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La Civilisation de la Vallee de L'indus : Le Geant Oublie Du Monde Antique

La Civilisation de la Vallee de L'indus : Le Geant Oublie Du Monde Antique

Vitesse

Introduction

De toutes les civilisations les plus anciennes et les plus grandes du monde, aucune n'est plus enigmatique, plus sophistiquee et plus persistamment mysterieuse que la Civilisation de la Vallee de l'Indus. Connue egalement sous le nom de Civilisation Harappenne, en l'honneur de Harappa, la premiere de ses grandes villes a avoir ete excavee de nos jours, cette culture de l'Age du Bronze a fleuri dans les valles fluviales et les plaines cotieres de ce qui est aujourd'hui le Pakistan, le nord-ouest de l'Inde et l'est de l'Afghanistan pendant bien plus d'un millenaire. A son apogee, approximativement entre 2600 et 1900 avant notre ere, elle etait la plus grande civilisation de la Terre par etendue geographique, s'etendant sur environ 1,3 million de kilometres carres et englobant plus de villes et de villages que l'Egypte ancienne et la Mesopotamie reunies. Elle a bati des centres urbains planifies avec des rues droites, des batiments a plusieurs etages, la plomberie interieure et des systemes de drainage public qui ne seraient pas surpasses nulle part dans le monde pendant des milliers d'annees. Ses marchands envoyaient des marchandises vers le golfe Persique, la Mesopotamie et peut-etre au-dela. Ses artisans travaillaient le cuivre, le bronze, l'or, l'ivoire, la coquille et la pierre precieuse avec une habilete extraordinaire. Son peuple a developpe un systeme d'ecriture qui reste, apres pres d'un siecle d'efforts eruditss, completement indechiffre.

Et pourtant, malgre tout cela, la Civilisation de la Vallee de l'Indus reste la moins bien comprise des trois grandes civilisations du monde antique. Nous connaissons les noms des pharaons d'Egypte. Nous avons lu les contrats commerciaux et les chansons d'amour de l'ancienne Sumer. Nous pouvons retracer l'essor et la chute des empires mesopotamiens a travers des millenaires de documents ecrits. Mais les peuples de la Vallee de l'Indus nous ont laisse leurs villes, leurs artefacts et leurs sceaux inscrits d'une mystérieuse ecriture, et rien d'autre.

Cet article retrace l'arc complet de la Civilisation de la Vallee de l'Indus : sa decouverte et sa redecouverte, sa geographie et ses villes, son extraordinaire planification urbaine et sa technologie, son economie et ses reseaux commerciaux, son art et sa religion, le mystere persistant de son ecriture, le debat sur son organisation sociale et politique, les theories sur son declin et les questions sur son heritage dans les cultures de l'Asie du Sud qui lui ont succede.

La Redecouverte D'un Monde Perdu

L'histoire de la redecouverte de la Civilisation de la Vallee de l'Indus est l'un des accidents les plus extraordinaires de l'histoire de l'archeologie. Pendant plus de trois mille ans, les villes du monde harappeen ont gise enfouies sous la vase et le sable, inconnues meme des personnes vivant a proximite. Les textes indiens anciens, dont les Vedas et les epopees posterieures, ne font aucune reference claire a ces villes. Les voyageurs medievaux traversaient la region sans aucune connaissance de ce qui se trouvait sous leurs pieds.

Le premier indice ne vint pas des erudits mais des ouvriers. Dans les annees 1850, des ingenieurs britanniques engages dans la construction du Chemin de fer de l'Est de l'Inde, qui devait relier Karachi a Lahore, avaient besoin de ballast pour les voies. Des entrepreneurs locaux decouvrirent une provision quasi inepuisable de briques cuites pres d'un tertre que les habitants appelaient Harappa, dans ce qui est aujourd'hui la province du Penjab au Pakistan. Ces briques etaient anciennes, vieilles de milliers d'annees, et pourtant elles etaient si bien cuites et si precisement fabriquees qu'elles etaient encore structurellement solides. Selon certaines estimations, des dizaines de millions de ces briques harapeennes furent utilisees comme ballast ferroviaire entre les annees 1850 et 1870, detruisant ainsi des portions importantes de l'un des sites archeologiques les plus importants du monde.

Ce n'est qu'au debut du XXe siecle que la situation commenca a changer. En 1920 et 1921, des fouilles a la fois a Harappa et a Mohenjo-daro commencerent serieusement sous la direction de Sir John Marshall, le directeur general de l'Archaeological Survey of India de 1902 a 1928. En 1924, Marshall annonca au monde dans l'Illustrated London News que deux grandes villes prehistoriques, jusqu'alors inconnues, avaient ete trouvees. L'annonce fit sensation. Ce qui avait emerge n'etait rien de moins qu'une troisieme civilisation ancienne, au moins aussi vieille que l'Egypte ancienne et la Mesopotamie, et sur certains points plus sophistiquee.

Geographie Et Etendue

La Civilisation de la Vallee de l'Indus a sa plus grande extension etait la plus grande des trois grandes civilisations du premier Age du Bronze en superficie. Le monde harappeen s'etendait des hautes terres du Baloutchistan a l'ouest jusqu'a la plaine du Gange a l'est, et des contreforts de l'Himalaya au nord jusqu'a la cote du Gujarat au sud. Il s'agit d'un territoire qui s'etend sur des parties de l'Afghanistan, du Pakistan et de l'Inde actuels.

Au cœur de ce monde se trouvait le systeme fluvial de l'Indus, l'un des grands systemes fluviaux d'Asie. Mais la civilisation harapeenne n'etait pas exclusivement une culture de la Vallee de l'Indus. Une grande partie de ses sites, dont certains des plus grands, se trouvaient le long du cours de l'ancien fleuve Saraswati. Le sechement du Saraswati, maintenant identifie avec le systeme fluvial saisonnier Ghaggar-Hakra, est considere par de nombreux chercheurs comme l'un des principaux facteurs environnementaux ayant contribue au declin final de la civilisation.

Les archeologues ont jusqu'a present identifie environ 1 500 sites appartenant a la tradition culturelle harapeenne, allant de petits villages agricoles a de grands centres urbains.

Les Grandes Villes

La ville la plus celebre de la Civilisation de la Vallee de l'Indus est Mohenjo-daro, situee dans la province moderne de Sindh au Pakistan, dans la basse Vallee de l'Indus. Le nom Mohenjo-daro est une expression sindhie signifiant approximativement Tertre des Morts. A son apogee, la ville a pu avoir une population comprise entre 40 000 et 80 000 personnes, ce qui en faisait l'une des plus grandes villes du monde antique. La ville est estimee avoir couvert une superficie d'environ 250 hectares.

Harappa, la deuxieme grande ville, se trouve dans la province du Penjab, a environ six cents kilometres au nord-est de Mohenjo-daro. Comme Mohenjo-daro, elle possedait une citadelle elevee et une ville basse, et partageait la meme qualite extraordinaire de planification urbaine et de construction.

Dholavira, dans le Rann de Kutch au Gujarat, en Inde, est l'une des villes harapeennes les mieux conservees et les plus planifiees. Elle est particulierement remarquable pour son infrastructure elaborate de gestion de l'eau. Les archeologues y ont decouvert 16 grands reservoirs creusets dans le substratum rocheux, connectes par un systeme sophistique de canaux et de drains concu pour capturer les pluies de mousson et les stocker pour une utilisation toute l'annee dans ce qui est une region tres aride.

Rakhigarhi, dans le Haryana, en Inde, est maintenant reconnu comme le plus grand site harappeen connu, couvrant environ 350 hectares. Lothal, au Gujarat, en Inde, etait une ville portuaire et un centre commercial soigneusement planifie, possedant l'un des premiers quais artificiels connus au monde.

Planification Urbaine Et Architecture : Un Chef-D'oeuvre Antique

Peut-etre la caracteristique la plus frappante de la civilisation harapeenne est l'extraordinaire sophistication de sa planification urbaine. Il ne s'agissait pas de villes qui avaient cru organiquement au fil des siecles. Elles semblent plutot avoir ete des communautes planifiees, tracees a l'avance selon une grille reguliere et construites selon des normes coherentes, puis maintenues et reconstruites selon ces memes normes pendant de nombreuses generations.

Les rues de Mohenjo-daro et Harappa courent en lignes droites alignees sur les points cardinaux, du nord au sud et d'est en ouest. Les maisons etaient construites en briques cuites, standardisees selon un rapport de 1:2:4 dans leurs dimensions. Ce rapport, qui signifie que la largeur de la brique est le double de son epaisseur et sa longueur le double de sa largeur, est le meme rapport de base utilise dans les briques structurelles dans le monde entier aujourd'hui.

Ce qui est particulierement notable est que pratiquement chaque maison, grande ou petite, etait connectee au systeme de drainage de la ville. Les Harapeens ont construit des egouts couverts en briques courant sous les rues principales. Il s'agissait d'un reseau d'egouts souterrains entierement ingenie, chaque maison etant individuellement connectee au systeme. Pour comparaison, l'ancienne Rome n'a pas construit un systeme d'egouts souterrains comparable avant le VIe siecle avant notre ere, plus de deux mille ans apres que les Harapeens l'avaient perfectionne.

Le Grand Bain

Parmi toutes les structures individuelles de Mohenjo-daro, la plus celebre est le Grand Bain. Situe sur le tertre de la Citadelle, c'est un grand bassin d'eau soigneusement construit mesurant environ 12 metres de long, 7 metres de large et 2,4 metres de profondeur. Le sol et les cotes etaient construits en briques cuites posees dans du mortier de gypse, et toute la structure etait ensuite recouverte d'une couche de goudron naturel ou de bitume pour la rendre etanche.

Le Grand Bain est largement considere comme le premier reservoir d'eau publique connu au monde. Sa construction precise et son emplacement prominent sur la Citadelle ont amene la plupart des chercheurs a conclure qu'il servait une fonction rituelle, peut-etre pour le bain ceremoniel ou la purification. S'il en est ainsi, cela representerait la premiere preuve connue des pratiques de bain rituel qui ont ete centrales dans la vie religieuse de l'Asie du Sud depuis des milliers d'annees.

Standardisation Et Administration

L'une des caracteristiques les plus remarquables de la civilisation harapeenne est l'extraordinaire degre de standardisation qui prevalait a travers son immense etendue geographique. Des briques identiques, utilisant le meme rapport de 1:2:4, ont ete trouvees sur des sites allant de l'Afghanistan au nord-ouest jusqu'au Gujarat au sud-est, une distance de bien plus de mille kilometres. Les memes poids et mesures standardises ont ete trouves sur des sites de tout le monde harappeen.

Les poids harapeens suivent un systeme binaire: 1, 2, 4, 8, 16, 32, 64, et aussi des rapports de 10, 100 et 200. La coherence de ces unites a travers la civilisation implique que les poids et mesures n'etaient pas simplement des conventions locales mais etaient maintenus a l'echelle de toute la civilisation.

L'economie Et Le Commerce Harappeen

La civilisation harapeenne etait avant tout une civilisation commerciale. Les perles en cornaline, l'un des produits les plus caracteristiques des artisans harapeens, ont ete trouvees non seulement dans tout le monde harappeen mais aussi sur des sites mesopotamiens, dont Our et Akkad, a plus de deux mille kilometres de distance.

Les textes mesopotamiens font reference a une terre appelee Meluhha comme un partenaire commercial majeur, et la plupart des chercheurs croient maintenant que Meluhha etait le monde harappeen. Le port harappeen de Lothal semble avoir ete l'un des principaux noeuds de ce reseau commercial.

L'ecriture Harapeenne : L'enigme la Plus Celebre de L'histoire

De tous les mysteres que la Civilisation de la Vallee de l'Indus nous a legues, aucun n'est plus tentant et aucun n'a frustre plus d'esprits brillants que la question de son systeme d'ecriture. L'ecriture harapeenne est connue d'environ 4 000 objets, dont la plupart sont de petits sceaux carres sculptes dans de la steatite.

Les chercheurs ont identifie environ 400 a 700 signes distincts dans l'ecriture harapeenne. L'obstacle fondamental au dechiffrement est l'absence d'un texte bilingue, un document ecrit en harappeen et dans une autre langue qui a deja ete dechiffree, comme la Pierre de Rosette qui a dechiffre les hieroglyphes egyptiens anciens.

La plupart des chercheurs croient que l'ecriture harapeenne represente une forme ancienne d'une langue dravidienne, la famille linguistique qui comprend le tamoul, le telougou, le kannada et le malayalam. Mais une minorite significative de chercheurs plaide pour une langue indo-aryenne. Sans dechiffrement, aucune de ces positions ne peut etre confirmee.

Fuentes

https://www.worldhistory.org/Indus_Valley_Civilization/ https://www.penn.museum/sites/expedition/civilization-and-floods-in-the-indus-valley/ https://lothal.org/the-enigmatic-script-of-harappan-civilization/ https://human.libretexts.org/Bookshelves/Art/Art_History_(Boundless)/11:_Art_of_South_and_Southeast_Asia_Before_1200_CE/11.01:_Early_Indus_Valley_Civilizations https://www.biblicalarchaeology.org/daily/ancient-cultures/what-an-indus-valley-civilization-wall-may-reveal-about-early-cities/ https://arxiv.org/pdf/1303.1426 https://www.khanacademy.org/humanities/world-history/world-history-beginnings/ancient-india/a/the-indus-river-valley-civilizations https://www.ashoka.edu.in/the-harappan-city-of-rakhigarhi/ https://www.countryreports.org

Societe Harapeenne : L'enigme de la Ville Egalitaire

Dans l'Egypte ancienne, la preuve de la hierarchie sociale et du pouvoir centralise est ecrasante. En Mesopotamie, les palais royaux, les enceintes de temples dedies a des dieux specifiquement nommes et les registres de taxes et de tributs rendent egalement incontestable la structure de la societe hierarchique.

Mais dans les villes harapeennes, les archeologues n'ont trouve aucune de ces choses, ou du moins aucun equivalent clair. Il n'y a pas de palais royaux evidents. Il n'y a pas de grands temples du genre qui dominaient les villes mesopotamiennes. Il n'y a pratiquement aucune representation de dirigeants, aucune scene de conquete militaire, aucun registre de guerre ou de tribut. Des armes ont ete trouvees, notamment des pointes de fleches, mais pas de grands depots d'armes, pas de fortifications concues pour la defense militaire, pas de preuve d'une classe guerriere ou d'une armee professionnelle.

Certains chercheurs ont soutenu que la societe harapeenne etait inhabituellement egalitaire, peut-etre gouvernee par un conseil de marchands ou d'anciens plutot que par des rois. D'autres soutiennent que la preuve d'egalitarisme est exageree. Ce qu'on peut affirmer avec confiance, c'est que le monde harappeen a maintenu un degre d'unite culturelle et commerciale sur une enorme superficie pendant plus d'un millenaire, et que cette unite a ete atteinte et maintenue sans le type de pouvoir militaire coercitif qui caracterisait de nombreux empires anciens.

Art Et Culture Materielle Harapeenne

La culture materielle de la Civilisation de la Vallee de l'Indus revele un peuple d'une sophistication artistique, d'une ingeniosite pratique et d'un raffinement esthetique considerables.

Parmi les artefacts individuels les plus celebres du monde harappeen se trouvent deux petites sculptures de Mohenjo-daro qui sont devenues pratiquement iconiques : la Danseuse et le Roi-Pretre.

La Danseuse est une petite figurine en bronze, de peu moins de onze centimetres de haut, representant une jeune femme dans une pose confiante et detendue : sa main droite reposant sur sa hanche, son bras gauche etendu vers le bas avec les doigts courbes, la tete legerement inclinee. La figurine a ete fabriquee en utilisant la technique de la cire perdue. Elle regarde directement devant elle avec une expression de tranquille assurance en elle-meme. C'est l'une des presences humaines individuelles les plus vivantes a avoir survecu du monde antique.

Le Roi-Pretre est une sculpture en pierre assise, d'environ dix-sept centimetres de haut, representant un homme barbu portant un manteau decore de motifs en trefle et un bandeau avec un ornement circulaire en son centre. La figure a ete appelee le Roi-Pretre parce que de nombreux chercheurs croient qu'elle represente une figure d'autorite religieuse et politique.

Religion Et Ideologie

Ce que croyaient les gens de la Civilisation de la Vallee de l'Indus reste l'une des questions les plus fascinantes et les moins solubles sur le monde antique. Un sceau de Mohenjo-daro montre une figure cornue, a trois faces, assise dans ce qui a ete interprete comme une posture de type yoga, entouree d'animaux. Cette figure a attire une attention enorme parce qu'elle a ete comparee a des representations posterieures du dieu hindou Shiva, particulierement dans son aspect de Pashupati, seigneur des animaux.

La tradition du bain rituel, si centrale dans l'hindouisme et si dramatiquement incarnee dans le Grand Bain de Mohenjo-daro, peut representer une continuite culturelle. La pratique du yoga, ou du moins certaines postures associees a la discipline mentale et physique, peut egalement avoir des racines harapeennes.

Le Declin de la Civilisation de la Vallee de L'indus

Le declin et la disparition ultime de la civilisation harapeenne est l'un des grands mysteres et tragedies de l'histoire ancienne. Une culture qui avait dure pendant des siecles, qui avait construit certaines des villes les plus impressionnantes du monde antique et maintenu un complexe reseau commercial sur une immense superficie, s'est dissoute sur une periode de quelques centaines d'annees, approximativement entre 1900 et 1300 avant notre ere.

La theorie la plus largement soutenue au cours des dernieres decennies implique le changement climatique, specifiquement un affaiblissement prolonge de la mousson d'ete indienne. Les preuves de sediments lacustres, de depots fluviaux et d'autres donnees paleoclimatiques indiquent que la region a connu une augmentation significative de l'aridite a partir d'environ 2000 avant notre ere. Cela coincide etroitement avec le debut du declin harappeen.

La theorie qui a recu le plus d'attention populaire au XXe siecle, et qui depuis a ete le plus minutieusement demontee, est la soi-disant hypothese de l'invasion aryenne. Mortimer Wheeler avait propose que l'effondrement de la civilisation harapeenne etait cause par des invasions de peuples de langue indo-aryenne venant d'Asie centrale. Cette theorie a ete largement abandonnee par les milieux academiques principaux pour de multiples raisons. Les preuves squelettiques de violence ne sont pas convaincantes. Il n'y a pas de preuve archeologique claire d'une invasion. Les preuves genetiques suggerent une continuite de population en Asie du Sud.

La vision la plus nuancee actuelle est que le declin harappeen a resulte d'une interaction de changement climatique, de stress hydrique, de perturbation des systemes agricoles et economiques, de maladie possible et du lent effondrement des reseaux administratifs et commerciaux complexes qui avaient maintenu la civilisation ensemble.

Archeologie Moderne Et la Civilisation de la Vallee de L'indus

L'archeologie de la Civilisation de la Vallee de l'Indus a considerablement progresse depuis les fouilles pionnières des annees 1920 et 1930. La technologie de teledetection, y compris les images satellitaires et la photographie aerienne, a permis aux archeologues d'identifier de nouveaux sites sans fouilles et de cartographier l'etendue des sites connus avec plus de precision.

L'analyse de l'ADN ancien a emerge ces dernieres annees comme un outil puissant pour comprendre l'histoire des populations du monde harappeen. Des etudes sur l'ADN ancien extrait de restes humains trouves sur des sites harapeens, en particulier Rakhigarhi, ont fourni des donnees importantes sur la composition genetique de la population harapeenne et ses relations avec les populations anterieures et posterieures en Asie du Sud.

Mysteres Persistants Et Recherches Futures

Malgre plus d'un siecle d'archeologie et l'application de methodes scientifiques de plus en plus sophistiquees, la Civilisation de la Vallee de l'Indus conserve une remarquable capacite a surprendre et a deconcerter. Le dechiffrement de l'ecriture harapeenne reste le graal de l'archeologie de l'Asie du Sud.

Les questions sur la gouvernance de la civilisation harapeenne restent obscures. Comment les grandes villes etaient-elles administrees ? Qui maintenait les poids et mesures standardises, faisait respecter les codes de construction et gerait les systemes de drainage ? La relation entre la civilisation harapeenne et les cultures qui lui ont succede en Asie du Sud, a la fois les cultures de langue indo-aryenne de la periode vedique et les cultures dravidiennes du sud de l'Inde, est encore imparfaitement comprise.

La Civilisation de la Vallee de l'Indus reste, apres plus d'un siecle d'etudes, l'un des chapitres les plus fascinants et les plus mysterieux de l'histoire humaine. Ce fut une civilisation de vraie grandeur, une civilisation qui accomplit des choses extraordinaires, qui dura des siecles et influenca, de manieres que nous ne pouvons pas entierement retracer, les cultures de l'Asie du Sud qui lui succederent. C'est aussi une civilisation de profond silence, dont les habitants nous ont laisse leurs batiments et leurs sceaux et leurs belles petites sculptures, mais qui ne nous ont pas encore dit qui ils etaient, en paroles que nous puissions comprendre.

La quete pour comprendre la Civilisation de la Vallee de l'Indus est, en ce sens, une quete pour comprendre une dimension fondamentale de l'histoire humaine qui a ete perdue : la voix d'un peuple qui fut parmi les premiers a batir des villes, a mesurer le monde avec precision, a connecter des communautes distantes par le commerce et a investir dans la sante et le confort des populations urbaines. Quand cette voix sera finalement entendue, elle ajoutera un chapitre entierement nouveau a notre comprehension de ce que signifie etre humain.