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Alexandre le Grand

Alexandre le Grand

Vitesse

Une biographie complète

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INTRODUCTION

Alexandre III de Macédoine est l'une des figures les plus remarquables de toute l'histoire humaine. En l'espace d'à peine treize ans, depuis le moment où il franchit le passage de l'Europe vers l'Asie jusqu'à sa mort dans l'antique cité de Babylone, il transforma le paysage politique, culturel et intellectuel d'une civilisation entière. Il conquit un empire s'étendant de la mer Adriatique à l'ouest jusqu'à la vallée de l'Indus à l'est, des steppes d'Asie centrale au nord jusqu'aux déserts d'Égypte au sud. Aucun dirigeant avant lui n'avait assemblé une aussi vaste domination aussi rapidement, et aucun après lui ne put égaler l'ampleur et la rapidité de son accomplissement pendant de nombreuses générations.

Ce qui rend Alexandre si fascinant pour les chercheurs, les étudiants et les lecteurs en général, ce n'est pas seulement l'étendue de ses conquêtes, mais la profondeur des contradictions qu'incarne sa vie. Il était à la fois un brillant tacticien militaire et un homme d'une profonde curiosité culturelle. Il pouvait être d'une générosité à couper le souffle et d'une brutalité terrifiante. Il vénérait le savoir, emportait les œuvres d'Homère au combat, correspondait avec son précepteur Aristote au sujet des merveilles qu'il rencontrait en Orient, et pourtant il brûla l'un des plus grands palais de l'Antiquité au cours d'une nuit de débauche alcoolisée. Il fit preuve d'une clémence peu commune envers les rois vaincus, et pourtant il ordonna le massacre de populations qui lui résistèrent trop obstinément. Il rêvait d'unir des peuples de cultures différentes en une seule civilisation cosmopolite, et pourtant il ne put jamais pleinement échapper au monde tribal macédonien qui l'avait engendré.

L'histoire d'Alexandre est aussi celle d'une époque où le monde grec éclata au-delà de ses confins méditerranéens et entra en collision violente et féconde avec les antiques civilisations de Perse, d'Égypte, de Mésopotamie, de Bactriane et d'Inde. Les conséquences de cette collision façonnèrent pendant des siècles le développement de la philosophie, de la religion, des sciences et des arts occidentaux. Le monde hellénistique qui émergea des conquêtes d'Alexandre fournit le contexte culturel dans lequel le christianisme allait finalement s'enraciner, dans lequel les grandes bibliothèques d'Alexandrie allaient préserver le savoir classique, et dans lequel l'Empire romain allait trouver nombre de ses modèles intellectuels et administratifs.

Pourtant, Alexandre lui-même n'était pas grec mais macédonien, et cette distinction revêtait une importance considérable pour les gens de son époque. La Macédoine était un royaume au nord des cités-États grecques, dont les habitants étaient considérés par de nombreux Athéniens et Spartiates comme des semi-barbares qui parlaient simplement un dialecte apparenté au grec. Philippe II, le père d'Alexandre, avait contraint les cités grecques à former une alliance reluctante sous la direction macédonienne, mais les tensions que cela avait créées ne se dissipèrent jamais entièrement. Lorsque Alexandre se proclama le champion de la civilisation grecque contre la Perse, de nombreux Grecs comprenaient parfaitement que l'homme qui menait cette croisade était lui-même le représentant d'une puissance qui les avait conquis.

Comprendre Alexandre exige de s'engager avec toutes ces complexités. Il n'était ni un saint ni un démon. Il était un homme formé par un ensemble extraordinaire de circonstances : né dans la royauté au sein d'une culture guerrière, ayant reçu la meilleure éducation intellectuelle que le monde antique pouvait offrir, propulsé au pouvoir à un moment où son royaume était sur le point de s'étendre au-delà de toutes les limites précédentes, et doté de qualités personnelles qui inspiraient simultanément une dévotion immense et provoquaient de dangereuses rancœurs.

Les sources disponibles pour les historiens modernes posent leurs propres défis. Aucun récit rédigé par quelqu'un qui connut Alexandre personnellement ne survit intact. Le récit antique le plus fiable, composé par l'historien grec Arrien plusieurs siècles après la mort d'Alexandre, s'appuyait sur des mémoires et des histoires antérieurs qui sont eux-mêmes perdus. La biographie de Plutarque, rédigée à peu près à la même période, fournit des détails précieux, mais elle est colorée par les préoccupations morales de l'auteur. Des écrivains romains ultérieurs comme Quinte-Curce et Diodore de Sicile transmettent des traditions qui contredisent parfois le récit d'Arrien. Séparer l'Alexandre historique de l'Alexandre légendaire est une tâche qui occupe les chercheurs depuis des siècles et demeure inachevée.

Ce qui est indiscutable, c'est l'ampleur considérable de l'impact d'Alexandre. Les villes qu'il fonda devinrent des centres de commerce et de culture qui persistèrent pendant des siècles. La langue grecque qu'il porta en Asie devint la langue commune d'une région immense, la langue dans laquelle le Nouveau Testament allait finalement être rédigé. Les structures administratives qu'il créa, aussi improvisées et incomplètes qu'elles fussent, fournirent le cadre dans lequel ses successeurs bâtirent de puissants États. L'exemple de sa vie inspira des conquérants, de Jules César à Napoléon Bonaparte, qui aurait pleuré en songeant à tout ce qu'Alexandre avait accompli à un âge auquel Napoléon avait accompli comparativement peu.

Cette biographie tente de retracer l'arc complet de la remarquable vie d'Alexandre, depuis sa naissance dans la capitale macédonienne de Pella à travers ses extraordinaires campagnes jusqu'à sa mystérieuse mort à Babylone. Elle examine non seulement les campagnes militaires pour lesquelles il est le plus connu, mais aussi la formation intellectuelle qui le façonna, les politiques culturelles qu'il poursuivit, les relations personnelles qui le définirent, et l'héritage qu'il laissa derrière lui dans l'histoire, la légende et le développement continu de la civilisation. Comprendre Alexandre, c'est comprendre un moment charnière de l'histoire humaine, un moment où le monde antique fut secoué de ses schémas familiers et mis sur une nouvelle trajectoire dont les effets n'ont jamais entièrement cessé de se faire sentir.

Naissance et héritage royal

Le royaume de Macédoine, situé à la frange septentrionale du monde grec, était à bien des égards un berceau improbable pour l'homme qui allait conquérir la majeure partie du monde connu. À l'époque de la naissance d'Alexandre, la Macédoine était un royaume enclavé de plaines fertiles et de montagnes boisées, dont l'économie reposait sur l'agriculture et le bois, et dont la culture politique ressemblait davantage à celle du monde héroïque dépeint dans les épopées d'Homère qu'aux cités-États sophistiquées d'Athènes et de Corinthe. Les rois gouvernaient par une combinaison de charisme personnel, de prouesse militaire et du consentement d'une noblesse organisée autour de loyautés claniques et de la tradition de l'assemblée macédonienne, qui pouvait acclamer ou rejeter les prétendants au trône. C'était un monde où la succession royale était fréquemment disputée, où des demi-frères se tuaient pour le pouvoir, et où la survie du roi dépendait de sa capacité à l'emporter sur ses rivaux à l'intérieur comme à l'extérieur du royaume.

Le père d'Alexandre, Philippe II, était parvenu au pouvoir dans des circonstances désespérées. Lorsque Philippe hérita du trône, la Macédoine faisait face à des menaces simultanées de plusieurs côtés. Il avait passé du temps en otage à Thèbes dans sa jeunesse, où il observa de près les innovations militaires du général Épaminondas, dont la formation d'attaque oblique et l'accent sur la combinaison des armes avaient fait brièvement de l'armée thébaine la plus redoutée de Grèce. Philippe absorba ces leçons et retourna en Macédoine déterminé à transformer la capacité militaire du royaume. Il réorganisa l'infanterie en une formation équipée de la sarisse, une pique d'une longueur extraordinaire qui dépassait de loin les boucliers des hommes aux premiers rangs, créant une masse de pointes de fer presque impénétrable. Il intégra la cavalerie, l'infanterie et les troupes de missiles dans un système coordonné capable de répondre avec souplesse à différentes situations tactiques. Il eut également recours à la diplomatie, à la corruption et aux alliances matrimoniales avec un pragmatisme sans pitié qui se révéla aussi efficace que ses réformes militaires.

Au moment de la naissance d'Alexandre, Philippe avait déjà considérablement élargi la puissance macédonienne, sécurisant les frontières nord, annexant la Thessalie et sa remarquable cavalerie, et se positionnant comme la principale force militaire du monde grec. L'enfant naquit dans un royaume qui se transformait d'une puissance régionale en une puissance impériale, et il grandit en regardant son père mener cette transformation avec un mélange d'admiration et d'inquiétude.

La mère d'Alexandre, Olympias, était une princesse de la maison royale des Molosses d'Épire, une région à l'ouest de la Macédoine dont la culture était à certains égards encore plus archaïque et intense que celle de la Macédoine. Olympias était, selon tous les témoignages, une femme à la personnalité redoutable, d'une intelligence farouche et d'une dévotion religieuse passionnée. Elle était une initiée des cultes à mystères de Dionysos, participait à des rites religieux extatiques impliquant la manipulation de serpents vivants, et possédait une capacité de manipulation politique qui faisait d'elle l'une des figures les plus importantes à la cour macédonienne. Sa relation avec Philippe était intense et orageuse, donnant naissance, en plus d'Alexandre, à une fille, Cléopâtre, qui deviendrait plus tard reine d'Épire.

Les circonstances entourant la naissance d'Alexandre furent rapidement brodées de légendes. Les écrivains antiques rapportèrent que la nuit précédant la consommation de son mariage, Olympias rêva qu'un éclair frappait son ventre et allumait un grand feu qui se répandait sur toute la terre, un rêve interprété comme signifiant que son fils gouvernerait le monde. Philippe aurait rêvé qu'il scellait son ventre avec un sceau portant l'image d'un lion, perçu comme le signe que le fils à naître aurait la nature d'un lion. Selon certains récits, Philippe vit un serpent couché près de sa femme endormie, ce qu'il interpréta comme signifiant qu'Olympias avait été visitée par un dieu, une croyance qu'Olympias elle-même ne semblait pas décourager et qu'elle encouragea peut-être activement. Le dieu en question était compris comme Zeus sous la forme d'un serpent, ou dans certaines versions Ammon, l'aspect égyptien de Zeus, une tradition qui serait dramatiquement ravivée lorsqu'Alexandre visita l'oracle de Siwa des décennies plus tard.

La nuit de la naissance d'Alexandre était également dite par les écrivains antiques être la nuit où le temple d'Artémis à Éphèse, l'une des Sept Merveilles du monde antique, brûla jusqu'aux fondations. La coïncidence fut interprétée comme un présage d'une importance cosmique, la déesse étant absente de son temple parce qu'elle assistait à la naissance de celui qui allait ébranler le monde. Si de tels alignements symboliques furent clairement élaborés par la tradition ultérieure, ils reflètent le sentiment rétrospectif d'innombrables personnes du monde antique selon lequel la naissance d'Alexandre marquait un tournant dans l'histoire.

De son père, Alexandre hérita d'un royaume déjà en plein essor, d'un trésor enrichi par les mines d'argent du mont Pangée, d'une armée qui devenait la force combattante la plus efficace du monde méditerranéen, et d'une position diplomatique qui plaçait la Macédoine au centre des affaires grecques. De sa mère, il hérita d'une intensité passionnée, d'une croyance en sa propre nature exceptionnelle, d'un lien avec une ascendance divine, et d'une éducation dans les traditions religieuses extatiques du nord de la Grèce qui lui conférait un sentiment de mission sacrée.

La lignée royale de Macédoine faisait remonter sa descendance à Héraclès, le plus grand héros de la mythologie grecque, fils de Zeus et de la femme mortelle Alcmène, dont les douze travaux l'avaient conduit aux extrémités de la terre et qui avait été vénéré comme un dieu après sa mort. Cette ascendance n'était pas seulement cérémonielle, mais profondément significative pour les rois macédoniens, qui voyaient en Héraclès un modèle de vie héroïque : la force, l'endurance, la persévérance à travers des épreuves extraordinaires, et l'apothéose finale. Alexandre prit cet héritage très au sérieux tout au long de sa vie, se modelant consciemment sur Héraclès dans sa volonté d'endurer les difficultés et son désir de dépasser toutes les limites précédentes.

Par sa mère, Alexandre revendiquait également une descendance d'Achille, le grand héros de la guerre de Troie, dont l'histoire était racontée dans l'Iliade d'Homère. La maison royale des Molosses d'Épire faisait remonter sa lignée à Néoptolème, fils d'Achille, et Olympias aurait donné à ses enfants le sentiment qu'ils portaient en eux le sang du plus grand guerrier de l'âge héroïque. Pour Alexandre, Achille représentait non seulement un ancêtre, mais un idéal : un homme qui choisit une vie courte et glorieuse plutôt qu'une vie longue et obscure, qui plaçait l'honneur au-dessus de la sécurité, et qui était le plus grand guerrier de sa génération. Lorsque Alexandre visita plus tard la tombe d'Achille à Troie avant de commencer son invasion de la Perse, il accomplissait un acte de dévotion envers l'ancêtre-héros qu'il cherchait le plus à imiter et finalement à surpasser.

L'enfance à la cour macédonienne

La cour de Philippe II à Pella n'était pas un endroit pour les âmes sensibles. La capitale macédonienne avait rapidement grandi sous le règne de Philippe, passant d'une ville de province à quelque chose qui s'approchait d'une véritable capitale royale, ornée de nouveaux bâtiments, décorée des œuvres de peintres et de sculpteurs convoqués du sud grec. Pourtant, sous ce vernis culturel, la cour conservait une grande partie du caractère d'une noblesse guerrière, où les hommes buvaient beaucoup, rivalisaient férocement pour la faveur du roi, réglaient leurs différends par la violence, et se mesuraient principalement à l'aune de leurs exploits militaires. Les garçons dans cet environnement étaient censés développer simultanément les compétences physiques des guerriers et les compétences sociales des courtisans, apprenant à monter à cheval, à chasser et à combattre tout en apprenant à naviguer dans les courants dangereux de la politique royale.

Alexandre grandit dans cet environnement en tant que fils aîné légitime du roi, une position qui conférait un prestige énorme, mais qui faisait également de lui la cible de la jalousie et le centre des jeux de factions. Sa mère Olympias avait de puissants partisans parmi la noblesse macédonienne, mais elle avait aussi des ennemis, et à mesure que le foyer polygame de Philippe s'élargissait par de nouveaux mariages, la question de quel fils lui succéderait éventuellement devenait de plus en plus délicate. Philippe prit plusieurs épouses, en partie pour des raisons politiques et en partie conformément à la coutume macédonienne, et chaque nouvelle épouse apportait avec elle une faction de partisans qui pouvaient espérer que ses fils déplaceraient un jour les enfants d'Olympias de la succession.

Dans cet environnement de tension politique, Alexandre développa la personnalité férocement compétitive qui le caractériserait tout au long de sa vie. Les sources antiques le décrivent comme un enfant d'une énergie et d'une intelligence exceptionnelles, petit et nerveux plutôt que grand, avec une peau claire qui rosissait facilement sous l'effet des émotions vives, des yeux de deux couleurs différentes, l'un sombre et l'autre bleu clair ou gris, et une inclinaison caractéristique de la tête vers la gauche. Il était passionné, prompt à la colère et tout aussi prompt aux élans de générosité, intensément compétitif en toutes choses, et possédait dès sa petite enfance une confiance absolue en sa propre nature exceptionnelle.

L'histoire de Bucéphale capture quelque chose d'essentiel chez le jeune Alexandre. Lorsqu'un marchand de chevaux amena à la cour de Philippe un magnifique cheval noir nommé Bucéphale, ce qui signifie tête de bœuf, Philippe et ses compagnons tentèrent de le monter, mais l'animal ruait et se cabrait en désarçonnant chaque cavalier. Philippe était sur le point de renvoyer le cheval comme indomptable lorsque Alexandre, alors âgé d'environ dix ou onze ans, demanda la permission d'essayer. Ses compagnons rirent de la présomption d'un enfant qui tentait ce que des cavaliers expérimentés avaient échoué à accomplir. Alexandre s'approcha du cheval, ayant remarqué qu'il s'écartait de sa propre ombre, et le tourna vers le soleil avant de le monter. Le cheval se soumit, et Alexandre le chevaucha avec succès, à la stupéfaction de la cour assemblée. Philippe, dit-on ému aux larmes, dit à son fils qu'il devait chercher un royaume digne de lui, car la Macédoine ne serait pas assez grande pour le contenir. Bucéphale devint la monture d'Alexandre tout au long de ses campagnes et l'accompagna jusqu'à la mort du cheval lors de la campagne indienne, lorsque Alexandre fonda une ville en son honneur.

L'anecdote mérite que l'on s'y attarde non seulement comme une charmante histoire, mais comme une illustration des qualités qu'Alexandre allait manifester tout au long de sa vie : l'observation attentive d'une situation que d'autres avaient mal comprise, la volonté de tenter ce que d'autres avaient déclaré impossible, le courage physique allié à l'intelligence pratique, et un sens du théâtre pour rendre ses exploits visibles à un public. Ces qualités n'apparurent pas soudainement à la maturité ; elles étaient évidentes chez l'enfant, façonnées et intensifiées par l'environnement compétitif de la cour macédonienne.

Avant qu'Alexandre ne soit placé sous l'instruction formelle d'Aristote, son éducation précoce fut assurée par deux personnages aux caractères contrastés. Léonidas, un parent d'Olympias, fut chargé de l'entraînement physique du garçon et supervisait un régime d'une austérité considérable. Léonidas croyait en l'endurcissement du corps par la privation : des rations réduites, de longues marches et des exercices physiques conçus pour habituer le jeune prince à l'inconfort. Alexandre affirma plus tard que Léonidas lui avait offert le meilleur assaisonnement pour le petit-déjeuner qu'il ait jamais apprécié, à savoir une marche nocturne avant un repas, et le meilleur souper, à savoir un petit-déjeuner frugal. Ce conditionnement précoce contribua à la remarquable endurance physique qu'Alexandre manifesterait en campagne, où il pouvait suivre le rythme de ses soldats à travers des chaleurs et des froids extrêmes, la faim et la soif.

Aux côtés de Léonidas, un homme nommé Lysimacos servit comme compagnon précepteur d'un genre très différent. Là où Léonidas était sévère et exigeant, Lysimacos offrait quelque chose qui ressemblait davantage à une amitié dévouée, se faisant appeler Phénix, d'après le vieux précepteur de l'Iliade, et encourageant Alexandre à se voir comme Achille. Cette culture de l'identification à Achille fut profondément importante dans la formation de la conception que se faisait Alexandre de lui-même, et Lysimacos demeura dans le cercle d'Alexandre en tant que compagnon de confiance tout au long des campagnes.

La relation d'Alexandre avec Héphaistion se développa durant ces premières années et devint le lien personnel le plus étroit et le plus durable de sa vie. Héphaistion était le fils d'un noble macédonien, à peu près du même âge qu'Alexandre, grand et beau selon le moule héroïque. La nature de leur relation a été débattue depuis l'Antiquité, les écrivains antiques établissant le parallèle avec Achille et Patrocle, qui étaient interprétés tantôt comme des compagnons, tantôt comme des amants. Que leur lien fût ou non de nature sexuelle — ce qui reste incertain — il était incontestablement la relation la plus profonde et la plus émotionnellement significative qu'Alexandre maintint tout au long de sa vie. Lorsque Héphaistion mourut de fièvre lors des dernières campagnes, le deuil d'Alexandre fut si extrême, si prolongé et si perturbateur pour ses fonctions normales qu'il alarma ses compagnons et conseillers, suggérant une perte qui allait au-delà même des liens profonds d'amitié masculine communs dans le monde antique.

Le jeune Alexandre observait également les campagnes de son père avec une impatience croissante et une sorte d'envie inquiète. Lorsque Philippe revenait d'expéditions victorieuses, Alexandre aurait exprimé la crainte que son père ne conquière tout ce qui méritait d'être conquis avant qu'Alexandre ne soit assez vieux pour accomplir quoi que ce soit lui-même. Ce commentaire, rapporté par Plutarque, révèle l'inquiétude particulière d'un garçon élevé dans la conviction que des accomplissements extraordinaires sont à la fois possibles et nécessaires, et qui craint que l'occasion de la grandeur ne soit épuisée avant qu'il ne puisse la saisir. Il témoigne du désir de compétition intense qu'instillait la cour de Philippe chez ses jeunes hommes, un désir calibré non sur une ambition ordinaire, mais sur l'ambition des héros.

L'éducation sous Aristote

La décision de Philippe II de faire appel à Aristote comme précepteur du jeune Alexandre est l'un des arrangements pédagogiques les plus importants de l'histoire de la civilisation. Aristote était à l'époque généralement reconnu comme l'un des penseurs les plus brillants du monde antique, ancien élève de Platon qui avait dépassé l'idéalisme de son maître pour développer une philosophie empirique qui englobait la logique, les sciences naturelles, l'éthique, la politique, la rhétorique, l'esthétique et la métaphysique. Philippe aurait écrit à Aristote qu'il était heureux que son fils soit né à la même époque qu'Aristote, afin qu'il puisse être éduqué et devenir digne de leurs pères et du royaume. Cet accord était par tous les critères extraordinaire, et Aristote accepta en partie par intérêt intellectuel à former un futur monarque selon ses principes philosophiques, et en partie en échange de l'accord de Philippe de reconstruire la ville natale d'Aristote, Stagire, que Philippe avait précédemment détruite.

L'école où Aristote enseigna à Alexandre était située à Miéza, dans le sanctuaire des Nymphes appelé le Nymphaion, une agréable retraite rurale à quelque distance de l'animation de Pella. Alexandre avait environ treize ans lorsque ses études commencèrent, et il passa environ trois ans sous l'instruction directe d'Aristote, accompagné d'une cohorte de jeunes nobles macédoniens qui deviendraient plus tard ses généraux et administrateurs. Parmi eux se trouvaient Ptolémée, qui deviendrait roi d'Égypte et auteur d'une histoire des campagnes d'Alexandre ; Cassandre, dont la relation complexe avec Alexandre l'amènerait finalement à éliminer la famille d'Alexandre ; Héphaistion ; et d'autres dont les noms reviennent tout au long de l'histoire des conquêtes.

Le programme d'Aristote était complet et systématique d'une façon sans précédent dans l'éducation grecque. Il enseigna à Alexandre la médecine, le domaine sur lequel Aristote avait peut-être l'expertise technique la plus approfondie, compte tenu du passé de son père en tant que médecin à la cour macédonienne. Il enseigna la philosophie, passant en revue les questions fondamentales d'éthique et de métaphysique que Platon avait léguées à la tradition. Il enseigna la rhétorique, l'art de la persuasion qui était central à la vie politique et juridique grecque. Il enseigna les sciences, initiant Alexandre aux méthodes d'observation et de classification qu'il avait développées tout au long de sa carrière. Et il enseigna l'appréciation de la littérature, avec un accent particulier sur les poèmes épiques d'Homère.

De toutes ses études, l'engagement d'Alexandre avec Homère fut le plus personnellement transformateur. L'Iliade, la grande épopée de la guerre de Troie, devint quelque chose de proche des Écritures pour le jeune prince. Il aurait dormi avec une copie, annotée par Aristote, sous son oreiller aux côtés d'un poignard, comme si la littérature et les armes étaient des protections également essentielles contre les ténèbres. La représentation dans le poème d'Achille, le plus grand guerrier du monde grec, qui sacrifia la longévité pour une gloire immortelle, résonnait avec tout ce qu'Alexandre avait appris à croire sur sa propre ascendance et sa destinée. Les annotations d'Aristote sur le texte soulignaient probablement ses dimensions littéraires et philosophiques, mais pour Alexandre, le poème fonctionnait avant tout comme un guide pratique de la vie héroïque, un modèle de la façon dont la grandeur était atteinte et dont les grands hommes se conduisaient.

La relation entre Alexandre et Aristote était intellectuellement riche, mais contenait également des germes de conflits futurs. Aristote était au fond un penseur systématique qui valorisait l'enquête mesurée et le jugement équilibré, un homme qui croyait que la vertu résidait dans le juste milieu entre les extrêmes et que la vie de contemplation intellectuelle était le bien humain le plus élevé. Alexandre était un homme de tempérament passionné et d'une ambition immense qui n'était pas naturellement enclin au juste milieu aristotélicien. À mesure que les campagnes progressaient, Alexandre allait adopter des politiques et poursuivre des objectifs qui allaient bien au-delà de tout ce qu'Aristote avait envisagé pour un souverain grec, notamment l'assimilation des coutumes perses et l'adoption d'honneurs divins, et la relation entre maître et élève finit par se tendre.

La manifestation la plus douloureuse de cette tension fut le sort de Callisthène, le neveu d'Aristote, qui accompagna la campagne d'Alexandre en tant qu'historien officiel. Callisthène était un homme intelligent, mais pas diplomate, et il se heurta fatalement aux exigences d'Alexandre en matière de cérémonial de cour. Lorsque Alexandre chercha à introduire la coutume perse de la proskynesis, une forme de prosternation devant le roi, dans la cour macédonienne, Callisthène refusa au motif qu'une telle soumission n'était convenable que devant les dieux et non devant un souverain mortel. La confrontation qui s'ensuivit mit fin à la carrière de Callisthène et finalement à sa vie, car il fut impliqué dans un complot contre Alexandre par certains pages royaux, probablement sur des bases fragiles. Aristote apprit la mort de son parent avec douleur et aurait dit qu'il était allé vers Alexandre avec trop de brillance et trop peu de discernement. Cet épisode jeta une ombre permanente sur l'héritage de l'influence d'Aristote sur son élève le plus célèbre.

Pourtant, l'influence était réelle et substantielle. La célèbre expédition scientifique qui accompagna la campagne d'Alexandre, collectant des informations botaniques, zoologiques et géographiques dans des régions jusqu'alors inconnues des Grecs, reflétait les intérêts empiriques d'Aristote transposés à une entreprise militaire et politique d'une ampleur extraordinaire. Alexandre aurait fourni à son ancien maître des spécimens, des échantillons et des observations de ses voyages, contribuant à l'histoire naturelle encyclopédique qu'Arist