakistanaise, elle devint une guerre internationale de douze jours qui resulta en la defaite et le demembrement du Pakistan et la naissance d'une nouvelle nation, le Bangladesh. Ce fut egalement la plus grande reddition de forces armees de l'histoire de l'Asie depuis la Seconde Guerre mondiale.
Les origines de la guerre se trouvent dans les profondes divisions entre les deux ailes du Pakistan: le Pakistan occidental, ou residait le pouvoir militaire et politique du pays, et le Pakistan oriental, qui abritait la majorite de la population du Pakistan mais se sentait systematiquement marginalisee economiquement, politiquement et culturellement. Le Pakistan oriental, c'est-a-dire le Bengale oriental, avait fourni la majeure partie des recettes d'exportation du Pakistan grace aux exportations de jute, mais avait recu une proportion disproportionnellement faible des depenses de developpement du gouvernement. Les Bengalis orientaux, qui parlaient le bengali plutot que l'ourdou, avaient le sentiment que leur culture et leur identite etaient traitees comme inferieures par l'establishment du Pakistan occidental.
Les elections generales pakistanaises de decembre 1970, premieres elections libres et equitables de l'histoire du Pakistan, produisirent un resultat qu'aucune des deux ailes ne pouvait facilement accepter. La Ligue Awami, dirigee par Sheikh Mujibur Rahman et ne se presentant qu'au Pakistan oriental, remporta une majorite absolue des sieges a l'assemblee nationale, ce qui lui donnait le droit constitutionnel de former un gouvernement au niveau federal. Le Parti du peuple pakistanais de Zulfikar Ali Bhutto, la deuxieme force, refusa de reconnaitre ce resultat, affirmant que la Ligue Awami, sans sieges au Pakistan occidental, ne pouvait gouverner l'ensemble du Pakistan. Le general Yahya Khan, le president militaire du Pakistan, reporte la convocation de l'assemblee indefiniment.
La crise politique atteignit un point de rupture en mars 1971. Sheikh Mujibur Rahman lanca un mouvement de desobeissance civile massive au Pakistan oriental qui paralysa effectivement la machinerie gouvernementale dans la region. Les demandes de la Ligue Awami d'autonomie reelle ou d'independance rassemblerent le soutien de dizaines de millions de Bengalis orientaux.
Dans la nuit du 25 au 26 mars 1971, l'armee pakistanaise lanca l'Operation Projecteur, une attaque armee contre la population bengali du Pakistan oriental. L'operation fut deliberement brutale: des unites de l'armee attaquerent l'Universite de Dhaka, massacrant etudiants et professeurs. Des quartiers hindous de Dhaka furent razes. Mujibur Rahman fut arrete et transfere au Pakistan occidental. La repression, que les recherches ulterieures ont liee a des centaines de milliers de morts selon les estimations les plus conservatrices et jusqu'a trois millions selon les estimations les plus elevees, engendra la naissance d'un mouvement de resistance arme, le Mukti Bahini.
La crise creait une pression insoutenable sur l'Inde. Les refugies commencerent a franchir la frontiere depuis le Pakistan oriental vers l'Inde par millions, jusqu'a ce que l'estimation atteignit dix millions de personnes deplaces vers les Etats indiens du Bengale occidental, du Tripura et de l'Assam vers la fin de 1971. Le gouvernement d'Indira Gandhi, bien qu'initialement prudent quant a l'engagement de forces directes, commenca a fournir formation, armes et soutien aux forces du Mukti Bahini et aux forces du nouveau gouvernement provisoire du Bangladesh qui avait proclame l'independance.
Le Pakistan, reconnaissant l'intervention indienne croissante, lanca une attaque preventive le 3 decembre 1971, attaquant des bases aeriennes indiennes le long du front occidental dans une tentative d'eliminer la puissance aerienne indienne au sol, a la maniere de l'attaque israelienne sur les Arabes dans la guerre de 1967. L'attaque echoua. L'Inde repondit sur les deux fronts, declarant la guerre totale et lancant une grande offensive au Pakistan oriental avec ses propres forces terrestres et aeriennes, en coordination avec le Mukti Bahini.
La campagne militaire au Pakistan oriental fut etonnamment rapide. Les forces indiennes, operant en coordination avec les guerilleros du Mukti Bahini qui connaissaient le terrain, encerclerent et isolerent les defenseurs pakistanais dans les centres urbains. Le general Amir Abdullah Khan Niazi, commandant des forces pakistanaises au Pakistan oriental, se rendit le 16 decembre 1971 a Dhaka dans ce que l'on appela formellement l'Instrument de reddition.
Le nombre de soldats pakistanais qui se rendirent etait de quatre-vingt-treize mille, la plus grande capitulation militaire depuis la Seconde Guerre mondiale en Asie. Le Bangladesh emergea comme nation independante.
L'accord de Simla (1972) Et Son Heritage Conteste
L'accord d'apres-guerre fut incarne dans l'Accord de Simla, signe le 2 juillet 1972 par la Premiere Ministre Indira Gandhi et le President pakistanais Zulfikar Ali Bhutto, qui avait emerge des decombres de 1971 comme le nouveau dirigeant civil du Pakistan. L'accord fut un document diplomatique historique, bien qu'il ait ete interprete tres differemment par les deux parties depuis lors.
L'accord stipulait que l'Inde et le Pakistan resoudraient tous les differends bilateralement, sans recourir a la mediation de tiers. Cela fut crucial du point de vue de l'Inde car cela ecartait effectivement les resolutions des Nations Unies sur le Cachemire, notamment la Resolution 47 et son appel a un plebiscite. Du point de vue de l'Inde, l'Accord de Simla superseda les resolutions de l'ONU et engagea le Pakistan a resoudre la question du Cachemire par des negociations bilaterales directes. Le Pakistan a constamment conteste cette interpretation, soutenant que les resolutions de l'ONU demeurent un droit international valide.
L'accord convertit egalement la ligne de cessez-le-feu de 1971 au Cachemire en ce que les deux parties accepterent d'appeler la Ligne de controle, et les deux s'engagèrent a respecter cette ligne sans tenter de la modifier unilatEralement. Les quatre-vingt-treize mille prisonniers de guerre pakistanais furent finalement rapatries. Bhutto promit de reconnaitre le Bangladesh, engagement rempli en fevrier 1974.
L'Accord de Simla ne resolut pas la question du Cachemire. Ce qu'il fit fut d'etablir un cadre: dialogue bilateral et respect de la Ligne de controle. L'Inde a constamment invoque l'Accord de Simla comme le cadre definitif. Le Pakistan a soutenu que des decennies de pourparlers bilateraux ont echoue et que la mediation internationale reste necessaire.
Le Pakistan qui emergea de 1971 fut profondement traumatise. La perte du Pakistan oriental, qui avait contenu la majorite de la population pakistanaise, ne fut pas simplement une defaite militaire mais une catastrophe existentielle qui remit en question la theorie des deux nations sur laquelle le Pakistan avait ete fonde. Si l'islam etait le fondement de l'identite nationale pakistanaise, pourquoi les Bengalis musulmans avaient-ils choisi de se separer et de creer leur propre nation? La blessure philosophique fut profonde. La route de l'Instrument de reddition a Dhaka en decembre 1971 jusqu'aux essais nucleaires de Chagai en mai 1998 suit une ligne strategique directe.
Le Conflit de Kargil (mai-Juillet 1999): la Guerre Dans Les Nuages
Le conflit de Kargil de 1999 fut le plus alarmant de tous les conflits indo-pakistanais, non pas en raison de son echelle de pertes mais en raison du contexte dans lequel il se deroula. Pour la premiere fois depuis l'aube de l'ere nucleaire, deux Etats armes d'armes nucleaires s'engagèrent dans un combat militaire direct et soutenu, soulevant la question de savoir si la dissuasion nucleaire pourrait tenir face aux pressions d'une guerre conventionnelle entre rivaux achernes.
Les antecedents de Kargil se trouvent dans la fin des annees 1990. Les essais nucleaires indiens a Pokhran en mai 1998, connus sous le nom d'Operation Shakti ou Pokhran-II, ebranlèrent le monde. L'Inde realisa cinq essais entre le 11 et le 13 mai 1998, se declarant ouvertement comme Etat dote d'armes nucleaires. Le Pakistan repondit en quelques semaines, effectuant six essais nucleaires a Chagai, dans le Baloutchistan, les 28 et 30 mai 1998. Les deux nations avaient franchi le seuil nucleaire presque simultanement. L'Asie du Sud etait desormais ouvertement nucleaire.
Sur cet arriere-plan, un developpement diplomatique extraordinaire se produisit: le Premier Ministre indien Atal Bihari Vajpayee se rendit a Lahore en bus en fevrier 1999, inaugurant le premier service d'autocar entre l'Inde et le Pakistan et signant la Declaration de Lahore avec le Premier Ministre pakistanais Nawaz Sharif, engageant les deux nations a resoudre leurs differends pacifiquement et a prendre des mesures pour reduire le risque nucleaire. Il sembla brievement que le sous-continent pourrait s'eloigner du gouffre.
Le conflit de Kargil demontra que dans les coulisses, l'armee pakistanaise avait planifie un tout autre plan d'action. Des soldats pakistanais, troupes regulieres de l'Infanterie legere du Nord completees par des combattants d'organisations militantes, avaient pendant l'hiver 1998-1999 s'infiltre a travers la Ligne de controle vers le secteur Kargil-Dras-Mushkoh-Batalik du cote indien au Ladakh. Ils occupèrent des centaines de pics et de cretes strategiques a des altitudes comprises entre quatre mille et cinq mille metres, surplombant la Route nationale 1A, la seule route reliant la region du Ladakh au reste de l'Inde. Le controle de ces hauteurs donnait aux infiltres la capacite d'interdire les lignes d'approvisionnement militaires indiennes, menacant d'isoler toute la region.
L'intrusion fut decouverte debut mai 1999 par des bergers locaux indiens et des patrouilles de l'armee indienne qui constatèrent que des positions habituellement vacantes pendant l'hiver avaient ete occupees par des infiltres armes. L'armee indienne lanca l'Operation Vijay pour reconquerir les positions occupees. Les combats a des altitudes de quatre mille a cinq mille metres imposèrent des exigences physiques extraordinaires aux soldats des deux parties. Les soldats indiens devaient attaquer en montant, sur des rochers nus et de la glace, contre des positions retranchees defendues par des combattants qui detenaient l'enorme avantage tactique du terrain eleve.
L'artillerie et la puissance aerienne furent des outils essentiels pour l'Inde. La Force aerienne indienne lanca des frappes aeriennes dans le cadre de l'Operation Safed Sagar contre les positions pakistanaises, marquant la premiere utilisation d'aeronefs militaires indiens dans le theatre du Cachemire depuis 1971. Les premieres missions aeriennes subirent des pertes lorsque le Pakistan utilisa des missiles sol-air tires a l'epaule, abattant un MiG-21 et un MiG-27 indiens dans les premiers jours de la campagne aerienne.
Malgre les revers initiaux, l'Inde maintint une pression militaire intense. La reconquete de Tiger Hill le 4 juillet 1999, l'un des pics les plus strategiquement importants et symboliquement resonants du secteur de Kargil, fut un tournant. Les forces indiennes reconquirent egalement Tololing et d'autres points cles par des assauts qui exigeaient un courage extraordinaire. Les noms des pics, Point 4590, Point 5140, Point 5353, devinrent celebres en Inde comme les sites de derniers stands heroiques et de victoires couteuses.
Sur le plan diplomatique, le conflit produisit une intervention americaine critique. Le president Bill Clinton, profondement preoccupe par la dimension nucleaire et agissant sur la base de rapports de renseignement americains alarmants sur les preparations nucleaires pakistanaises, passa des appels telephoniques urgents a Nawaz Sharif. Le 4 juillet 1999, Sharif se rendit a Washington et rencontra Clinton a Blair House. Clinton dit a Sharif en termes non equivoques que le Pakistan devait se retirer inconditionnellement. Sharif accepta d'ordonner le retrait des forces pakistanaises. Le retrait du Pakistan fut complet fin juillet 1999. Les chiffres de pertes finaux etaient d'environ cinq cent vingt-sept soldats indiens tues et environ quatre cent cinquante-trois soldats pakistanais tues, bien que les autorites pakistanaises aient nie pendant de nombreuses annees que des troupes de l'armee reguliere avaient ete impliquees.
Les consequences politiques au Pakistan furent graves. La decision de Sharif de se retirer sans avoir atteint aucun objectif, largement decrite au Pakistan comme une capitulation sous pression americaine, conduisit directement a son renversement. Le 12 octobre 1999, le general Pervez Musharraf, le chef d'etat-major de l'armee qui avait ete le principal architecte de l'operation de Kargil, lanca un coup d'Etat qui renversa le gouvernement civil de Sharif et installa une dictature militaire qui gouvernerait le Pakistan pendant pres d'une decennie. Le conflit de Kargil avait produit non seulement une defaite militaire mais une catastrophe politique pour le leadership civil du Pakistan.
La Dimension Nucleaire: la Dissuasion Dans Le Sous-Continent
La nuclearisation ouverte de l'Asie du Sud en mai 1998 transforma le calcul strategique du conflit indo-pakistanais de manières qui sont encore pleinement comprises. Les essais nucleaires des deux nations confirmerent ce que les agences de renseignement avaient longtemps suspecte: que l'Inde et le Pakistan avaient maintenu des programmes d'armes nucleaires clandestins pendant des decennies. L'Inde avait effectue un premier essai nucleaire, le soi-disant Bouddha Souriant, des 1974, bien qu'elle ne se soit pas declaree publiquement comme Etat dote d'armes nucleaires. Le Pakistan avait developpe des capacites nucleaires en earnest depuis les annees 1970, avec une assistance chinoise significative, sous un programme dramatiquement accelere par la celebre declaration de Zulfikar Ali Bhutto selon laquelle les Pakistanais mangeraient de l'herbe si necessaire pour construire une bombe en reponse a l'essai indien de 1974.
Le conflit de Kargil de 1999, survenant a peine un an apres que les deux nations avaient publiquement demontre leurs capacites nucleaires, souleva la possibilite terrifiante que la dissuasion nucleaire entre deux Etats enfermes dans un differend territorial pourrait ne pas fonctionner comme les theoriciens l'avaient imagine. La logique de la dissuasion nucleaire suppose que les deux parties sont des acteurs rationnels capables de calculer les couts et les benefices avec suffisamment de clarte pour eviter de declencher une guerre nucleaire. Le conflit de Kargil suggerait que cette hypothese pourrait etre trop optimiste.
Ce concept, parfois appele le paradoxe de stabilite-instabilite, est devenu une preoccupation centrale des analystes nucleaires qui etudient l'Asie du Sud depuis lors. Le paradoxe soutient que si les armes nucleaires peuvent empecher les grandes guerres conventionnelles, elles peuvent simultanement rendre plus probables les guerres limitees et les conflits sub-conventionnels en fournissant un parapluie protecteur sous lequel les Etats peuvent mener des actions agressives sans craindre une escalade existentielle.
Les arsenaux nucleaires des deux nations ont considerablement augmente depuis 1998. L'Inde est estimee posseder environ cent soixante a cent soixante-dix ogives nucleaires, tandis que le Pakistan est estime posseder environ cent soixante-cinq a cent soixante-quinze, rendant probable que le Pakistan dispose maintenant d'un arsenal nucleaire plus important que l'Inde. Les deux nations ont developpe des systemes de livraison comprenant des missiles balistiques, des missiles de croisiere et des aeronefs capables de delivrer des armes nucleaires. Le Pakistan a developpe des armes nucleaires tactiques, des systemes a courte portee concus pour une utilisation sur le champ de bataille. L'Inde a maintenu une politique declaree de Non-Premier Emploi, promettant de ne pas etre la premiere a utiliser des armes nucleaires dans tout conflit. Le Pakistan a explicitement refuse d'adopter une politique de Non-Premier Emploi, conservant l'option du premier emploi nucleaire en reponse a une grande attaque militaire conventionnelle.
Le Glacier Siachen: Le Champ de Bataille Le Plus Eleve Du Monde
Le differend du glacier Siachen ajoute une autre dimension, gelee tant litteralement que figurativement, de conflit a la relation indo-pakistanaise. Siachen, dans la chaine du Karakorum a des altitudes superieures a six mille metres, est le champ de bataille le plus eleve du monde. L'Inde et le Pakistan ont deploye des unites militaires sur le glacier en continu depuis 1984, lorsque l'Inde lanca l'Operation Meghdoot pour devancer un mouvement pakistanais visant a occuper le glacier. Le conflit a Siachen a fait davantage de soldats victimes des engelures, des avalanches, du mal des montagnes et du froid extreme que du feu ennemi, en faisant l'un des deployements militaires les plus eprouvants de l'histoire humaine.
Les soldats des deux parties ont ete maintenus a des altitudes ou le corps humain se deteriore constamment independamment de l'action ennemie, dans des temperatures qui peuvent descendre a moins cinquante degres Celsius, ravitailles a un cout enormes par helicoptere. Les estimations suggerent que les deux parties ont depense des milliards de dollars pour maintenir leurs positions sur le glacier, pour un terrain qui n'a aucun habitant civil et une valeur strategique minimale en dehors de la denier a l'autre partie.
L'absurdite du conflit de Siachen a conduit a des negociations repetees sur la demilitarisation du glacier, mais toutes ces negociations ont echoue sur la question de l'authentification: l'Inde insiste pour que le Pakistan authentifie les positions actuelles des forces des deux parties sur le glacier avant tout retrait, tandis que le Pakistan resiste a l'authentification au motif qu'elle legitimerait les revendications indiennes.
La Ligne de Controle Et L'insurrection Au Cachemire
La Ligne de controle qui divise le Cachemire administre par l'Inde et par le Pakistan s'etend sur environ sept cent quarante kilometres a travers certains des terrains les plus accidentes de la terre. C'est une ligne de confrontation militaire active, fortement patrouillée par les deux parties et le theatre de violations regulieres du cessez-le-feu qui tuent des soldats et des civils chaque annee.
L'insurrection au Cachemire dans sa forme la plus intense commença en 1989, lorsqu'une combinaison de mecontentement politique face au traitement du gouvernement indien envers le Cachemire, l'inspiration fournie par la defaite des moudjahidines afghans contre l'Union sovietique, et le soutien actif pakistanais aux groupes militants convergèrent dans un soulevement arme. L'insurrection initiale etait en grande partie autochtone, enracinee dans les vrais griefs des musulmans cachemiriens concernant la manipulation des elections d'Etat par des politiciens alignes sur Delhi, le refus de l'autonomie promise et les reponses d'une main de fer des forces de securite aux protestations. Au fil du temps, l'insurrection fut de plus en plus dominee par des organisations militantes basees au Pakistan, dont Lashkar-e-Taiba et Jaish-e-Mohammed.
Le bilan humain de l'insurrection au Cachemire entre 1989 et le present a ete enorme. Plus de quarante mille personnes ont ete tuees dans le conflit sur trois decennies, dont des militants, du personnel de securite et des civils. Des centaines de milliers de Pandits du Cachemire, la communaute minoritaire hindoue originaire de la vallee du Cachemire, furent expulses de leurs foyers en 1990 dans l'acte de deplacement communautaire le plus visible de l'Inde post-independance.
L'ataque de Pulwama (2019) Et Les Frappes Aeriennes de Balakot
Le 14 fevrier 2019, une voiture piege suicidaire frappa un convoi de vehicules de la Force de reserve de la police centrale indienne pres de la ville de Pulwama dans la vallee du Cachemire, tuant quarante membres des forces paramilitaires indiennes dans l'attentat terroriste le plus meurtrier contre les forces de securite indiennes au Cachemire depuis trois decennies. L'attentat fut revendique par Jaish-e-Mohammed, l'organisation militante basee au Pakistan dont le fondateur Masood Azhar a ete decrit a plusieurs reprises par des fonctionnaires de securite indiens et internationaux comme operant avec la tolerance pakistanaise sinon un soutien actif.
Le 26 fevrier 2019, douze jours apres l'attentat de Pulwama, des avions Mirage 2000 de la Force aerienne indienne traversèrent la Ligne de controle et frappèrent une cible pres de la ville de Balakot dans la province pakistanaise de Khyber Pakhtunkhwa, la premiere frappe aerienne indienne sur le territoire pakistanais par opposition au Cachemire administre par le Pakistan depuis la guerre de 1971. Le gouvernement indien affirma que la frappe avait detruit une installation d'entrainement de Jaish-e-Mohammed; le Pakistan contesta ces affirmations et nia des victimes significatives.
Le lendemain, le 27 fevrier, des avions de la Force aerienne pakistanaise traversèrent la Ligne de controle et s'engagèrent dans un combat aerien contre des aeronefs indiens au-dessus du Cachemire administre par l'Inde, abattant un MiG-21 Bison indien et capturant son pilote, le Commandant d'escadre Abhinandan Varthaman, qui devint un heros national en Inde lorsque le Pakistan le rendit dans les quarante-huit heures comme geste de paix. Pendant quelques jours, les deux nations armees nuclearement semblèrent plus proches d'une guerre a grande echelle qu'a tout moment depuis le conflit de Kargil. La diplomatie internationale, notamment des interventions des Etats-Unis, de l'Arabie saoudite et des Emirats arabes unis, aida a de-escalader la crise.
Conclusion: Le Conflit Irresolut Et Son Avenir
Les quatre guerres principales et les nombreuses crises entre l'Inde et le Pakistan depuis 1947 ont produit d'enormes souffrances humaines des deux cotes sans resoudre le differend fondamental en leur coeur. La Ligne de controle demeure la frontiere de facto au Cachemire, mais aucune nation ne la reconnait comme legitime ou permanente. Le Pakistan continue de revendiquer l'integralite du Jammu-et-Cachemire sur la base de sa majorite musulmane; l'Inde revendique l'integralite du Jammu-et-Cachemire sur la base de l'Instrument d'adhesion et rejette tout role de tiers dans la resolution du differend.
La decision de l'Inde d'aout 2019 de revoquer le statut special du Jammu-et-Cachemire en vertu de l'Article 370, mettant effectivement fin a l'autonomie de l'Etat et le reorganisant en deux Territoires de l'Union administres par le gouvernement central, produisit la fureur au Pakistan et la condamnation de la Chine mais changea peu sur le terrain. Le Pakistan rompit les relations diplomatiques avec l'Inde.
Le differend du Cachemire ne montre aucun signe de resolution pacifique a court terme. L'Inde ne montre aucune volonte d'accepter un plebiscite ou toute concession territoriale. Le Pakistan ne montre aucune volonte d'accepter la Ligne de controle comme frontiere internationale permanente. Les deux nations possèdent des arsenaux nucleaires qui rendent les consequences d'une guerre a grande echelle impensables.
Le conflit indo-pakistanais n'est pas simplement un differend bilateral sur le territoire. C'est une consequence vivante de la maniere dont le monde moderne a ete cree de l'effondrement de l'empire, de la maniere dont l'identite religieuse a ete weaponisee au service des mouvements nationaux, et de la maniere dont les affaires inachevees de la decolonisation peuvent empoisonner une region pendant des generations. C'est un rappel que les lignes tracees sur des cartes par les puissances imperiales ont des consequences qui survivent aux empires qui les ont tracees, et que le cout humain des conflits politiques non resolus tombe de manière disproportionnee sur les plus vulnerables, les populations civiles du Cachemire et les soldats ordinaires qui meurent a Siachen et Kargil et le long de la Ligne de controle dans des accrochages qui font rarement la une de l'actualite internationale.
Le chemin vers la paix, s'il existe, passe par une reconnaissance des deux nations que le conflit continu ne sert ni leur peuple ni leurs interets, que les ressources consommees par la competition militaire dans le sous-continent representent un cout d'opportunite incalculable pour des centaines de millions de personnes vivant dans la pauvrete. Si une telle reconnaissance peut se traduire en volonte politique, et si la volonte politique peut surmonter le poids de l'histoire, reste la question determinante de la geopolitique de l'Asie du Sud au vingt-et-unieme siecle.
Sources
https://www.countryreports.org https://www.cfr.org/global-conflict-tracker/conflict/conflict-between-india-and-pakistan https://www.nationalarchives.gov.uk/education/resources/the-independence-of-bangladesh-in-1971/ https://www.brookings.edu/articles/how-the-1999-kargil-conflict-redefined-us-india-ties/ https://origins.osu.edu/milestones/bangladesh-liberation-war https://nationalinterest.org/blog/reboot/india-and-pakistan-fought-1999-why-didnt-it-go-nuclear-187592 https://nationalinterest.org/blog/reboot/kargil-catastrophe-india-and-pakistan-almost-kicked-nuclear-war-189285 https://irpj.euclid.int/articles/bangladesh-liberation-war-of-1971-decisive-role-of-india-in-mediation-and-conflict-resolution-and-transitional-justice-in-bangladesh/ https://hir.harvard.edu/the-past-has-yet-to-leave-the-present-genocide-in-bangladesh/ https://washcoll.edu/people_departments/offices/wc-all/2023/summer/kargil-war.php

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