
La Déclaration d'indépendance
Une histoire exhaustive du document qui a changé le monde
Une histoire exhaustive du document qui a changé le monde
INTRODUCTION
Le quatre juillet 1776, les délégués réunis au Palais de l'État de Pennsylvanie à Philadelphie prirent un vote dont les répercussions se feraient sentir à travers les siècles. Après des années de conflit croissant avec la Couronne britannique, après des mois de débats douloureux, et après des jours de révisions minutieuses d'un document rédigé en grande partie par un avocat virginian de trente-trois ans nommé Thomas Jefferson, le Congrès continental adopta formellement la Déclaration d'indépendance. Ce faisant, ils annoncèrent au monde que treize colonies britanniques situées le long de la côte est de l'Amérique du Nord avaient rompu leurs liens politiques avec la Grande-Bretagne et se constituaient en États libres et indépendants.
La Déclaration d'indépendance est, à tous égards, l'un des documents les plus importants de l'histoire humaine. Son préambule contient peut-être les phrases les plus célèbres jamais composées en langue anglaise : l'affirmation que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés de certains droits inaliénables, et qu'au nombre de ces droits figurent la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Ces mots, bien qu'ils n'aient pas immédiatement transformé les réalités sociales de la nouvelle nation — l'esclavage persista pendant près d'un siècle supplémentaire, les femmes ne purent voter pendant près d'un siècle et demi — plantèrent des graines d'aspiration révolutionnaire qui ont continué à porter leurs fruits non seulement aux États-Unis, mais dans le monde entier. Les générations américaines suivantes ont invoqué la Déclaration dans leurs luttes pour l'émancipation, le droit de vote, les droits du travail et l'égalité civique. Les mouvements d'indépendance en France, en Amérique latine, au Viêt Nam et à travers l'Afrique ont puisé leur inspiration dans son langage et sa logique.
Pourtant, la Déclaration est aussi le produit de son contexte historique précis. Ses griefs contre le roi George III reflètent des frustrations coloniales particulières qui s'étaient accumulées pendant plus d'une décennie. Son langage des droits naturels émergea de traditions philosophiques spécifiques des Lumières, notamment les écrits de John Locke. Ses silences — sur l'esclavage, sur les droits des femmes, sur le statut des peuples autochtones — reflètent les limites et les contradictions de la société qui les produisit. Comprendre la Déclaration exige d'être attentif à la fois à ses aspirations universelles et à sa particularité historique.
Cet article retrace l'histoire complète de la Déclaration d'indépendance : les griefs coloniaux qui lui donnèrent naissance, le drame politique de sa création, la tradition philosophique dont ses idées furent tirées, les débats et révisions qu'elle subit au Congrès, le groupe remarquable d'hommes qui la signèrent, les aventures physiques du document lui-même à travers plus de deux siècles, et son héritage durable dans l'histoire américaine et mondiale. La Déclaration n'est pas simplement un artefact historique à admirer derrière une vitre ; c'est un texte vivant que les Américains et les habitants du monde entier continuent d'interpréter, de débattre et d'invoquer pour aborder les questions de justice, d'égalité et de la relation appropriée entre le gouvernement et les gouvernés.
Les lecteurs qui n'approchent la Déclaration qu'à travers son célèbre deuxième paragraphe passent souvent à côté de toute la richesse et de la complexité du document. Le langage philosophique élevé du préambule est suivi d'une longue liste d'accusations précises contre le roi britannique — des accusations qui reflètent une décennie de conflits constitutionnels entre les colonies et la mère patrie. Ces accusations sont elles-mêmes précédées et suivies de passages qui abordent les questions politiques et juridiques pratiques de la séparation. Lire la Déclaration dans son intégralité, et comprendre le contexte historique dont chacune de ses parties émergea, révèle un document d'une remarquable sophistication et profondeur.
CountryReports.org est fier de présenter ce traitement exhaustif de l'un des textes politiques les plus importants de l'humanité. L'histoire de la Déclaration d'indépendance est en définitive une histoire sur le pouvoir des idées — sur la manière dont des principes philosophiques formulés dans des cafés et des amphithéâtres universitaires dans l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles purent se combiner avec des griefs coloniaux spécifiques pour produire une déclaration qui changea le cours de l'histoire humaine.
La Déclaration d'indépendance américaine ne surgit pas du néant. Elle fut l'aboutissement de plus d'une décennie de conflit croissant entre les treize colonies américaines et leurs dirigeants britanniques — un conflit qui ne commença pas par un désir d'indépendance, mais par un différend sur la fiscalité et l'autorité parlementaire, et qui s'aggrava à travers une série de crises jusqu'à ce que la séparation parût à de nombreux colons la seule option viable.
Pour comprendre pourquoi la Déclaration fut rédigée, il faut remonter à 1763, à la fin de la guerre de Sept Ans (connue en Amérique du Nord sous le nom de guerre franco-indienne). La Grande-Bretagne en était sortie victorieuse mais lourdement endettée. La guerre avait été menée, en grande partie, pour défendre et étendre les colonies américaines, et le gouvernement britannique estimait qu'il était raisonnable que les colons contribuent à son financement. Par ailleurs, la Grande-Bretagne avait besoin de maintenir une armée permanente en Amérique du Nord pour défendre les vastes nouveaux territoires qu'elle avait acquis de la France. Tout cela nécessitait des revenus, et le Parlement se tourna vers les colonies comme source de financement.
La première grande loi fiscale fut le Stamp Act de 1765, qui obligeait les colons à payer une taxe sur tous les imprimés — journaux, documents juridiques, brochures, voire jeux de cartes. Cette loi n'était pas sans précédent dans la pratique impériale britannique, mais elle différait des mesures antérieures sur un point crucial : il s'agissait d'un impôt intérieur, prélevé directement sur les colons plutôt que d'une réglementation du commerce. Les colons s'y opposèrent vigoureusement, et ils le firent sur des bases constitutionnelles : pas de taxation sans représentation. Puisque les colons n'envoyaient aucun représentant au Parlement britannique, arguaient-ils, le Parlement n'avait pas le droit de les taxer directement. Seules leurs propres assemblées coloniales, au sein desquelles ils étaient représentés, pouvaient lever des impôts sur eux.
La crise du Stamp Act donna naissance au Congrès du Stamp Act de 1765, premier grand organisme politique intercolonial, qui adressa une pétition au Parlement pour son abrogation. Plus spectaculairement, elle donna naissance aux Fils de la Liberté, un réseau d'organisations politiques radicales qui usèrent d'intimidation, de boycotts et parfois de violence pour empêcher l'application de la loi. La pression économique des boycotts coloniaux sur les marchands britanniques contribua à persuader le Parlement d'abroger le Stamp Act en 1766 — mais dans le même temps, le Parlement adopta le Declaratory Act, affirmant son droit de légiférer pour les colonies en toutes matières quelconques. Le conflit constitutionnel sous-jacent n'avait pas été résolu ; il avait simplement été différé.
Le prochain point d'embrasement survint en 1767, lorsque Charles Townshend, chancelier de l'Échiquier britannique, proposa une nouvelle série de droits de douane sur les importations coloniales, notamment le verre, le plomb, la peinture, le papier et le thé. Les Townshend Acts, comme ils furent connus, étaient conçus pour générer des revenus destinés à payer les salaires des gouverneurs et juges coloniaux, les rendant ainsi indépendants des assemblées coloniales. Les colons s'y opposèrent une nouvelle fois, à la fois aux taxes elles-mêmes et à la finalité pour laquelle elles étaient prévues. Les influentes Lettres d'un fermier de Pennsylvanie de John Dickinson affirmaient que le Parlement n'avait pas le droit de prélever des taxes fiscales sur les colonies à quelque fin que ce soit. Un nouveau cycle de boycotts s'ensuivit, et les tensions montèrent.
À Boston, la situation devint particulièrement explosive. Le gouvernement britannique stationna des troupes dans la ville pour maintenir l'ordre et protéger les fonctionnaires des douanes. La présence de soldats dans une ville civile constituait en soi un grief majeur — la tradition coloniale, héritée d'Angleterre, considérait que les armées permanentes en temps de paix étaient dangereuses pour la liberté. Le soir du 5 mars 1770, une confrontation entre un groupe de colons et un détachement de soldats britanniques dégénéra en violence ; les soldats tirèrent dans la foule, tuant cinq personnes. L'événement fut immédiatement qualifié de massacre de Boston par les colons et utilisé comme propagande pour illustrer la nature tyrannique de la domination britannique. La célèbre gravure de Paul Revere, qui représentait les soldats tirant en rangs ordonnés sur une foule paisible, fut largement diffusée et contribua à enflammer l'opinion coloniale, même si elle ne ressemblait guère à ce qui s'était réellement passé.
Le même jour que le massacre de Boston, le Parlement vota l'abrogation de la plupart des droits Townshend — ne maintenant que la taxe sur le thé, en affirmation symbolique de l'autorité parlementaire. L'abrogation entraîna une période de calme relatif, mais les tensions sous-jacentes persistèrent. Le Tea Act de 1773 raviva le conflit. Cette loi accordait à la Compagnie des Indes orientales le droit de vendre du thé directement aux colonies, évinçant les marchands coloniaux et abaissant de fait le prix du thé (même en incluant la taxe). Les colons y virent cependant un stratagème pour les amener à accepter le principe de la taxation parlementaire en rendant le thé taxé moins cher que le thé de contrebande. Dans la nuit du 16 décembre 1773, un groupe de colons déguisés en Indiens mohawks monta à bord de trois navires dans le port de Boston et jeta 342 caisses de thé à l'eau. La Boston Tea Party, comme on l'appela, fut un acte de défi direct et spectaculaire.
La réponse du gouvernement britannique fut rapide et sévère. Au printemps 1774, le Parlement adopta une série de mesures que les colons baptisèrent immédiatement les Coercive Acts (et qu'ils appelèrent aussi les Intolerable Acts). Le Boston Port Act ferma le port de Boston jusqu'au remboursement du thé. Le Massachusetts Government Act modifiait la charte de la colonie, la transformant de fait en colonie royale. L'Administration of Justice Act permettait aux fonctionnaires royaux accusés de crimes dans le Massachusetts d'être jugés en Grande-Bretagne. Le Quartering Act obligeait les colons à loger des troupes britanniques. Une cinquième loi, le Quebec Act, étendait les frontières du Québec dans la vallée de l'Ohio et garantissait les droits des catholiques français — ce que les colons protestants percevaient comme une menace.
Ces mesures, destinées à isoler le Massachusetts et à punir Boston, produisirent exactement l'effet inverse. Elles unirent les colonies comme rien n'avait pu le faire auparavant. Le Premier Congrès continental se réunit à Philadelphie en septembre 1774, rassemblant des délégués de douze des treize colonies (la Géorgie n'y participait pas). Le Congrès rédigea une Déclaration des droits coloniaux, adressa une pétition au roi pour obtenir réparation, et organisa un boycott économique des marchandises britanniques par le biais d'un accord appelé l'Association continentale. Plus significativement, il convint de se réunir à nouveau le mois de mai suivant si la situation ne s'était pas améliorée.
Elle ne s'était pas améliorée. En avril 1775, le général britannique Thomas Gage envoya un détachement de troupes saisir des approvisionnements militaires coloniaux stockés à Concord, dans le Massachusetts, et arrêter les chefs patriotes Samuel Adams et John Hancock. Dans la nuit du 18 avril, Paul Revere et d'autres chevauchèrent à travers la campagne pour avertir les colons. Le matin du 19 avril, à Lexington, les troupes rencontrèrent un petit groupe de miliciens coloniaux. Quelqu'un tira un coup de feu — le célèbre « coup de feu entendu dans le monde entier » — et huit miliciens furent tués. Les troupes poursuivirent leur route jusqu'à Concord, où elles furent accueillies par une force plus importante de miliciens au North Bridge. La bataille qui s'ensuivit contraint les Britanniques à battre en retraite jusqu'à Boston sous le feu constant des tireurs d'élite coloniaux. La guerre d'indépendance américaine avait commencé.
Au cours des mois suivants, le conflit s'intensifia. Le Second Congrès continental se réunit à Philadelphie le 10 mai 1775 et se retrouva soudainement à la tête d'une guerre de fait. Des miliciens de toute la Nouvelle-Angleterre avaient assiégé Boston, et le Congrès entreprit de les organiser en une armée continentale, nommant George Washington de Virginie comme commandant en chef. La bataille de Bunker Hill en juin 1775 démontra à la fois la capacité de combat des colons et le coût élevé du conflit. En août, le roi George III proclama que les colonies étaient en état de rébellion. En décembre, le Parlement adopta le Prohibitory Act, qui déclarait pour l'essentiel les colonies hors de la protection royale et autorisait la saisie des navires américains.
Pourtant, même lorsque la guerre s'intensifiait, la plupart des dirigeants coloniaux professaient encore leur loyauté envers la Couronne britannique et formulaient leur conflit comme un différend avec le Parlement, et non avec le roi. La Pétition du rameau d'olivier de juillet 1775, rédigée par John Dickinson et signée par tous les membres du Congrès, faisait appel directement à George III pour une réconciliation. Le roi refusa même de la recevoir. Au début de 1776, l'opinion dans les colonies avait commencé à pencher décisivement vers l'indépendance, et aucun document ne fit davantage pour accélérer ce basculement que Common Sense de Thomas Paine.
Publié en janvier 1776, Common Sense se vendit à plus de 100 000 exemplaires au cours de ses trois premiers mois — un chiffre extraordinaire dans un pays comptant moins de trois millions d'habitants, dont beaucoup étaient illettrés. Paine attaquait non seulement la tyrannie parlementaire, mais l'institution de la monarchie elle-même. Il affirmait que le gouvernement héréditaire était absurde et que les rois étaient, par nature, ennemis de la liberté. Il plaida pour l'indépendance américaine dans un langage simple et direct que chacun pouvait comprendre, et esquissa une vision du gouvernement républicain qui inspira les lecteurs de tout milieu social. Common Sense transforma le débat sur l'indépendance d'une question constitutionnelle abstraite en un argument politique viscéral.
Au printemps 1776, plusieurs colonies avaient déjà autorisé leurs délégués à voter pour l'indépendance. L'opinion populaire avait radicalement évolué. La question n'était plus de savoir si les colonies devaient déclarer leur indépendance, mais quand et comment. Cette question trouva sa réponse le 7 juin 1776, lorsque Richard Henry Lee de Virginie se leva au Congrès continental et proposa la résolution qui allait mettre les événements en marche.
Le Second Congrès continental, qui se réunit à Philadelphie le 10 mai 1775, était une institution remarquable. Il n'avait aucune base légale en droit britannique ; c'était, techniquement, un organe révolutionnaire. Il n'avait pas de pouvoirs définis, pas de constitution, et aucun précédent. Pourtant, il réussit, en l'espace de six ans, à diriger une guerre révolutionnaire, à maintenir une présence diplomatique à l'étranger, à gouverner un continent en rébellion, et à produire certains des documents politiques les plus importants de l'histoire humaine.
Le Congrès se réunissait au Palais de l'État de Pennsylvanie, un élégant bâtiment de brique de style géorgien qui serait plus tard connu sous le nom d'Independence Hall. Le bâtiment avait été achevé en 1753 et servait de siège à la législature coloniale de Pennsylvanie. Lorsque le Congrès continental s'y réunit, il utilisait la grande salle du rez-de-chaussée qui servait de salle de réunion à l'Assemblée de Pennsylvanie. Cette salle — d'environ douze mètres sur douze, avec de hauts plafonds et de grandes fenêtres — serait le cadre des délibérations politiques les plus déterminantes de l'histoire américaine.
Les délégués réunis en mai 1775 venaient d'horizons divers et avaient des opinions très différentes sur la conduite à tenir par les colonies. Certains, comme John Dickinson de Pennsylvanie, étaient profondément réticents à rompre avec la Grande-Bretagne et espéraient encore une réconciliation jusqu'au tout dernier moment. D'autres, comme John Adams du Massachusetts et Richard Henry Lee de Virginie, estimaient que l'indépendance était à la fois inévitable et souhaitable. D'autres encore occupaient diverses positions sur ce spectre, et beaucoup changèrent d'avis au cours de l'année suivante.
Plusieurs délégués étaient déjà des personnalités éminentes. Benjamin Franklin, à soixante-neuf ans le doyen des membres, avait passé des années à Londres comme agent colonial, cherchant à persuader le gouvernement britannique de traiter les colonies plus équitablement. Son échec à parvenir à un quelconque accord durable l'avait finalement convaincu que l'indépendance était nécessaire. John Adams, avocat et écrivain de Boston, était l'un des défenseurs les plus acharnés des droits coloniaux depuis la crise du Stamp Act. Il était intellectuellement redoutable, passionné, et parfois difficile — des qualités qui devaient à la fois faire avancer et compliquer son rôle dans le mouvement pour l'indépendance.
Le Congrès se trouvait confronté à un problème pratique immédiat : il était, en fait, le gouvernement de treize colonies distinctes qui ne disposaient d'aucun mécanisme établi d'action collective. Ses décisions n'étaient techniquement que des recommandations ; il n'avait pas le pouvoir de lever des impôts, pas le pouvoir d'imposer le service militaire, et aucune autorité légale reconnue. Il fonctionnait par consensus et persuasion, et conduisait ses délibérations dans le secret, les fenêtres et les portes du Palais de l'État fermées pour éviter les écoutes. La règle du secret était strictement appliquée ; les délégués n'étaient pas censés parler des travaux, même à des membres de leur famille.
Au cours de l'automne et de l'hiver 1775 et dans les premiers mois de 1776, le Congrès étendit progressivement ses fonctions. Il établit une armée continentale et une marine. Il autorisa l'impression de papier-monnaie. Il noua des contacts avec de potentiels alliés étrangers. Il commença, en fait, à agir comme le gouvernement d'une nation indépendante, avant même que l'indépendance n'eût été formellement déclarée. La logique des événements poussait les délégués vers une rupture formelle, même si beaucoup d'entre eux continuaient à y résister émotionnellement et idéologiquement.
Au printemps 1776, le débat sur l'indépendance était devenu impossible à esquiver. Common Sense de Paine avait transformé l'opinion publique. Plusieurs colonies avaient adopté leurs propres nouvelles constitutions. Les Britanniques avaient recruté des mercenaires hessois — des soldats allemands — pour combattre en Amérique, une mesure que de nombreux colons trouvaient profondément offensante. Et le roi avait rejeté la Pétition du rameau d'olivier dans des termes qui montraient clairement qu'il n'avait aucun intérêt pour la négociation. La question était mûre pour être soumise au vote.
Le mouvement formel vers l'indépendance commença le 7 juin 1776, lorsque Richard Henry Lee de Virginie se leva au Congrès et proposa une résolution qui avait été rédigée par la Convention de Virginie. Lee était l'un des membres les plus éloquents et les plus déterminés du Congrès, un homme grand et mince à la présence imposante, qui avait été parmi les premiers et les plus constants défenseurs des droits coloniaux. Il avait perdu les doigts de sa main droite dans un accident de chasse et portait habituellement un morceau de soie noire enroulé autour du moignon, ce qui lui donnait une apparence distinctive qui ajoutait à son air d'autorité déjà considérable.
La résolution de Lee, proposée sur instructions de la Virginie, comportait trois clauses distinctes. La première déclarait que les Colonies unies sont, et de droit doivent être, des États libres et indépendants, qu'elles sont dégagées de toute allégeance envers la Couronne britannique, et que tout lien politique entre elles et l'État de Grande-Bretagne est, et doit être, totalement dissous. La deuxième déclarait qu'il était opportun de prendre immédiatement les mesures les plus efficaces pour former des alliances étrangères. La troisième réclamait qu'un plan de confédération soit préparé et transmis aux colonies respectives pour leur examen et leur approbation.
La résolution suscita un débat immédiat et intense. Les partisans de l'indépendance, conduits par John Adams et Lee lui-même, firent valoir que le temps des hésitations était révolu — que les colonies étaient déjà en guerre avec la Grande-Bretagne, que le roi les avait déclarées en rébellion, et que l'indépendance formelle était nécessaire pour obtenir des alliances étrangères, notamment avec la France. Les opposants, menés par Dickinson et Robert Livingston de New York, arguaient que les colonies n'étaient pas encore prêtes, que l'opinion publique dans certaines colonies (notamment les colonies du milieu que sont New York, la Pennsylvanie, le New Jersey et le Delaware) ne soutenait pas encore l'indépendance, et qu'une déclaration prématurée pourrait être fatale à la cause.
Après le débat des 7 et 8 juin, le Congrès vota le report du vote final de trois semaines, au 1er juillet, pour laisser aux délégations des colonies les plus réticentes le temps de recevoir de nouvelles instructions de leurs législatures locales. Mais dans le même temps, reconnaissant qu'une déclaration serait nécessaire si l'indépendance était votée, le Congrès nomma un Comité des Cinq pour préparer un document approprié. C'est ce comité, et le travail qu'il entreprit au cours des semaines suivantes, qui allait produire la Déclaration d'indépendance.
Le 11 juin 1776, le Congrès continental nomma un Comité des Cinq pour rédiger une déclaration d'indépendance en prévision du vote sur la résolution de Lee. Les cinq membres étaient Thomas Jefferson de Virginie, John Adams du Massachusetts, Benjamin Franklin de Pennsylvanie, Roger Sherman du Connecticut et Robert R. Livingston de New York.
Le comité représentait un équilibre géographique et politique soigneusement calculé. Jefferson, le plus jeune des cinq à trente-trois ans, était déjà reconnu comme un écrivain d'un talent exceptionnel ; son Aperçu sommaire des droits de l'Amérique britannique (1774) avait témoigné d'une remarquable capacité à articuler les griefs coloniaux dans une prose vivante et vigoureuse. Adams était le défenseur le plus éminent de l'indépendance au Congrès, mais il était aussi reconnu comme une personnalité quelque peu combative dont l'implication en tant qu'auteur principal aurait pu donner l'impression que le document était trop étroitement associé aux radicaux du Massachusetts. Franklin, à soixante-dix ans, était l'Américain le plus célèbre dans le monde ; sa présence au comité conférait à celui-ci un prestige qu'il n'aurait pas pu avoir autrement. Sherman et Livingston complétaient la représentation géographique.
Selon les souvenirs ultérieurs d'Adams, le comité convint rapidement que Jefferson devait rédiger le premier jet. Adams rappela qu'il avait pressé Jefferson d'accepter la tâche pour plusieurs raisons : Jefferson était virginian, et la participation de la Virginie était cruciale pour le succès du mouvement pour l'indépendance ; Jefferson avait une aisance d'expression qui dépassait de loin tout ce qu'Adams pouvait produire ; et Adams était déjà trop connu comme partisan de l'indépendance, ce qui rendait politiquement important que le document parût provenir d'une gamme plus large de voix. Jefferson déclina dans un premier temps, suggérant apparemment qu'Adams le rédigeât, mais Adams fut insistant.
Jefferson lui-même décrivit plus tard le processus de manière quelque peu différente, ne disant que peu de choses sur les délibérations du comité et insistant plutôt sur la mesure dans laquelle son projet s'appuyait sur sa propre réflexion philosophique et sur des textes politiques existants. La vérité se situait probablement entre les deux — le comité eut vraisemblablement quelques échanges sur la structure et le contenu général du document avant que Jefferson ne s'assiît pour rédiger, et Jefferson s'appuya vraisemblablement sur divers textes existants et ses propres écrits antérieurs pour élaborer son projet.
Le comité se réunit à plusieurs reprises pour examiner le projet de Jefferson avant de le soumettre au Congrès. Adams et Franklin apportèrent tous deux quelques modifications au texte de Jefferson, mais celles-ci furent relativement mineures. Adams rappela plus tard qu'il n'avait effectué que deux ou trois ajouts au projet, tandis que la modification la plus mémorable de Franklin fut la substitution de l'expression vérités sacrées et indéniables par vérités qui s'imposent d'elles-mêmes dans ce qui devint le célèbre deuxième paragraphe — une modification que certains historiens contestent et que d'autres acceptent. Quels que fussent la nature précise de leurs contributions éditoriales, le Comité des Cinq soumit le projet au Congrès plénier le 28 juin 1776.
Thomas Jefferson naquit le 13 avril 1743 à la plantation de Shadwell dans le comté d'Albemarle, en Virginie. Son père, Peter Jefferson, était un planteur et arpenteur autodidacte qui mourut quand Thomas avait quatorze ans, lui laissant un important héritage de terres et d'esclaves. Thomas fut éduqué au College of William and Mary à Williamsburg, où il fut influencé par William Small, un professeur écossais qui l'initia aux idées des Lumières britanniques et écossaises, et par George Wythe, l'un des esprits juridiques les plus distingués de l'Amérique coloniale. Après avoir étudié le droit avec Wythe, Jefferson fut admis au barreau de Virginie en 1767 et établit rapidement une clientèle prospère.
Jefferson était aussi un homme aux talents d'une portée extraordinaire. Il s'intéressait profondément à l'architecture, à l'histoire naturelle, à l'agriculture, à la musique et à la philosophie, et il poursuivit tous ces intérêts avec la même intensité qu'il apportait à la politique et au droit. Il était un lecteur avide dont la bibliothèque compterait finalement quelque 6 500 volumes — l'une des plus grandes collections privées d'Amérique — et il était familier des grandes œuvres philosophiques, scientifiques et littéraires de son temps dans leurs langues originales (il lisait le latin, le grec, le français et l'italien). Il fut élu à la Chambre des bourgeois de Virginie en 1769 et s'imposa rapidement comme l'un des auteurs les plus efficaces dans la tradition législative coloniale.
En 1776, Jefferson avait déjà fait la preuve de son talent pour la prose politique dans plusieurs documents remarquables. Un aperçu sommaire des droits de l'Amérique britannique (1774), initialement rédigé en tant qu'instructions pour les délégués virginiens au Premier Congrès continental, présentait les griefs coloniaux contre la Grande-Bretagne sous une forme à la fois intellectuellement sophistiquée et émotionnellement percutante. Il fut largement diffusé et contribua à établir la réputation de Jefferson comme la plume la plus capable du mouvement politique colonial. Son projet de constitution pour la Virginie, rédigé durant le même été que la Déclaration, faisait preuve des mêmes qualités : une structure logique claire, une aisance avec le langage des droits naturels, et une volonté de pousser l'argument politique jusqu'à ses conclusions logiques.
Malgré ces accomplissements, Jefferson ne se considérait pas principalement comme un homme politique. Il trouvait la vie publique fréquemment frustrante et épuisante, et préférait les plaisirs privés de Monticello, la remarquable maison qu'il construisait au sommet d'une colline dans le comté d'Albemarle, à la tedium des réunions politiques. Il était venu à Philadelphie à contrecœur au printemps 1776, laissant derrière lui sa femme Martha, dont la santé était fragile, et sa maison inachevée. Ses lettres de Philadelphie pendant cette période révèlent un homme qui aspirait à être ailleurs — qui trouvait les querelles politiques du Congrès fastidieuses et qui s'inquiétait constamment des affaires chez lui.
Pourtant, malgré toute son ambivalence à l'égard de la politique, Jefferson apporta à la tâche de rédiger la Déclaration une préparation intellectuelle que nul autre au Congrès n'aurait pu égaler. Il avait passé des années à lire dans la tradition de la philosophie des droits naturels — Locke, Sidney, Burlamaqui, Vattel — et il avait réfléchi profondément aux fondements philosophiques du gouvernement. Il avait également accumulé une connaissance détaillée des griefs coloniaux spécifiques à travers des années de service à la législature de Virginie et sa lecture de la littérature politique coloniale. Lorsqu'il s'assit pour rédiger la Déclaration, il puisait dans une décennie de préparation intellectuelle intensive.
Jefferson dit plus tard que, en rédigeant la Déclaration, il ne cherchait pas à trouver de nouveaux principes ni de nouveaux arguments, jamais encore pensés, mais à présenter à l'humanité le sens commun du sujet, en des termes si clairs et si fermes qu'ils commandent son assentiment. Cette déclaration est souvent citée pour laisser entendre que la Déclaration n'était qu'une compilation d'idées largement partagées, mais cela sous-estime le mérite de Jefferson. Le génie de la Déclaration ne réside pas dans l'originalité de ses idées individuelles, mais dans la manière dont ces idées sont organisées et exprimées — dans la structure logique de l'argumentation, la précision et la beauté du langage, et la façon dont les griefs coloniaux particuliers sont inscrits dans un cadre philosophique universel.
Le cadre physique dans lequel la Déclaration fut rédigée et adoptée est indissociable de son histoire. Le Palais de l'État de Pennsylvanie, qui serait plus tard rebaptisé Independence Hall, se dressait sur Chestnut Street à Philadelphie, entre les Cinquième et Sixième Rues. C'était un bâtiment de brique rouge de style géorgien d'une élégance considérable, avec une tour centrale surmontée d'un clocher en bois depuis lequel une cloche (connue plus tard sous le nom de Liberty Bell) avait sonné pour convoquer la législature coloniale en session. Le bâtiment avait été achevé en 1753 et était le plus grand et le plus impressionnant édifice public de la ville coloniale.
La principale salle de délibération du Congrès occupait la pièce est au rez-de-chaussée du bâtiment. C'était un espace relativement modeste — peut-être douze mètres sur douze — meublé de chaises Windsor et de longues tables recouvertes d'un drap de baize vert. Les délégués étaient assis à ces tables en un demi-cercle approximatif face au fauteuil du président de séance. Durant l'été 1776, la salle était chaude et étouffante ; les fenêtres étaient maintenues fermées pendant les débats pour préserver le secret, et les étés de Philadelphie sont notoirement torrides. L'odeur des chevaux venant de la rue en dessous se mêlait à la sueur et à la fumée de tabac des délégués assemblés. Ce n'était pas un environnement confortable pour délibérer du destin d'un continent.
Jefferson ne rédigea pas la Déclaration au Palais de l'État lui-même. Il logeait dans des chambres louées à l'angle sud-ouest de Market Street et de la Septième Rue, à quelques minutes à pied du Palais de l'État, dans une nouvelle maison de brique appartenant à un maçon nommé Jacob Graff. Jefferson occupait le deuxième étage, composé d'un salon et d'une chambre. C'est dans ce salon, à un bureau portatif qu'il avait lui-même conçu (le bureau est aujourd'hui conservé au Smithsonian Institution), que Jefferson rédigea la Déclaration. Le logement avait été choisi pour sa relative tranquillité et sa distance par rapport au bruit et aux odeurs des marchés de Philadelphie, et le bâtiment, connu aujourd'hui sous le nom de Declaration House ou Graff House, a été reconstruit et est entretenu par le National Park Service en tant que site historique.
Le bâtiment était neuf en 1776, ayant été achevé l'année précédente, et les chambres de Jefferson étaient confortables selon les normes de l'époque. Il travaillait à son bureau portatif, un meuble compact doté d'un tiroir pour les fournitures d'écriture et d'une surface inclinée pour écrire. Le bureau était de la propre conception de Jefferson, et il l'utilisa pour le reste de sa vie ; il devint l'une de ses possessions les plus précieuses et un lien tangible avec l'acte de création qu'il avait accompli durant l'été 1776. Jefferson fit plus tard don du bureau au mari de sa petite-fille, le décrivant comme le petit bureau à écrire sur lequel il avait rédigé le document qui avait donné la liberté au monde.
Jefferson travailla à la Déclaration pendant peut-être deux semaines, d'environ le 11 au 28 juin 1776. Il produisit plusieurs ébauches, révisant au fur et à mesure, avant de soumettre le document à Adams et Franklin pour examen. Il dit plus tard qu'il ne consulta aucun livre ni brochure durant le processus de rédaction, s'appuyant uniquement sur son propre esprit, mais cette affirmation doit être traitée avec un certain scepticisme compte tenu des influences manifestes sur son langage et sa pensée.
La principale dette intellectuelle était envers John Locke, dont le Deuxième Traité du gouvernement civil (1689) fournissait le cadre fondamental de l'argumentation de la Déclaration. Locke avait soutenu que la loi naturelle dotait tous les êtres humains de droits à la vie, à la liberté et à la propriété ; que les gouvernements étaient institués avec le consentement des gouvernés pour protéger ces droits ; et que lorsqu'un gouvernement violait ces droits de manière suffisamment constante, le peuple avait le droit — voire le devoir — de le modifier ou de l'abolir. Jefferson traduisit ce cadre lockéen dans son propre langage, substituant la recherche du bonheur à la propriété de Locke (un changement dont la signification a été débattue par les historiens depuis lors) et inscrivant l'argumentation philosophique dans le contexte spécifique du différend colonial avec la Grande-Bretagne.
Jefferson s'appuya également sur plusieurs textes politiques existants. La Déclaration des droits de Virginie de George Mason, adoptée par la Convention de Virginie le 12 juin 1776 — alors même que Jefferson commençait à travailler à la Déclaration — contenait un langage frappamment similaire au préambule de la Déclaration. Le document de Mason déclarait que tous les hommes sont par nature également libres et indépendants et possèdent certains droits inhérents dont, lorsqu'ils entrent en société, ils ne peuvent priver ni déposséder leur postérité par aucun pacte ; à savoir, la jouissance de la vie et de la liberté, avec les moyens d'acquérir et de posséder des biens, et de poursuivre et d'obtenir le bonheur et la sécurité. La question de savoir si Jefferson fut directement influencé par la déclaration de Mason ou si les deux hommes puisaient dans le même fonds commun d'idées des Lumières est un débat que les historiens n'ont pas tranché de manière définitive.
Jefferson s'appuya également sur ses propres écrits antérieurs, notamment Un aperçu sommaire des droits de l'Amérique britannique et son projet de constitution pour la Virginie, qui contenaient tous deux des versions d'arguments et de formulations qui allaient figurer dans la Déclaration. La liste des griefs dans la Déclaration ressemble étroitement à des listes similaires dans ces deux documents antérieurs. Jefferson synthétisait et perfectionnait, en quelque sorte, des arguments qu'il développait depuis des années.
Le projet initial que Jefferson soumit à Adams et Franklin était quelque peu plus long que la version finale adoptée par le Congrès. Adams et Franklin apportèrent tous deux un certain nombre de modifications mineures. La plus significative des modifications de Franklin, comme mentionné ci-dessus, fut peut-être la transformation de vérités sacrées et indéniables par vérités qui s'imposent d'elles-mêmes. Les modifications d'Adams furent de même ampleur. Le Comité des Cinq soumit ensuite le projet au Congrès plénier le 28 juin 1776, soit quatre jours seulement avant le vote prévu sur la résolution de Lee.
La Déclaration d'indépendance ne fut pas créée dans un vide intellectuel. Elle s'appuyait sur une riche tradition de philosophie politique qui s'était développée en Europe au cours du siècle et demi précédent, tradition généralement regroupée sous l'appellation des Lumières. Pour comprendre pleinement la Déclaration, il faut comprendre la tradition philosophique dont ses idées maîtresses furent tirées.
L'influence intellectuelle la plus importante sur la philosophie politique de la Déclaration fut celle de John Locke (1632-1704), le philosophe anglais dont les Deux Traités du gouvernement civil (1689) offrirent l'articulation la plus systématique de la théorie des droits naturels et du contrat social. Locke rédigea les Deux Traités pour défendre la Glorieuse Révolution de 1688, qui avait renversé Jacques II au motif qu'il avait violé le pacte constitutionnel entre le roi et le peuple. Locke affirmait que les êtres humains à l'état de nature sont dotés par Dieu de certains droits naturels — à la vie, à la liberté et à la propriété. Ils entrent en société civile et établissent des gouvernements dans le but de protéger ces droits plus efficacement qu'ils ne pourraient le faire individuellement. La légitimité du gouvernement repose entièrement sur sa capacité à remplir cette fonction protectrice ; s'il y échoue, ou s'il viole activement les droits qu'il était censé protéger, le peuple a le droit de lui résister et, en dernier ressort, de le renverser.
Ce cadre — droits naturels, contrat social, droit de révolution — correspond presque exactement à la structure du préambule de la Déclaration. La formule de Jefferson selon laquelle les gouvernements sont institués parmi les hommes, tirant leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés est une paraphrase directe de la théorie politique lockéenne. L'argument selon lequel lorsqu'une forme de gouvernement devient destructrice de ces fins, il est du droit du peuple de la modifier ou de l'abolir, et d'instituer un nouveau gouvernement est le droit de révolution lockéen appliqué à la situation spécifique des colonies américaines.
Mais Locke n'était pas la seule influence. Jean-Jacques Burlamaqui, un philosophe suisse dont les Principes du droit naturel (1747) étaient largement lus dans les colonies, contribua à la réflexion de Jefferson sur la nature du bonheur comme fin humaine et objet légitime de la préoccupation politique. L'accent mis par Burlamaqui sur le bonheur comme faisant partie de la tradition du droit naturel a pu influencer la décision de Jefferson d'utiliser la formule la recherche du bonheur plutôt que la formulation lockéenne plus habituelle de la propriété. Le Droit des gens (1758) d'Emer de Vattel fournissait un cadre de réflexion sur les droits des États souverains en droit international, ce qui était pertinent pour la revendication de la Déclaration selon laquelle les nouveaux États-Unis avaient droit à la place distincte et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature leur donnaient droit.
Les Lumières écossaises jouèrent également un rôle significatif. Francis Hutcheson, un philosophe écossais qui enseignait à l'Université de Glasgow, développa l'idée que les jugements moraux reposent sur un sens moral — une capacité intuitive de percevoir le bien et le mal — et utilisa ce cadre pour défendre l'égalité naturelle des êtres humains et la légitimité de la résistance à la tyrannie. Son influence sur la pensée américaine fut omniprésente ; plusieurs signataires de la Déclaration avaient été éduqués par des enseignants qui étaient eux-mêmes des disciples de la tradition hutchesonienne. La formule vérités qui s'imposent d'elles-mêmes dans la Déclaration reflète peut-être l'influence de Hutcheson, qui utilisait abondamment le langage de l'évidence dans sa philosophie morale.
L'influence de la tradition républicaine anglaise — notamment les écrits d'Algernon Sidney (1623-1683), dont les Discours sur le gouvernement plaidaient pour la souveraineté populaire et le droit de résistance — ne doit pas non plus être sous-estimée. Sidney fut exécuté pour trahison par Charles II et devint un martyr de la cause de la liberté anglaise ; ses écrits furent largement lus dans les colonies et furent cités par Jefferson et d'autres comme des formulations faisant autorité sur les principes du gouvernement libre.
Il est important de noter, cependant, que les Pères fondateurs ne se contentèrent pas de copier ces idées européennes pour les appliquer mécaniquement à la situation américaine. La tradition intellectuelle dont ils s'inspirèrent fut transmise à travers des décennies d'expérience et de débat politiques coloniaux. Les griefs spécifiques énumérés dans la Déclaration ne reflètent pas des abstractions philosophiques, mais des conflits constitutionnels concrets qui avaient fait l'objet de brochures, d'articles de journaux et de débats législatifs pendant plus d'une décennie. Le cadre philosophique des droits naturels et du contrat social donnait aux colons un langage leur permettant d'articuler des griefs qu'ils vivaient et sur lesquels ils réfléchissaient depuis des années. Le mérite de Jefferson fut de fusionner ce cadre philosophique avec la situation coloniale spécifique d'une manière à la fois logiquement cohérente et rhétoriquement puissante.
La Déclaration reflète également l'influence de ce que les historiens ont appelé la tradition républicaine civique, qui s'appuyait sur l'histoire de la Rome antique et des cités-États italiennes de la Renaissance pour développer des idées sur le lien entre liberté, vertu civique et gouvernement autonome. Cette tradition, transmise aux Américains par des auteurs comme Niccolò Machiavelli, James Harrington et les écrivains d'opposition anglais connus sous le nom de Country Party, soulignait les dangers de la corruption, l'importance d'une citoyenneté active, et la tendance du pouvoir à s'étendre aux dépens de la liberté. Ces thèmes sont évidents dans l'accusation portée par la Déclaration selon laquelle le roi a créé une multitude de nouveaux emplois, et envoyé ici des essaims de fonctionnaires pour harceler notre peuple et dévorer sa substance — un avertissement républicain civique classique contre la corruption du gouvernement par le clientélisme et l'expansion bureaucratique.
L'influence des Lumières sur la Déclaration ne se limitait pas à sa philosophie politique. Le mode rhétorique caractéristique du document — son appel à la raison, son invocation de principes universels, sa confiance en ce que la vérité est évidente et accessible à tous les êtres rationnels — reflète la foi des Lumières dans la raison comme fondement du progrès humain et de l'organisation sociale. La Déclaration n'invoque pas les Écritures, la tradition ni la légitimité dynastique. Elle invoque les lois de la nature et du Dieu de la nature — une formulation qui fait référence à l'autorité religieuse tout en la définissant en termes essentiellement rationnels et universels. Cela était caractéristique de la sensibilité religieuse déiste que partageaient de nombreux Américains cultivés de la génération révolutionnaire — une croyance en un Créateur qui avait doté l'univers de lois rationnelles que la raison humaine pouvait découvrir et appliquer.
Lorsque le projet de Jefferson fut soumis au Congrès plénier le 28 juin 1776, les délégués avaient déjà voté, le 2 juillet, pour adopter la résolution de Lee en faveur de l'indépendance — l'acte légal de séparation lui-même. La Déclaration n'était donc pas l'acte d'indépendance en tant que tel, mais l'annonce publique et la justification de cet acte. Cette distinction est importante pour comprendre les débats qui suivirent : le Congrès ne débattait pas de l'opportunité de déclarer l'indépendance, mais de la manière d'expliquer et de justifier ce qu'il avait déjà fait.
Le Congrès débattit de la Déclaration les 2, 3 et 4 juillet 1776. Jefferson traversa ces débats dans ce qu'il décrivit plus tard comme un silence tourmenté, grimaçant à mesure que les délégués supprimaient, modifiaient et réorganisaient son texte. John Adams, qui admirait énormément le projet, le défendit de son mieux, mais le Congrès apporta des modifications substantielles.
Le nombre total de mots supprimés du projet de Jefferson lors de la révision par le Congrès représentait environ un quart du texte original — quelque 630 mots furent retranchés d'un projet d'environ 2 500 mots. Beaucoup de ces suppressions étaient stylistiques ; le Congrès resserra et simplifia la prose parfois ornée de Jefferson. Mais certaines modifications étaient substantiellement significatives.
La coupure la plus spectaculaire fut la suppression de la longue clause de Jefferson sur l'esclavage. Le projet original de Jefferson comprenait un long passage imputant au roi George III la responsabilité de la traite des esclaves, dans un langage d'une considérable passion morale. Jefferson écrivait que le roi avait mené une guerre cruelle contre la nature humaine elle-même, en violant ses droits les plus sacrés à la vie et à la liberté dans la personne d'un peuple lointain qui ne l'avait jamais offensé, en les capturant et en les emmenant en esclavage dans un autre hémisphère. Il accusait le roi d'avoir réprimé toute tentative législative des colons pour restreindre la traite des esclaves et d'avoir récemment incité les esclaves à se révolter contre leurs maîtres. Ce passage fut supprimé dans son intégralité.
La suppression du passage antiesclavagiste représentait un échec moral significatif du moment fondateur, et Jefferson lui-même le reconnut, imputant la suppression à la Caroline du Sud et à la Géorgie, qui n'avaient jamais cherché à restreindre l'importation d'esclaves, et il notait que leurs frères du Nord se sentaient également quelque peu froissés par ces censures ; car bien que leur peuple possédât très peu d'esclaves eux-mêmes, ils en avaient été d'assez importants transporteurs vers d'autres. Le passage fut supprimé non parce que le Congrès était en désaccord avec l'idée que la traite des esclaves était un mal, mais parce que plusieurs délégués, notamment du Deep South, n'accepteraient pas un langage semblant condamner une institution dont leurs économies dépendaient, et parce que le passage était logiquement maladroit — il imputait au roi la responsabilité d'un commerce auquel les colons eux-mêmes avaient participé avec enthousiasme.
La suppression de ce passage est l'une des décisions éditoriales les plus lourdes de conséquences de l'histoire américaine. Si elle était restée dans la Déclaration, elle aurait créé une tension formelle, publique et constitutionnelle entre les principes fondateurs de la nation et la pratique de l'esclavage, qu'il aurait été plus difficile d'ignorer. La suppression permit de dissimuler — temporairement — les contradictions d'une république esclavagiste fondée sur le principe que tous les hommes sont créés égaux. Ces contradictions nécessiteraient finalement une guerre civile pour commencer à être résolues.
D'autres modifications étaient moins spectaculaires, mais néanmoins significatives. Le Congrès ajouta le mot unanime au titre, en faisant la Déclaration unanime des treize États-Unis d'Amérique. Plusieurs passages de la liste des griefs furent raccourcis ou clarifiés. Un passage critiquant le peuple britannique (par opposition au gouvernement britannique) pour n'avoir pas tenu compte des protestations coloniales fut maintenu, mais quelque peu adouci. La célèbre formule vérités sacrées et indéniables fut remplacée par vérités qui s'imposent d'elles-mêmes — bien que, comme mentionné ci-dessus, il soit incertain si ce changement fut effectué par Franklin en comité ou par le Congrès lors du débat en séance plénière.
Malgré ces modifications — et Jefferson maintint toujours que le Congrès avait mutilé son projet — la Déclaration qui émergea de la révision par le Congrès était, pour l'essentiel, très proche de l'original de Jefferson. Le préambule philosophique était pratiquement intact. La structure de l'argumentation fut préservée. Le langage demeura, pour l'essentiel, celui de Jefferson. La Déclaration d'indépendance telle qu'adoptée le 4 juillet 1776 est, à tous égards essentiels, l'œuvre de Thomas Jefferson.
Le vote sur la Déclaration fut pris le 4 juillet 1776. Douze délégations votèrent en faveur ; New York s'abstint, ses délégués n'ayant reçu aucune instruction de leur législature locale les autorisant à voter pour l'indépendance. (New York ratifierait formellement la Déclaration le 9 juillet.) La Déclaration fut alors ordonnée d'être gravée — transcrite en belle écriture sur parchemin — et signée par les membres du Congrès.
La Déclaration d'indépendance est un document soigneusement structuré, et comprendre sa structure éclaire son argumentation. Elle peut être divisée en cinq parties distinctes, chacune servant un objectif rhétorique et logique précis.
La première partie est l'introduction, ou préambule, constituée d'une seule phrase. Cette phrase explique pourquoi la Déclaration est émise : lorsqu'un peuple doit dissoudre ses liens politiques avec un autre, le respect décent des opinions de l'humanité exige qu'il déclare les causes qui le poussent à la séparation. Le préambule est à la fois une prise en compte de l'opinion internationale et une affirmation que l'action des colons requiert une justification aux yeux du monde — il postule que la légitimité politique n'est pas simplement une question de pouvoir, mais de justification à des observateurs rationnels.
La deuxième partie est la section philosophique, souvent appelée le préambule proprement dit ou le préambule philosophique, commençant par Nous tenons ces vérités pour évidentes en elles-mêmes. Cette section, qui ne comporte que deux paragraphes dans la copie gravée, contient le langage le plus célèbre et le plus philosophiquement significatif du document. Elle établit le cadre philosophique — droits naturels, contrat social, droit de révolution — dans lequel les griefs spécifiques doivent être compris. L'affirmation que tous les hommes sont créés égaux et dotés de droits inaliénables constitue le fondement axiomatique de l'ensemble du document ; tout ce qui suit est présenté comme découlant logiquement de ces prémisses.
La troisième partie est la liste des accusations contre le roi George III, la section la plus longue du document, comprenant vingt-sept chefs d'accusation numérotés. Cette section a souvent été sous-estimée par les lecteurs principalement attirés par le préambule philosophique, mais elle était, sur le plan juridique et politique, le cœur du document. La Déclaration était structurée comme un mémoire juridique — elle présentait des accusations, et ces accusations devaient être suffisamment graves et nombreuses pour justifier le remède extrême de la révolution. Les accusations sont soigneusement organisées : elles commencent par le refus du roi d'approuver la législation coloniale, passent par des violations de plus en plus graves des droits constitutionnels, et culminent avec des atrocités militaires et le recrutement de mercenaires. La progression va de la violation constitutionnelle à la guerre ouverte — d'un mauvais roi à un tyran, puis à un ennemi.
La quatrième partie est l'appel à l'opinion publique britannique, un passage qui s'adresse directement aux citoyens britanniques et explique pourquoi les colons n'ont pas pu compter sur eux pour obtenir réparation. Ce passage est parfois négligé, mais il est important pour la structure du document : il ferme la possibilité d'une réconciliation en arguant que toutes les voies ont été épuisées, que même les appels au bon sens et à la décence britanniques ont été ignorés.
La cinquième partie est la conclusion, qui déclare formellement l'indépendance et précise les pouvoirs que les nouveaux États revendiquent en tant que nations indépendantes. La conclusion invoque le Juge suprême du monde comme témoin de la rectitude des intentions des colons, et se clôt par le célèbre engagement par lequel les signataires se pledgent mutuellement leurs Vies, leurs Fortunes et leur sacré Honneur.
Cette structure — cadre philosophique, accusations précises, conclusion — était bien adaptée aux objectifs du document. Elle présentait la déclaration d'indépendance non comme un acte de rébellion, mais comme une réponse raisonnée à une tyrannie intolérable. Elle fondait les revendications politiques spécifiques des colons américains sur des principes universels applicables à tous les peuples. Et elle le faisait dans un langage d'une clarté, d'une force et d'une beauté inhabituelles.
Ce qui suit est le texte intégral verbatim de la Déclaration d'indépendance, tel qu'il a été transcrit à partir de la gravure Stone du parchemin de la Déclaration d'indépendance (le document exposé dans la Rotonde du musée des Archives nationales). L'orthographe et la ponctuation reflètent l'original. Ce texte est reproduit d'après la transcription officielle publiée par les Archives nationales à l'adresse www.archives.gov/founding-docs/declaration-transcript. En tant que document du gouvernement des États-Unis datant de 1776, la Déclaration d'indépendance est dans le domaine public.
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Au Congrès, le 4 juillet 1776
La Déclaration unanime des treize États-Unis d'Amérique,
Lorsque, dans le cours des événements humains, il devient nécessaire pour un peuple de dissoudre les liens politiques qui l'ont uni à un autre, et d'occuper parmi les puissances de la terre la place distincte et égale à laquelle les lois de la nature et du Dieu de la nature lui donnent droit, le respect décent des opinions de l'humanité exige qu'il déclare les causes qui le poussent à la séparation.
Nous tenons ces vérités pour évidentes en elles-mêmes, que tous les hommes sont créés égaux, qu'ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables, qu'au nombre de ces droits figurent la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur. -- Que pour garantir ces droits, des gouvernements sont institués parmi les hommes, tirant leurs justes pouvoirs du consentement des gouvernés, -- Que toutes les fois qu'une forme de gouvernement devient destructive de ces fins, le peuple a le droit de la modifier ou de l'abolir, et d'instituer un nouveau gouvernement, en l'établissant sur de tels principes et en organisant ses pouvoirs sous telle forme qui lui paraissent les plus propres à assurer sa Sécurité et son Bonheur. La prudence commandera, bien sûr, de ne pas changer pour des causes légères et passagères des gouvernements établis de longue date ; et, en conséquence, toute l'expérience a montré que les hommes sont plus enclins à souffrir, tant que les maux sont supportables, qu'à se faire justice en abolissant les formes auxquelles ils sont accoutumés. Mais lorsqu'une longue suite d'abus et d'usurpations, poursuivant invariablement le même objet, révèle le dessein de les soumettre à un despotisme absolu, il est de leur droit, il est de leur devoir, de rejeter un tel gouvernement et de pourvoir à de nouvelles garanties pour leur sécurité future. -- Telle a été la patience dont ont fait preuve ces Colonies ; telle est maintenant la nécessité qui les contraint à modifier leurs anciens systèmes de gouvernement. L'histoire du présent Roi de Grande-Bretagne est une histoire de blessures et d'usurpations répétées, ayant toutes pour objet direct l'établissement d'une Tyrannie absolue sur ces États. Pour le prouver, que les Faits soient soumis à un monde impartial.
Il a refusé son Assentiment aux Lois les plus utiles et nécessaires au bien public.
Il a interdit à ses Gouverneurs de passer des Lois d'une importance immédiate et pressante, à moins qu'elles ne soient suspendues dans leur application jusqu'à l'obtention de son Assentiment ; et quand elles étaient ainsi suspendues, il a complètement négligé de s'en occuper.
Il a refusé de passer d'autres Lois pour l'établissement d'importantes parties de la population, à moins que ces populations ne renoncent au droit de Représentation dans la Législature, droit inestimable pour elles et redoutable pour les tyrans seulement.
Il a convoqué des corps législatifs en des lieux insolites, incommodes et éloignés du dépôt de leurs Archives publiques, dans le seul but de les épuiser jusqu'à ce qu'ils se conforment à ses mesures.
Il a dissous les Chambres de représentants à plusieurs reprises pour s'être opposées avec une mâle fermeté à ses empiètements sur les droits du peuple.
Il a refusé pendant longtemps, après de telles dissolutions, de faire élire d'autres représentants ; de sorte que les pouvoirs Législatifs, incapables d'être anéantis, sont retournés au Peuple en général pour leur exercice ; l'État restant dans l'intervalle exposé à tous les dangers d'invasion de l'extérieur, et de convulsions à l'intérieur.
Il a cherché à empêcher le peuplement de ces États ; à cette fin, il a fait obstacle aux Lois de Naturalisation des Étrangers ; refusé d'en passer d'autres pour encourager leur migration ici, et aggravé les conditions de nouvelles Concessions de Terres.
Il a fait obstacle à l'Administration de la Justice, en refusant son Assentiment aux Lois établissant des pouvoirs judiciaires.
Il a rendu les Juges dépendants de sa seule Volonté pour la durée de leurs fonctions, et le montant et le paiement de leurs traitements.
Il a créé une multitude de Nouveaux Emplois, et envoyé ici des essaims de Fonctionnaires pour harceler notre peuple et dévorer sa substance.
Il a maintenu parmi nous, en temps de paix, des Armées permanentes sans le Consentement de nos législatures.
Il a cherché à rendre le Pouvoir militaire indépendant et supérieur au Pouvoir civil.
Il s'est ligué avec d'autres pour nous soumettre à une juridiction étrangère à notre constitution et non reconnue par nos lois ; en donnant son Assentiment à leurs Actes de prétendue Législation :
Pour le cantonnement de grands corps de troupes armées parmi nous ;
Pour les protéger, par une parodie de procès, de toute peine pour les Meurtres qu'ils auraient pu commettre sur les Habitants de ces États ;
Pour supprimer notre Commerce avec toutes les parties du monde ;
Pour nous imposer des Taxes sans notre Consentement ;
Pour nous priver, en bien des cas, du bénéfice du procès par Jury ;
Pour nous transporter au-delà des mers afin d'être jugés pour de prétendues infractions ;
Pour abolir le libre Système des Lois anglaises dans une Province voisine, y établir un gouvernement Arbitraire et en élargir les Frontières afin d'en faire à la fois un exemple et un instrument propre à introduire le même règne absolu dans ces Colonies ;
Pour supprimer nos Chartes, abolir nos Lois les plus précieuses et modifier fondamentalement les Formes de nos Gouvernements ;
Pour suspendre nos propres Législatures et se déclarer investis du pouvoir de légiférer pour nous en toutes matières quelconques.
Il a abdiqué ici le Gouvernement, en nous déclarant hors de sa Protection et en nous faisant la guerre.
Il a pillé nos mers, dévasté nos Côtes, brûlé nos villes et détruit la vie de notre peuple.
Il est en ce moment même en train de transporter de grandes Armées de Mercenaires étrangers pour achever l'œuvre de mort, de désolation et de tyrannie, déjà entreprise avec des circonstances de Cruauté et de perfidie qui trouvent à peine leur parallèle dans les âges les plus barbares et qui sont totalement indignes du Chef d'une nation civilisée.
Il a contraint nos concitoyens faits Prisonniers en haute Mer à porter les armes contre leur Pays, à devenir les bourreaux de leurs amis et de leurs Frères, ou à tomber eux-mêmes par leurs Mains.
Il a excité parmi nous des insurrections domestiques et a cherché à soulever contre les habitants de nos frontières les impitoyables Sauvages indiens, dont la règle de guerre connue est une destruction sans distinction d'âge, de sexe et de condition.
À chaque stade de ces Oppressions, Nous avons adressé des Pétitions en Réparation dans les termes les plus humbles : nos Pétitions répétées n'ont reçu pour réponse que des injustices répétées. Un Prince dont le caractère est ainsi marqué par tous les actes qui peuvent définir un Tyran est inapte à gouverner un peuple libre.
Nous n'avons pas non plus manqué d'attentions envers nos frères Britanniques. Nous les avons de temps à autre avertis des tentatives de leur législature pour étendre sur nous une juridiction injustifiable. Nous leur avons rappelé les circonstances de notre émigration et de notre établissement ici. Nous avons fait appel à leur justice naturelle et à leur magnanimité, et nous les avons conjurés, par les liens de notre commune parenté, de désavouer ces usurpations qui, inévitablement, interrompront nos relations et notre correspondance. Eux aussi ont été sourds à la voix de la justice et de la consanguinité. Nous devons donc nous résoudre à la nécessité, qui condamne notre Séparation, et les considérer, comme nous considérons le reste de l'humanité, Ennemis en Guerre, en Paix des Amis.
Nous, donc, les Représentants des États-Unis d'Amérique, réunis en Congrès général, en appelant au Juge suprême du monde de la rectitude de nos intentions, déclarons solennellement, au Nom et par Autorité du bon Peuple de ces Colonies, que ces Colonies Unies sont, et ont le droit d'être, des États libres et indépendants ; qu'elles sont dégagées de toute allégeance envers la Couronne britannique, et que tout lien politique entre elles et l'État de Grande-Bretagne est et doit être totalement dissous ; et qu'en tant qu'États libres et indépendants, elles ont plein Pouvoir de faire la guerre, de conclure la Paix, de contracter des Alliances, d'établir le Commerce, et de faire tous autres Actes et Choses que les États indépendants peuvent de droit faire. Et pour l'appui de cette Déclaration, en nous confiant fermement dans la protection de la divine Providence, nous engageons mutuellement les uns envers les autres nos Vies, nos Fortunes et notre sacré Honneur.
Géorgie : Button Gwinnett, Lyman Hall, George Walton
Caroline du Nord : William Hooper, Joseph Hewes, John Penn
Caroline du Sud : Edward Rutledge, Thomas Heyward Jr., Thomas Lynch Jr., Arthur Middleton
Massachusetts : John Hancock
Maryland : Samuel Chase, William Paca, Thomas Stone, Charles Carroll of Carrollton
Virginie : George Wythe, Richard Henry Lee, Thomas Jefferson, Benjamin Harrison, Thomas Nelson Jr., Francis Lightfoot Lee, Carter Braxton
Pennsylvanie : Robert Morris, Benjamin Rush, Benjamin Franklin, John Morton, George Clymer, James Smith, George Taylor, James Wilson, George Ross
Delaware : Caesar Rodney, George Read, Thomas McKean
New York : William Floyd, Philip Livingston, Francis Lewis, Lewis Morris
New Jersey : Richard Stockton, John Witherspoon, Francis Hopkinson, John Hart, Abraham Clark
New Hampshire : Josiah Bartlett, William Whipple, Matthew Thornton
Massachusetts : Samuel Adams, John Adams, Robert Treat Paine, Elbridge Gerry
Rhode Island : Stephen Hopkins, William Ellery
Connecticut : Roger Sherman, Samuel Huntington, William Williams, Oliver Wolcott
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Source : Archives nationales, https://www.archives.gov/founding-docs/declaration-transcript
L'histoire de qui signa la Déclaration d'indépendance, et à quel moment, est considérablement plus complexe que l'image populaire ne le laisse entendre. La scène célèbre dépeinte dans le tableau réputé de John Trumbull — quarante-sept délégués présentant un projet au président du Congrès le 4 juillet 1776 — est historiquement inexacte. En réalité, la signature fut un processus étalé sur plusieurs mois.
Le 4 juillet 1776, après que le Congrès eut adopté la Déclaration, le document fut ordonné d'être imprimé et distribué. L'imprimeur John Dunlap travailla toute la nuit pour produire ce que l'on appelle les affiches Dunlap — des exemplaires imprimés de la Déclaration sur de grandes feuilles de papier pouvant être distribuées aux journaux, aux législatures des États et aux commandants militaires. Ces affiches ne mentionnaient pas les noms des signataires individuels ; elles n'étaient identifiées que comme une publication du Congrès continental.
La copie sur parchemin gravée — la belle version calligraphiée que nous connaissons aujourd'hui — ne fut pas préparée avant plus tard. Timothy Matlack, un greffier de Pennsylvanie, est généralement crédité de la gravure, bien que cela ne soit pas entièrement certain. Le parchemin gravé était prêt le 2 août 1776, date à laquelle eut lieu la cérémonie de signature officielle. La plupart des délégués présents au Congrès ce jour-là signèrent le 2 août. Mais plusieurs hommes qui avaient voté pour l'indépendance le 2 juillet n'étaient pas présents le 2 août et signèrent plus tard ; et plusieurs de ceux qui signèrent le parchemin gravé le 2 août n'avaient pas été membres du Congrès le 4 juillet.
La signature se fit dans un ordre grossièrement géographique, en commençant par les colonies les plus septentrionales et en progressant vers le sud. John Hancock, en tant que président du Congrès, signa en premier et au centre du document, avec une signature d'une taille inhabituelle qui est devenue l'une des plus célèbres de l'histoire. L'histoire selon laquelle Hancock aurait fait sa signature assez grande pour que le roi puisse la lire sans ses lunettes est presque certainement apocryphe, mais elle est devenue l'une des légendes durables de l'histoire américaine. L'expression John Hancock, désignant la signature d'une personne, est entrée dans le langage courant américain et en fait partie depuis lors.
La signature se déroula dans le secret. Le Congrès avait ordonné que la Déclaration et les noms des signataires ne soient pas divulgués tant que cela ne serait pas jugé sans danger — révéler l'identité des signataires revenait à fournir aux Britanniques une liste de traîtres. Les noms des signataires ne furent officiellement publiés qu'en janvier 1777, six mois après le vote pour l'indépendance. À ce moment-là, la guerre durait depuis plus d'un an et il était clair qu'il n'y avait pas de retour en arrière possible.
Les risques que prenaient les signataires étaient bien réels. En signant la Déclaration, chaque homme commettait une trahison envers la Couronne britannique, punissable de mort. Plusieurs signataires subirent de graves conséquences en raison de leur participation au mouvement pour l'indépendance. Richard Stockton du New Jersey fut capturé par les Britanniques, emprisonné et traité brutalement ; il renia son soutien à l'indépendance pendant sa captivité (bien qu'il rétractât ce reniement après sa libération) et mourut en 1781, sa santé brisée par son emprisonnement. John Hart du New Jersey vit sa propriété détruite par les forces britanniques et passa des mois à se cacher dans les collines, mourant en 1779 avant la fin de la guerre. Thomas Nelson Jr. de Virginie aurait ordonné le bombardement de sa propre maison à Yorktown lorsqu'elle était utilisée comme quartier général britannique. D'autres perdirent des biens, virent des membres de leur famille lésés, ou vécurent des années dans la pauvreté du fait de leur engagement pour l'indépendance.
Les cinquante-six signataires n'étaient pas tous présents le 2 août 1776. Matthew Thornton du New Hampshire signa en novembre 1776 — il n'était même pas membre du Congrès lorsque la Déclaration fut adoptée. Thomas McKean du Delaware signa plus tard encore ; il aurait pu apposer sa signature aussi tardivement qu'en 1781, bien que cela soit contesté. Les récits de privations et de sacrifice héroïque associés aux signataires ont été enjolivés au fil des années, mais la vérité fondamentale est que ces hommes accomplirent un acte de courage extraordinaire en apposant leurs noms sur la Déclaration, et beaucoup d'entre eux payèrent un prix personnel significatif pour leur engagement envers la cause américaine.
Les cinquante-six hommes qui signèrent la Déclaration d'indépendance venaient de tous les milieux de la vie coloniale. Parmi eux figuraient des avocats, des marchands, des agriculteurs, des médecins et des membres du clergé. Leur âge allait de vingt-six ans (Edward Rutledge de Caroline du Sud) à soixante-dix ans (Benjamin Franklin de Pennsylvanie). Certains étaient nés dans les colonies ; d'autres étaient des immigrants d'Angleterre, d'Irlande, d'Écosse et du pays de Galles. Ce qui les unissait était la volonté de commettre une trahison contre l'empire le plus puissant du monde au nom d'un principe de gouvernement autonome. Voici un aperçu de chaque signataire, organisé par colonie tels qu'ils apparaissent sur le parchemin gravé.
GÉORGIE
Button Gwinnett (v. 1732-1777) était né en Angleterre et avait émigré en Géorgie vers 1765, devenant finalement planteur sur St. Catherines Island. C'était une personnalité relativement obscure avant son élection au Congrès, et son mandat y fut bref. Il est célèbre aujourd'hui principalement pour la rareté de sa signature — seules une cinquantaine de ses signatures sont connues, ce qui en fait l'une des signatures les plus précieuses de l'histoire américaine. Il mourut dans un duel en mai 1777, quelques mois seulement après avoir signé la Déclaration.
Lyman Hall (1724-1790) était médecin et planteur, né dans le Connecticut mais établi dans la paroisse St. Johns de Géorgie. Il fut un soutien précoce et constant des droits coloniaux et l'un des dirigeants révolutionnaires les plus éminents de Géorgie. Après la guerre, il servit comme gouverneur de Géorgie de 1783 à 1784.
George Walton (1749-1804) était un avocat né en Virginie qui s'établit à Savannah et devint l'un des principaux juristes de Géorgie. Il fut blessé et fait prisonnier par les Britanniques lors du siège de Savannah en 1778. Il servit ensuite comme gouverneur de Géorgie et comme sénateur des États-Unis.
William Hooper (1742-1790) était un avocat né à Boston qui avait étudié sous le célèbre juriste James Otis avant de s'installer en Caroline du Nord. Il était initialement sympathisant loyaliste, mais rejoignit la cause patriote au fur et à mesure que les tensions avec la Grande-Bretagne s'intensifiaient. Après la guerre, il se retira de la vie publique et mourut dans une relative obscurité.
Joseph Hewes (1730-1779) était un marchand né dans le New Jersey qui s'était établi à Edenton, en Caroline du Nord, et était devenu l'un des négociants les plus prospères de la colonie. Il était membre du Comité maritime du Congrès et est crédité d'être l'un des fondateurs de la marine américaine. Il mourut à Philadelphie en 1779, épuisé par son service au Congrès.
John Penn (1741-1788) était un avocat né en Virginie qui s'établit dans le comté de Granville, en Caroline du Nord. C'était un patriote dévoué qui servit plusieurs fois au Congrès et continua son service public après la guerre, siégeant au Bureau de la Guerre.
Edward Rutledge (1749-1800) était le plus jeune signataire de la Déclaration, né à Charleston, en Caroline du Sud, et formé comme avocat à Londres au Middle Temple. Il était initialement opposé à l'indépendance immédiate, préférant la réconciliation, mais vota finalement pour et signa la Déclaration. Il fut capturé par les Britanniques et détenu prisonnier pendant près d'un an. Il servit ensuite comme gouverneur de Caroline du Sud.
Thomas Heyward Jr. (1746-1809) était un planteur et avocat qui servit dans l'armée continentale et fut capturé par les Britanniques lors de la chute de Charleston en 1780. Il fut emprisonné à Saint-Augustin, en Floride, pendant près d'un an avant d'être échangé.
Thomas Lynch Jr. (1749-1779) était un planteur qui avait été éduqué en Angleterre et qui signa la Déclaration malgré une mauvaise santé — il avait subi un accident vasculaire cérébral plus tôt dans l'année. Lui et sa femme disparurent en mer en 1779 alors qu'ils naviguaient vers les Antilles en quête d'un climat plus favorable à sa santé, faisant de lui l'un des rares signataires à mourir pendant la guerre d'Indépendance.
Arthur Middleton (1742-1787) était un riche planteur de Caroline du Sud qui avait été éduqué en Angleterre et était en quelque sorte un révolutionnaire réticent — il signa la Déclaration mais était tempéramentalement plus adapté au rôle de planteur aristocratique qu'à celui d'agitateur politique. Il fut capturé par les Britanniques en 1780 et détenu prisonnier pendant près de deux ans.
MASSACHUSETTS
John Hancock (1737-1793) était le président du Congrès continental et, à ce titre, signa la Déclaration en premier et de façon la plus visible. Il était l'un des hommes les plus riches du Massachusetts, ayant hérité d'une immense fortune commerciale de son oncle Thomas Hancock. Il avait été la cible des autorités douanières britanniques — la saisie de son sloop Liberty en 1768 avait contribué à provoquer les tensions qui menèrent au massacre de Boston. Il servit comme premier gouverneur du Massachusetts sous la constitution de l'État et comme président du Congrès à deux reprises.
MARYLAND
Samuel Chase (1741-1811) était un fougueux avocat du Maryland qui s'était manifesté parmi les opposants les plus virulents à la taxation britannique depuis le Stamp Act. C'était un homme grand et imposant physiquement, à la langue acérée et à la personnalité combative ; John Adams lui avait donné le surnom de Bacon Face. Il servit ensuite comme juge associé à la Cour suprême des États-Unis et fit l'objet d'une tentative de destitution en 1804, qui échoua.
William Paca (1740-1799) était un avocat et planteur du Maryland qui avait été éduqué au Collège de Philadelphie (aujourd'hui l'Université de Pennsylvanie). Il fut un soutien constant des droits coloniaux et un généreux contributeur à la cause révolutionnaire. Il servit comme gouverneur du Maryland de 1782 à 1785.
Thomas Stone (1743-1787) était un avocat du Maryland qui fut en quelque sorte un signataire réticent — il avait espéré jusqu'au dernier moment une réconciliation avec la Grande-Bretagne. Il se retira de la vie publique après la guerre pour cause de mauvaise santé et mourut en 1787, dit-on de chagrin à la suite du décès de sa femme.
Charles Carroll of Carrollton (1737-1832) était le seul catholique romain parmi les signataires et l'un des hommes les plus riches des colonies. Il ajouta of Carrollton à sa signature pour se distinguer de ses parents portant le même nom et pour rendre absolument clair qui assumait le risque de signer. Il fut le dernier signataire survivant de la Déclaration, mourant en 1832 à l'âge de quatre-vingt-quinze ans.
VIRGINIE
George Wythe (1726-1806) était l'un des esprits juridiques les plus distingués de l'Amérique coloniale et l'un des premiers professeurs de droit de la nation, enseignant au College of William and Mary. Il fut le mentor de Thomas Jefferson en droit et un ami de toute une vie. Il fut assassiné en 1806 par son petit-neveu, qui l'empoisonna pour s'emparer d'un héritage.
Richard Henry Lee (1732-1794) était l'homme qui avait formellement présenté la résolution pour l'indépendance le 7 juin 1776. Il était l'un des orateurs les plus éloquents du Congrès et un défenseur constant des droits coloniaux. Il servit comme président du Congrès continental en 1784-85 et ensuite comme sénateur de Virginie.
Thomas Jefferson (1743-1826) était le principal auteur de la Déclaration d'indépendance et devint le premier secrétaire d'État, le deuxième vice-président et le troisième président des États-Unis. Lui et John Adams moururent le même jour — le 4 juillet 1826, cinquantième anniversaire de l'adoption de la Déclaration — une coïncidence si remarquable que beaucoup de leurs contemporains y virent un signe de la Providence.
Benjamin Harrison (1726-1791) était un riche planteur virginian et une personnalité éminente à la Chambre des bourgeois de Virginie avant la Révolution. C'était un homme corpulent — John Adams nota qu'il pesait au moins deux cent quarante livres — connu pour sa bonne humeur et son talent pour la gestion politique. Il était le père du président William Henry Harrison et l'arrière-grand-père du président Benjamin Harrison.
Thomas Nelson Jr. (1738-1789) était un planteur virginian et officier de milice qui commandait les forces de Virginie au siège de Yorktown en 1781. Selon la légende, il aurait ordonné à l'artillerie de tirer sur sa propre maison à Yorktown lorsqu'il apprit qu'elle était utilisée comme quartier général du général britannique Cornwallis. Il consacra une grande partie de sa fortune personnelle à la cause américaine et mourut dans des difficultés financières.
Francis Lightfoot Lee (1734-1797) était le frère cadet de Richard Henry Lee et, comme son frère, l'un des défenseurs les plus constants et précoces des droits coloniaux en Virginie. C'était une figure plus discrète et moins publiquement en vue que son frère, mais son engagement envers la cause patriote était tout aussi ferme.
Carter Braxton (1736-1797) était un riche planteur virginian qui comptait parmi les signataires les plus conservateurs — il avait été sceptique quant à l'indépendance et préférait une approche plus progressive de la séparation. Il perdit une grande partie de sa fortune pendant la Révolution en raison des déprédations britanniques et des difficultés commerciales.
PENNSYLVANIE
Robert Morris (1734-1806) était un marchand né à Liverpool qui était devenu l'un des hommes les plus riches de Pennsylvanie. Il fut le principal financier de la Révolution américaine, utilisant son propre crédit et sa fortune pour maintenir l'approvisionnement et la solde de l'armée continentale dans les années les plus sombres de la guerre. Il servit ensuite comme surintendant des finances de la nouvelle nation. Malgré ses énormes contributions pendant la guerre, il passa ses dernières années en prison pour dettes.
Benjamin Rush (1745-1813) était l'un des médecins les plus éminents d'Amérique, professeur à la faculté de médecine du Collège de Philadelphie, et un ardent défenseur de la réforme sociale. Il fut l'un des fondateurs de la première société américaine antiesclavagiste, un partisan de l'éducation des femmes, et un pionnier du traitement humain des maladies mentales. Il aida ensuite à réconcilier John Adams et Thomas Jefferson après leur âpre rupture politique.
Benjamin Franklin (1706-1790) était l'Américain le plus célèbre dans le monde en 1776. Ses expériences scientifiques sur l'électricité avaient fait de lui une célébrité internationale ; son service comme agent colonial à Londres avait fait de lui le diplomate américain le plus expérimenté. À soixante-dix ans, il était le plus âgé des signataires, et sa présence au Comité des Cinq conféra à la Déclaration une autorité qu'elle n'aurait pas pu avoir autrement. Il allait négocier l'alliance avec la France qui s'avéra décisive dans la guerre d'Indépendance, ainsi que le traité de Paris qui y mit fin.
John Morton (1725-1777) était un agriculteur et juge de Pennsylvanie dont le vote fut déterminant dans la décision de la délégation pennsylvanienne de voter pour l'indépendance. Son vote fut l'un des plus déterminants exprimés au Congrès continental ; sans lui, la Pennsylvanie aurait voté contre l'indépendance. Il mourut en avril 1777 et aurait dit sur son lit de mort qu'il ne regrettait pas sa décision, malgré les critiques qu'il reçut des loyalistes de Pennsylvanie.
George Clymer (1739-1813) était un marchand et financier de Philadelphie qui comptait parmi les premiers partisans de l'indépendance en Pennsylvanie. Il avait été orphelin, élevé par un riche oncle marchand, et avait bâti sa propre entreprise prospère. Il siégea à de nombreux comités du Congrès et continua au service public après la Révolution, siégeant au premier Congrès sous la nouvelle Constitution.
James Smith (v. 1719-1806) était un avocat né en Irlande qui s'était établi à York, en Pennsylvanie. Il était l'un des signataires les plus âgés et était connu pour son esprit et sa bonne humeur. Il siégea au Congrès mais joua peu de rôle de premier plan dans les débats.
George Taylor (v. 1716-1781) était un immigrant irlandais venu en Pennsylvanie comme servant sous contrat et devenu un maître de forge prospère. Il était parmi les membres les plus récents du Congrès lorsqu'il signa la Déclaration et mourut peu d'années après, en 1781.
James Wilson (1742-1798) était un avocat né en Écosse et l'un des membres intellectuellement les plus redoutables du Congrès — et de la Convention constitutionnelle, où il joua ensuite un rôle de premier plan. C'était un théoricien juridique brillant qui avait rédigé un important traité précoce sur la relation des colonies avec le Parlement. Il servit comme l'un des premiers juges associés de la Cour suprême des États-Unis.
George Ross (1730-1779) était un avocat et juge de Pennsylvanie. Il était l'oncle par alliance de Betsy Ross, la confectionneuse du drapeau. Il servit comme délégué au Congrès et ensuite comme juge de l'amirauté pour la Pennsylvanie.
DELAWARE
Caesar Rodney (1728-1784) est célèbre pour sa chevauchée nocturne de Dover, dans le Delaware, jusqu'à Philadelphie les 1er et 2 juillet 1776, pour apporter le vote décisif dans la délégation du Delaware en faveur de l'indépendance. Il accomplit ce trajet de quatre-vingt miles en une seule nuit, arrivant au Palais de l'État à temps pour briser l'impasse entre les deux autres délégués du Delaware (George Read avait voté contre l'indépendance, Thomas McKean pour). Il souffrait d'un cancer tout au long de cette période ; la moitié de son visage était dissimulée par un morceau de soie verte pour cacher la défiguration causée par la maladie. Sa chevauchée est devenue l'une des histoires emblématiques de l'ère fondatrice.
George Read (1733-1798) était le délégué du Delaware qui avait voté contre l'indépendance le 2 juillet mais qui, néanmoins, signa le parchemin gravé le 2 août. Il était ainsi l'un des deux seuls délégués à avoir voté contre l'indépendance mais à avoir néanmoins signé la Déclaration (l'autre étant Robert Livingston de New York, qui s'était abstenu). Read servit ensuite comme sénateur du Delaware et comme président de la cour suprême de l'État.
Thomas McKean (1734-1817) était un avocat né en Pennsylvanie qui s'était établi dans le Delaware et siégeait à sa législature. Il signa la Déclaration plus tard que la plupart, peut-être aussi tardivement qu'en 1781. Il servit comme président (gouverneur) du Delaware pendant la Révolution et ensuite comme gouverneur de Pennsylvanie.
William Floyd (1734-1821) était un agriculteur et officier de milice de Long Island. Sa maison et sa propriété furent occupées par les forces britanniques pendant sept ans durant la guerre, et sa famille fut contrainte de fuir comme réfugiée. Il siégea ensuite au premier Congrès sous la Constitution.
Philip Livingston (1716-1778) était un marchand new-yorkais et membre de la puissante famille Livingston. Il mourut en juin 1778 alors qu'il siégeait encore au Congrès, l'un des rares signataires à mourir pendant la guerre d'Indépendance.
Francis Lewis (1713-1802) était un marchand né au pays de Galles qui avait survécu à de nombreuses aventures — il avait été capturé et détenu prisonnier pendant la guerre franco-indienne — avant de signer la Déclaration. Sa maison fut détruite par les Britanniques et sa femme fut faite prisonnière ; elle mourut peu après sa libération, apparemment à la suite des mauvais traitements subis pendant sa captivité.
Lewis Morris (1726-1798) était un riche propriétaire terrien new-yorkais et le demi-frère de Gouverneur Morris, futur rédacteur de la Constitution. Il servit dans l'armée continentale avec le rang de général de brigade.
Richard Stockton (1730-1781) était un avocat diplômé de Princeton qui souffrit plus que presque tout autre signataire de son engagement pour l'indépendance. Il fut capturé par les Britanniques en novembre 1776, emprisonné, et soumis à de mauvais traitements — des témoignages contemporains suggèrent qu'il fut affamé et battu. En captivité, il signa apparemment une rétractation de son soutien à l'indépendance. Après sa libération, il retracta cette rétractation et réaffirma son engagement envers la cause patriote, mais sa santé ne se rétablit jamais. Il mourut en 1781.
John Witherspoon (1723-1794) était un ministre né en Écosse qui servit comme président du Collège du New Jersey (aujourd'hui l'Université de Princeton). Il était le seul ecclésiastique en exercice à signer la Déclaration et l'un de ses défenseurs les plus ardents. Il déclara à son avis que les colonies étaient non seulement mûres pour l'indépendance, mais en danger de pourrir faute de l'obtenir.
Francis Hopkinson (1737-1791) était un avocat, poète et artiste à qui l'on attribue la conception du premier drapeau américain (bien que cette affirmation soit contestée). Il était l'un des membres les plus créatifs et aux multiples talents du Congrès, connu pour ses écrits satiriques en soutien à la cause américaine.
John Hart (v. 1711-1779) était un agriculteur du New Jersey et l'un des signataires les plus âgés. Lorsque les forces britanniques déferlèrent sur le New Jersey à la fin de 1776, Hart fut contraint de fuir dans les bois et les collines, se cachant pendant des mois tandis que sa ferme était détruite. Sa femme était décédée plus tôt en 1776, et il ne se remit jamais des épreuves de la guerre. Il mourut en 1779 avant la fin du conflit.
Abraham Clark (1726-1794) était un agriculteur et avocat autodidacte du New Jersey surnommé le conseiller des pauvres parce qu'il représentait souvent des clients indigents sans honoraires. Deux de ses fils furent capturés par les Britanniques et détenus à bord du tristement célèbre navire-prison Jersey, où les conditions étaient horribles ; Clark aurait refusé une offre britannique de libérer ses fils s'il reniait son soutien à l'indépendance.
Josiah Bartlett (1729-1795) était un médecin et avocat qui était l'un des dirigeants les plus respectés du New Hampshire. Il fut le premier délégué à exprimer son vote pour l'indépendance le 2 juillet 1776, le vote progressant du nord au sud. Il servit ensuite comme gouverneur du New Hampshire et comme président de sa cour suprême.
William Whipple (1730-1785) était un marchand et capitaine de mer du New Hampshire qui avait participé à la traite des esclaves avant de devenir un leader patriote. Dans un geste symbolique reflétant les idéaux de la Déclaration, il affranchit son esclave Prince Whipple après la guerre.
Matthew Thornton (1714-1803) était un immigrant irlandais devenu l'un des principaux médecins et personnalités politiques du New Hampshire. Il signa la Déclaration en novembre 1776, le dernier délégué à le faire, et sa signature apparaît à la fin du document car il n'y avait plus de place dans la colonne du New Hampshire.
MASSACHUSETTS (second groupe sur le document)
Samuel Adams (1722-1803) était le chef radical le plus éminent du mouvement de résistance coloniale. Souvent appelé le Père de la Révolution américaine, il organisait l'opposition populaire aux politiques britanniques depuis la crise du Stamp Act et avait été l'un des organisateurs de la Boston Tea Party. C'était un organisateur politique et propagandiste talentueux qui s'était consacré à la cause de la liberté américaine pendant plus d'une décennie avant la rédaction de la Déclaration.
John Adams (1735-1826) était le défenseur le plus influent de l'indépendance au Congrès continental. Il avait nommé George Washington comme commandant en chef de l'armée continentale, contribué à obtenir la désignation de Jefferson pour rédiger la Déclaration, et travaillé sans relâche pour réunir les votes nécessaires à l'indépendance. Il fut l'un des diplomates les plus importants de l'Amérique, servant en France, aux Pays-Bas et en Angleterre pendant la Révolution, et il servit ensuite comme premier vice-président et deuxième président des États-Unis.
Robert Treat Paine (1731-1814) était un avocat du Massachusetts qui avait poursuivi les soldats britanniques accusés dans le massacre de Boston. Il siégea au Congrès et servit ensuite comme procureur général et juge dans le Massachusetts.
Elbridge Gerry (1744-1814) était un marchand et homme politique du Massachusetts qui fut l'un des membres les plus actifs du Congrès. Il refusa ensuite de signer la Constitution à la Convention constitutionnelle au motif qu'elle ne contenait pas de déclaration des droits. Il servit comme gouverneur du Massachusetts et comme vice-président des États-Unis sous James Madison ; la pratique politique du gerrymandering lui doit son nom, d'après une circonscription électorale au contour tortueux tracée pendant son gouvernorat.
Stephen Hopkins (1707-1785) était l'un des signataires les plus âgés à soixante-neuf ans, et sa main tremblait si fortement du fait d'une paralysie lorsqu'il signa que des témoins rapportèrent qu'il avait dit que sa main tremblait, mais pas son cœur. Il avait été l'un des premiers défenseurs des droits coloniaux, rédigeant une brochure influente contre le Stamp Act, et avait servi à plusieurs reprises comme gouverneur de Rhode Island.
William Ellery (1727-1820) suivit la cérémonie de signature avec une attention délibérée, étudiant le visage de chaque délégué au moment où il signait. Il aurait dit à un collègue qu'il était déterminé à voir de quoi ils avaient l'air en signant ce qui pourrait être leurs arrêts de mort. Il siégea au Congrès pendant de nombreuses années et servit ensuite comme percepteur des douanes à Newport, Rhode Island, poste qu'il occupa jusqu'à sa mort à quatre-vingt-douze ans.
CONNECTICUT
Roger Sherman (1721-1793) fut la seule personne à signer les quatre grandes pièces d'État de l'ère fondatrice : les Articles d'Association (1774), la Déclaration d'indépendance (1776), les Articles de la Confédération (1781) et la Constitution (1787). C'était un homme autodidacte qui avait été cordonnier, arpenteur et épicier avant de devenir avocat et homme politique. À la Convention constitutionnelle, il proposa le Compromis du Connecticut, qui créa la législature bicamérale avec un Sénat où chaque État dispose d'une représentation égale.
Samuel Huntington (1731-1796) était un avocat et juge du Connecticut qui servit comme président du Congrès continental de 1779 à 1781. Il servit ensuite comme gouverneur du Connecticut.
William Williams (1731-1811) était un marchand et notable du Connecticut qui avait épousé la fille du gouverneur du Connecticut. Il fut un soutien constant et fiable de la cause de l'indépendance.
Oliver Wolcott (1726-1797) était un avocat et officier de milice du Connecticut. Il servit comme général dans l'armée continentale et participa à la campagne de Saratoga. Il servit ensuite comme gouverneur du Connecticut.
La Déclaration fut adoptée dans l'après-midi du 4 juillet 1776. Ce soir-là, le Congrès ordonna que des exemplaires en soient imprimés et distribués dans les treize États. Le Congrès entretenait une relation établie avec John Dunlap, un imprimeur né en Irlande qui exploitait une boutique sur Market Street à Philadelphie, et il lui confia la mission d'imprimer la Déclaration.
Dunlap travailla pendant la nuit du 4 au 5 juillet, composant le texte en caractères d'imprimerie et tirant des exemplaires sur de grandes feuilles de papier. Ces affiches, comme on les appelait, mesuraient environ quarante-cinq sur soixante centimètres. Elles identifiaient la Déclaration comme une publication du Congrès continental mais n'incluaient pas les noms des signataires individuels — seul le nom de John Hancock apparaissait, en sa qualité de président du Congrès, ainsi que celui de Charles Thomson, le secrétaire.
Environ 200 exemplaires de l'affiche Dunlap furent imprimés, et ils furent immédiatement distribués aux législatures des États, à l'armée continentale et aux journaux dans toutes les colonies. Le général Washington fit lire la Déclaration à voix haute à ses troupes à New York le 9 juillet 1776 ; la lecture suscita une célébration spontanée au cours de laquelle une foule renversa et détruisit la célèbre statue équestre dorée du roi George III à Bowling Green, à Manhattan. Le métal de la statue aurait été fondu pour fabriquer des balles.
Vingt-six exemplaires de l'affiche Dunlap sont connus à ce jour, ce qui en fait l'un des documents imprimés les plus précieux qui existent. Lorsque l'un des exemplaires survivants fut mis aux enchères en 2000, il se vendit 8,14 millions de dollars — à l'époque, le prix le plus élevé jamais payé pour un document américain aux enchères.
Les affiches furent reproduites dans les journaux de toutes les colonies au cours des jours suivants. La Pennsylvania Evening Post publia le texte le 6 juillet. Le New York Packet le publia le 11 juillet. En quelques semaines, la Déclaration avait été reproduite dans des dizaines de journaux du New Hampshire à la Géorgie, lue à voix haute sur les places publiques et dans les cours d'église, et célébrée par des feux de joie, des sonneries de cloches et des salves de milice. L'ère de l'indépendance américaine avait commencé.
L'accueil réservé à la Déclaration dans les colonies américaines fut majoritairement enthousiaste, bien que non universel. À Boston, la Déclaration fut lue depuis le balcon du Palais de l'État le 18 juillet 1776, devant une grande foule qui répondit par trois acclamations avant de participer au renversement des armes royales et autres symboles de l'autorité britannique. Des scènes similaires se déroulèrent dans les villes et cités des nouveaux États.
La Déclaration fut également lue à l'armée continentale, et son effet sur le moral des soldats fut considérable. Washington ordonna qu'elle soit lue à la tête de chaque brigade le 9 juillet, remarquant qu'il espérait qu'elle servirait d'incitation à chaque officier et soldat à agir avec fidélité et courage, sachant que désormais la paix et la sécurité de son pays dépendent (sous Dieu) uniquement du succès de nos armes.
Tous les Américains ne reçurent pas la Déclaration avec enthousiasme, cependant. Une fraction substantielle de la population coloniale — les estimations oscillent entre vingt et trente pour cent — demeura loyale à la Grande-Bretagne. Ces Loyalistes, ou Tories comme les Patriotes les appelaient, considéraient la Déclaration comme un acte illégal et traître. Certains s'opposèrent activement au mouvement pour l'indépendance ; d'autres se retirèrent simplement de la vie publique et cherchèrent à éviter de prendre parti. La Déclaration accéléra la fracture sociale de la société coloniale selon les lignes loyaliste-patriote qui allait faire de la guerre d'Indépendance, à bien des égards, une guerre civile autant qu'une guerre d'indépendance.
À New York, où la population comptait un grand nombre de Loyalistes et où la flotte et l'armée britanniques étaient déjà présentes en force, les réactions publiques initiales furent mitigées. La lecture de la Déclaration à New York le 9 juillet fut suivie de la destruction de la statue du roi, mais cet élan d'enthousiasme fut suivi quelques semaines plus tard par l'occupation britannique de Manhattan et la défaite de l'armée continentale à la bataille de Long Island — rappel que la Déclaration était une déclaration d'intention, non une garantie de succès.
Parmi les nations indiennes d'Amérique du Nord, la Déclaration fut accueillie avec méfiance ou franche hostilité. De nombreux peuples autochtones entretenaient des relations complexes avec la Couronne britannique, et l'accusation portée dans la Déclaration selon laquelle le roi avait excité des insurrections domestiques et ameuté contre les habitants de nos frontières les impitoyables Sauvages indiens montrait clairement que la nouvelle nation considérait les peuples autochtones comme des ennemis. Le traitement réservé aux Amérindiens dans la Déclaration révèle l'une des limitations les plus profondes du document — sa vision des droits naturels et de l'égalité humaine ne s'étendait qu'à ceux que les fondateurs choisissaient d'inclure dans son champ d'application.
La réaction à la Déclaration d'indépendance en Grande-Bretagne fut bien plus variée qu'on pourrait s'y attendre. Le gouvernement britannique et ses partisans la condamnèrent comme séditieuse, traîtresse et philosophiquement absurde — un recueil de platitudes fastidieuses masquant un acte de rébellion pur et simple. Le roi George III, qui reçut la nouvelle de la Déclaration en août 1776, l'aurait rejetée avec mépris. La réaction loyaliste en Grande-Bretagne fut similaire : Samuel Johnson, le grand lexicographe et homme de lettres conservateur, avait déjà publié Taxation No Tyranny (1775), qui affirmait que les colons n'avaient pas le droit de résister à l'autorité parlementaire, et la Déclaration confirma son opinion selon laquelle les chefs américains étaient des démagogues hypocrites.
Mais une fraction significative de l'opinion publique britannique était sympathique à la cause américaine, ou du moins critique de la gestion par le gouvernement de la crise coloniale. Edmund Burke, le grand homme d'État et philosophe politique whig, avait constamment plaidé au Parlement pour une approche conciliatrice envers les colonies et avait averti que l'usage de la force ne résoudrait pas le problème constitutionnel. Il n'endossa pas la Déclaration, mais ses célèbres discours sur la taxation américaine et la conciliation avec l'Amérique exprimaient une conception des droits coloniaux qui n'était pas entièrement différente de la position des colons eux-mêmes.
Charles James Fox, le chef whig à la Chambre des communes, était encore plus sympathisant. Il qualifia la lutte américaine de noble et glorieuse et affirma que les politiques du gouvernement britannique avaient été tyranniques. John Wilkes, le politicien radical qui avait été une cause célèbre en Grande-Bretagne pour ses propres batailles contre le gouvernement arbitraire, exprima une admiration ouverte pour la cause américaine. Pour ces voix, le langage de la Déclaration sur les droits naturels et le gouvernement par consentement n'était pas étranger ni menaçant ; c'était le même langage qu'ils utilisaient dans leurs propres combats intérieurs contre ce qu'ils percevaient comme des empiètements du pouvoir exécutif et des privilèges aristocratiques.
La Déclaration fut publiée dans les journaux londoniens en août 1776 et attira une attention considérable. Certains lecteurs furent touchés par son préambule philosophique ; d'autres se concentrèrent sur la liste des griefs et débattirent de leur bien-fondé. Le document fut largement reproduit comme curiosité et comme texte politique, et il entra dans le débat britannique en cours sur la constitution appropriée de l'empire.
En Irlande, elle-même sous domination britannique et entretenant une relation complexe avec la question de l'autorité parlementaire, la Déclaration fut reçue avec un intérêt particulier. Les radicaux protestants irlandais qui poussaient à une plus grande autonomie pour le Parlement irlandais virent dans l'exemple américain quelque chose de pertinent pour leur propre situation. Les idées de la Déclaration allaient circuler dans la culture politique irlandaise pendant des décennies et allaient finalement influencer le mouvement pour l'indépendance irlandaise aux XIXe et XXe siècles.
La Déclaration d'indépendance eut un impact presque immédiat sur la pensée politique et les mouvements politiques au-delà des frontières de l'Amérique du Nord. Sa combinaison de principes philosophiques universels avec une affirmation pratique de l'autodétermination nationale fournit un modèle que les mouvements d'indépendance et de réforme du monde entier allaient s'approprier pendant des générations.
En France, la Déclaration arriva à un moment de fermentation intellectuelle et politique intense. Le marquis de Lafayette, qui avait servi sous Washington dans l'armée continentale et était rentré en France en 1779, fut profondément influencé par l'exemple américain, et il joua plus tard un rôle de premier plan dans les premières phases de la Révolution française. Le langage de la Déclaration sur les droits naturels, l'égalité et le gouvernement par consentement résonna puissamment avec les idées développées par les philosophes français comme Voltaire, Rousseau et les Encyclopédistes. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, adoptée par l'Assemblée nationale en août 1789, présentait des ressemblances évidentes avec la Déclaration américaine, tant dans son cadre philosophique que dans ses formulations spécifiques. On dit que Lafayette rédigea le document français en consultation avec Thomas Jefferson, qui servait alors comme ministre américain en France.
L'influence de la Déclaration se répandit dans toute l'Amérique latine au cours des décennies suivantes. Simón Bolívar, le libérateur d'une grande partie de l'Amérique du Sud, était profondément familier de la théorie politique des Lumières, y compris la Déclaration d'indépendance. Francisco de Miranda, le révolutionnaire vénézuélien qui fut le prédécesseur de Bolívar, avait en réalité rencontré certains des fondateurs américains et avait été directement inspiré par la Révolution américaine. Les mouvements d'indépendance latino-américains du début du XIXe siècle — au Venezuela, en Colombie, en Argentine, au Chili, au Mexique et ailleurs — s'appuyèrent sur le précédent américain à la fois pour l'inspiration et pour les modèles politiques pratiques.
À Haïti, l'impact fut à la fois inspirant et troublant pour les fondateurs des États-Unis. La Révolution haïtienne de 1791 à 1804, menée par Toussaint Louverture et finalement par Jean-Jacques Dessalines, s'appuya sur le langage des droits naturels et de l'égalité humaine que la Déclaration avait contribué à articuler — mais en les appliquant aux esclaves de la colonie française de Saint-Domingue d'une manière qui mit profondément mal à l'aise les esclavagistes de toutes les Amériques. La Déclaration d'indépendance d'Haïti, émise en janvier 1804, évoqua délibérément la Déclaration américaine tout en annonçant la création de la première République noire libre au monde.
L'influence de la Déclaration sur les mouvements révolutionnaires européens de 1848 fut également significative. Lorsque des révolutions libérales et nationalistes balayèrent l'Europe — en France, en Allemagne, en Autriche-Hongrie, en Italie, en Pologne et ailleurs — le langage des droits naturels et de la souveraineté populaire que la Déclaration avait contribué à établir comme monnaie courante de l'argumentation politique fut invoqué par les révolutionnaires de pays en pays. La Déclaration d'indépendance hongroise de 1849 s'inspira directement du document américain.
Au XXe siècle, l'influence de la Déclaration se fit sentir le plus puissamment dans les mouvements d'indépendance anticoloniaux qui démantelèrent les empires européens après la Seconde Guerre mondiale. Hô Chi Minh, qui avait séjourné aux États-Unis et connaissait les traditions politiques américaines, ouvrit sa Déclaration d'indépendance vietnamienne de 1945 par une citation directe de la Déclaration américaine : Tous les hommes sont créés égaux. Ils sont dotés par leur Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ceux-ci figurent la Vie, la Liberté et la recherche du Bonheur. C'était une invocation délibérée et ciblée — Hô Chi Minh s'adressait directement aux États-Unis, leur rappelant leurs propres principes fondateurs et les défiant de reconnaître l'indépendance vietnamienne.
La Déclaration universelle des droits de l'homme des Nations Unies, adoptée en 1948, doit une dette significative à la Déclaration d'indépendance américaine, tant dans son cadre philosophique que dans ses formulations spécifiques. La déclaration inaugurale de la DUDH selon laquelle tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits fait écho à l'affirmation de la Déclaration selon laquelle tous les hommes sont créés égaux. Le comité qui rédigea la DUDH, présidé par Eleanor Roosevelt, s'appuya sur un large éventail de traditions des droits de l'homme, mais la Déclaration américaine fut parmi les plus importantes de ses sources.
L'histoire physique de la Déclaration d'indépendance — le document sur parchemin signé par les cinquante-six délégués — est à bien des égards aussi dramatique que son histoire politique. Le document a survécu aux guerres, aux incendies, aux inondations et à des siècles d'exposition, non sans une dégradation considérable. Son histoire physique est une histoire de négligence, de quasi-catastrophe et, finalement, d'une préservation attentionnée.
Après la signature en août 1776, le parchemin de la Déclaration resta sous la garde du Congrès continental, voyageant avec le Congrès au fur et à mesure qu'il se déplaçait de ville en ville pour éviter l'avancée de l'armée britannique. Lorsque les Britanniques occupèrent Philadelphie à l'automne 1777, le Congrès s'enfuit d'abord à Lancaster, en Pennsylvanie, puis à York, en Pennsylvanie, emportant la Déclaration avec lui. Le document passa l'hiver 1777-78 à York tandis que l'armée de Washington endurait le terrible hiver à Valley Forge.
Après la guerre, la Déclaration suivit à nouveau le Congrès — à Princeton, New Jersey ; Annapolis, Maryland ; Trenton, New Jersey ; et finalement New York, qui devint la première capitale des États-Unis sous la Constitution. Lorsque le gouvernement fédéral se déplaça à Philadelphie en 1790, la Déclaration l'accompagna, et elle resta à Philadelphie jusqu'à ce que le siège du gouvernement se déplace à nouveau vers la capitale nouvellement construite de Washington en 1800.
Pendant la guerre de 1812, lorsqu'une force britannique marcha sur Washington et incendia plusieurs bâtiments gouvernementaux, dont la Maison-Blanche et le Capitole, le greffier du département d'État Stephen Pleasonton était responsable de la garde de la Déclaration et d'autres précieux documents gouvernementaux. Agissant rapidement, il enveloppa la Déclaration et d'autres papiers dans des sacs de lin et les transporta dans un moulin à grain en Virginie pour les mettre en sûreté. Cette action rapide sauva peut-être la Déclaration de la destruction ; le bâtiment où elle avait été entreposée fut par la suite pillé par des troupes britanniques.
Pendant la majeure partie du XIXe siècle, la Déclaration fut conservée au Bureau des brevets à Washington, D.C. Durant cette période, elle subit des dommages considérables. Elle était exposée, largement sans protection, dans un endroit où elle était soumise à la lumière, à l'humidité et aux manipulations physiques. L'encre s'estompa de manière significative, notamment dans la moitié inférieure du document. Lorsque le document fut transféré à la Bibliothèque du Congrès en 1903 pour une meilleure conservation, une grande partie du texte était devenue difficile ou impossible à lire sur le parchemin lui-même.
De 1841 à 1876, la Déclaration fut exposée au Bureau des brevets dans des conditions que les archivistes modernes considéreraient comme profondément inadéquates. La lumière directe du soleil à travers des vitres non filtrantes décolora l'encre et le parchemin. En 1876, pour les festivités du centenaire de l'indépendance, la Déclaration fut exposée à Philadelphie, où elle fut visible du public pendant des mois, accélérant encore sa détérioration. Une comparaison des photographies prises dans les années 1820 et dans les années 1870 montre de façon saisissante à quel point le document s'était estompé en cinquante ans.
Le département d'État fit réaliser en 1820 une gravure sur cuivre de la Déclaration par William J. Stone — et cette gravure, paradoxalement, est aujourd'hui la principale source pour le texte lisible de la Déclaration. Stone consacra trois ans à réaliser sa gravure en effectuant un transfert par encre humide du parchemin sur une plaque de cuivre ; les gravures qu'il produisit à partir de cette plaque sont bien plus lisibles que le parchemin estompé. La transcription officielle publiée par les Archives nationales est basée sur la gravure de Stone plutôt que sur la lecture directe du parchemin.
La Déclaration fut transférée de la Bibliothèque du Congrès aux Archives nationales en 1952. Depuis lors, elle est conservée dans le bâtiment des Archives nationales à Washington, D.C., où elle est exposée dans la Rotonde pour les Chartes de la liberté, aux côtés de la Constitution et de la Déclaration des droits. Les documents sont placés dans des conteneurs spécialement conçus, résistants aux balles et hermétiques, remplis d'argon humidifié. Ils reposent sur des cadres en aluminium et sont prot

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